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Origine des Moose: un état des lieux (suite et fin)

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3.2.La légende de Yẽnega

 

 Yẽnega était donc la fille d'un chef, connu dans la tradition des Mampruse sous le nom de Bawa, dans celle des Dagõmba, sous le nom de Gbewa, et  Nedega dans celle des Moose.

 Ce chef, appelé Nedega, était également, nous dit  Eliot p. Skinner (1972, 35),  se référant aux croyances traditionnelles chez les Mossi, connu sous le nom de Toese ou Koulougbagha, vivait à Gãmbaaga, et il régnait sur les Dagõmba, les Mampruse et les Nanῦmba.

 L'histoire (Ki-Zerbo :1970, 248) nous apprend en effet que les deux villages Nalerigu et Gãmbaaga ont des origines communes, car le chef d'alors des Mamprusi de Nalerigu, « Naa Bawa », et celui des Mossis de Gãmbaaga, « Nedega », ont un ancêtre commun : Gbèwa.

Nedega avait une fille, Yẽnega, célèbre par sa beauté et son courage.

Cette princesse, ancêtre féminin des Moose, elle-même a été identifiée sous diverses appellations selon les traditions et les auteurs, rapporteurs de ces traditions :

Yẽnega connue sous diverses appellations — Nyennega (Dim Delobson) ; « Kachiogo » (Tamakloe ?)« Pogotoenga = femme à barbe»(Lambert, 1907 ; Tauxier, 1924) ; de Poko (Carrières-Moulins, 1912 ; Cardinall,1925) ; «Ouiaraouga» (Dr Ruelle) ; « Niallanga » ou «Jendanga» » (Frobénius) ; « Yantaure » (Rattray, 1932) ; « Yalenga, Yalanga est devenu en mossi de Ouagadougou Nyenenga » (Prost,1953)  « baptisée Poko mais surnommée «Gnélenga» («Gnenenga» ou «Yalanaga», à cause de sa taille élancée » (Salfo-Albert Balima, 1996)—

 

Mais Prost a pu recueillir auprès du Binn Naba de Dourotenga  ceci:

« ce nom qu'on dit: Na Yalanga, ce n'est pas le nom personnel de la fille, c'est le nom de sa famille, la famille des chefs de Gambaga. Si je vais aujourd'hui à Gambaga, pour sa­luer le Naba de Gambaga, pour l'honorer, je battrai sur mon tambour: « Na Yalanga, Na Yalanga...»

Yamba Tiendrébéogo :  Yẽnega qui est le nom de la princesse de Gãmbaaga signifie «quelque chose de pur, de joli». » (1964, 4-5)

La beauté de Yẽnega  était proverbiale et son courage sans commune mesure.

Le Professeur Ki zerbo nous rapporte les propos des griots de l'époque célébrant cette beauté:

« Elle est distinguée comme un parasol ouvert, élancée comme un tronc de palmier; la cime de ses cheveux tressés en nattes ressemble à un jeune reptile juché sur un mur. Ses yeux brillent comme la matinée éclairée par l'argent se rendant aux fiançailles de l'or. »

(…)

« Elle accompagnait les guerriers en portant les vases sacrés de son ethnie. Et sa présence semblait attirer la victoire: une sorte d'ange des combats. Bref, par tendresse jalouse comme par intérêt, son père ne voulait plus s'en séparer et s'opposait à son mariage. »

 

Selon la tradition des Moose (et c'est elle qui nous est familière), le cheval de la princesse  Yẽnega, s'emballa et l'emporta loin de ses troupes, dans une contrée lointaine faite d'une forêt épaisse. On dit aussi qu'elle fit une fugue, protestant contre son père qui ne voulait pas qu'elle se marie, préférant la conserver à la tête de ses troupes armées.

L'animal dans sa course folle finit par s'arrêter devant une hutte qu'occupait temporairement un chasseur d'éléphant.

Selon les auteurs, ce chasseur reçut différentes origines  et dénominations:

  • Selon  Lambert (1907), elle rencontra dans la région de Tenkodogo un chasseur d'éléphant nommé « Riale »
  •  Pour Dr Ruelle (…) et  Lt. Marc, elle s'éprit d'un chasseur d'éléphant avec lequel elle s'enfuit. Pour fuir son père elle se réfugia à Tenkodogo où elle se maria en seconde noce à un « Boussanga » nommé Zougrana ;
  • Carrière-Moulins (1909) écrit qu'elle s'enfuit de Gãmbaaga et se réfugia dans le Yãga, peuplé de Bisa. Elle y rencontre un chasseur d'éléphants, un bisa du nom de « Riaré ».
  • Vadier (1909) souient que Riale était un mandé, fils d'un chef de Kaba.
  • Reprenant le Lt. Lambert Tauxier (1924, 7-8) écrit: «Riale» ou «Riare»,  «Torse» ou «Tonse» ; il serait fils d'un chef de Bingo ou du pays «Gurmantche» ;
  • Quant à Delafosse (1912), «Riale» serait un prince malinke, candidat malheureux à la succession au trône paternel.
  • Sous la plume de  Frobénius  on peut lire que le roi de Gãmbaaga avait un grand nombre de filles mais pas de fils. Il interdit à l'aîné des filles, Niallanga ou yẽnega, de se marier. Elle se consacra aux activités guerrières. Un jour le roi de Gãmbaaga refuse l'autorisation à sa fille de piller un quartier de commerçants mande. Elle se révolta et parvint dans la région de Namba. Elle fait la rencontre d'un chasseur, Riale ou Riare ou Torse ou Tonsa, qui est le fils du roi « gourmantche » de Bingo. Elle devient sa femme.
  • Chez Dim-delobsom (1932) , la fille du roi de Gãmbaaga, « Nyennega », est vouée au célibat par son père. Habillée en homme elle fait la guerre aux côtés d'hommes. Enceinte d'un membre de l'entourage du roi, elle quitte Gãmbaaga avec une petite escorte et, en chemin, fait une fausse couche. Elle parvint dans le Yãga, habité par des Bisano. Elle  fait la rencontre en brousse d'un chasseur d'éléphants, Rialé ou Riare.
  • Selon les renseignements qu'il a pu recueillir à Dourotenga, dans le Yã­ga, Prost (1953) avance l'idée selon laquelle l'amazone se nommait « Na-Yalenga » et se maria à « Di-Yaré » ( « Yaré » qui veut dire « mâle » en bisa). Les notables de Douro-tenga soutiennent  que le couple vécut à Zambalga, un lieu dit proche de Bitou où se trouveraient les tom­bes de Yẽnega et de « Riâlé ».
  • Skinner  (1964),  fait mention du fait que selon les traditions  de Nobéré, « Nyennega » est tombée enceinte d'un animal dont la nature n'est pas précisée. Elle s'enfuit vers le nord. Elle fait une fausse couche, sur la route. Elle atteint le pays bisa où elle devient la femme d'un chasseur appelé Riale.
  • Yamba Tiendrébéogo (1964) écrit : « Le nom du chasseur, père de Ouédraogo, est Rialé qui pourrait signifier «mange tout ce qu'il rencontre».
  • Pour Salfo-Albert Balima (1996) , le roi de Gãmbaaga, Naba Nedga, régnait sur deux peuples conquérants : les «Mampruse» et les «Dagõmba» et sur de nombreuses tribus conquises.

Il souffrait de n'avoir pas d'enfant malgré ses nombreuses épouses. Après maintes prières et sacrifices il eut une fille, alors qu'il espérait un fils. Elle fut baptisée Poko mais surnommée «Gnélenga» ( «Gnenenga» ou «Yalanaga»), à cause de sa taille élancée.

«Gnenenga» s'exerça au métier des armes à la tête des troupes de son père. Malgré l'âge qu'elle prenait son père ne se faisait pas à l'idée de la voir se marier.

De ses amours avec un de ses compagnons d'armes, elle tomba en grossesse. Craignant la colère de son père, elle fit seller un magnifique étalon et escortée d'une petite troupe elle s'enfonça dans la brousse sans destination précise.

Sa longue chevauchée l'amena devant une hutte aux environs du village de Bittu. Son occupant était un chasseur d'origine bisa qui s'appelait Diyaré, ce qui veut dire en bussande (langue des Bisano), « le mâle». Il était fils d'un chef de Zambanlga (village proche de Bittu), candidat malheureux à la succession de son père.

A cause de cette dure randonnée, « Gnénenga » eut une fausse couche. Le Bisa  veilla sur elle jusqu'à ce qu'elle fut rétablie. « Gnénenga » et son petit monde décidèrent de s'établirent définitivement à Zambanlga. Elle et « Diyare » se marièrent. Ses hommes épousèrent des femmes d'origine bisa. Un petit groupement s'était ainsi formé.

 De l'union de « Riare » et de « Yẽnega », naîtra « Wedraogo » («cheval mâle»), ainsi nommé en souvenir de l'étalon qui les fit se rencontrer.

C'est lorsque l'enfant atteignit sa septième année,  que ses parents  le présentèrent à son grand-père « naba Nadega » (Larlé Naba Yamba Tiéndrébeogo : 1964, 4). Ce dernier leur réserva un accueil chaleureux.

Le chef de Gãmbaaga surnomma Wedraogo, du fait des liens de plaisanteries qui unit grand-père et petit-fils, «mone naba» («chef de la brousse») (Kawada: op. cit., p. 316, p. 295). C'est de cette expression que l'appellation de «Moose» (sing. « moaaga») trouve son origine.

Il faut noter que « Moogo » en moore est le terme utilisé pour désigner, la brousse : un espace inhabité ; un espace lointain, étranger.

C'est le lieu de signaler une autre origine de l'appellation « moaga » avancée par P. Ilbouldo. Selon lui le mot exprime l'idée de «mépris» et est utilisé par les «naa-biisi» pour se démarquer du gros de la population :

«Employé comme adjectif il signifie «non-circonscis» (voué au mépris en pays mossi) ou non initié, au sens large. Par extension, le terme « moagha » sert à qualifier un simple d'esprit, un naïf, etc.» (P. Ilboudo : 1966, 16)

 

Aux dires de Pageard (in « La Haute-Volta coloniale » s/d de G. Massa et Y.G. Madiega. Karthala,1995, p.550), concernant le mot « moaaga », le Larhallé naba Abga « ne pouvait jamais prononcer ce mot sans faire la moue ». Il disait qu'un Moaaga, c'était un « homme de rien » et que par contre un « talga » (nakõombga déchu) était un « terme noble ».

Comme les Yõyõose ignoraient la pratique de la circoncision, alors, le terme moaaga servait essentiellement à les désigner.

P. Ilboudo avance une telle explication après Dim Delobson qui écrit :

« En définitive, on peut donc dire que le terme moaaga et Mossé sont des mots dagomba pour désigner les Ninisi sauvages, incirconcis et par extension les enfants métis issus de l'union des dagomba avec les filles des conquis. » (Dim Delobsom : 13, 12)

Ki-Zerbo donne la précision suivante :

« Les apports biologiques furent si importants que Dim Delobsom a précisé que le terme même de moaga (plur. mossi) signifie mélangé, métissé. » (Izard & Ki-Zerbo in Du Niger à la Volta, pp.421-422)

Et il ajoute en note :

« Certes, l'auteur ajoute que ce jugement quelque peu défavorable émanait des nobles à l'encontre des gens du commun; mais la tradition (voir Y. Tien­drebeogo, 1964) rapporte que la propre mère de Wubri, premier roi de Ouagadougou, était une autochtone. »

 

C'est un peu forcé comme explication, car « Nakõombse » comme Yõyõose, tous ignoraient la circoncision, qui est une pratique introduite par les Yarse déjà islamisée quand ils s'établirent dans le «Moogo» (Cf. N. D. Nacanabo : « Le royaume moaga de Yako (Haute-Volata) ». Thèse de  3ème cycle. Université Paris I.1982, pp. 86-87) sous le règne de Naba Koom I (1784-1791).

Généralement c'est au sein des sociétés connaissant les sectes initiatiques, que le qualificatif de « simple d'esprit » est réservé aux non-initiés. Dans ce sens, il serait plus logique que ce soit les Yõyõose qui   qualifient ceux qui n'appartiennent pas à leur société, c'est-à-dire ceux qui sont de souche mapruse-dagõmba (les Nanãmbse, Nakõombse et autres Talse).

Ki-Zerbo avance une autre explication :

« Les Moose étant des Dagomba à l'origine, le terme moaaga serait au départ péjoratif, car dénotant l'impureté de la race dagomba ou plus précisément le métissage de cette race avec des autochtones conquis. » ( KI-ZERBO, J. 1986.  (Directeur). Histoire générale de l'Afrique. Vol. 1 : méthodologie etpréhistoire africaine. Edition abrégée, Paris, Présence africaine/ Edicef/ Unesco, 416p.  -- Voir également IZARD, M. et KI –ZERBO, J.,  1998. « du Niger à la Volta », dans Histoire générale de l'Afrique, t.5 : L'Afrique du XVIè  au XVIIIè (S/D B.A.OGOT),  édition abrégée , Paris,   p. 255)

 

Une autre explication mentionnée par Dim Delobsom, donne le terme « moagaé » ou «moose» comme le qualificatif que les autochtones ont réservé aux conquérants étrangers, venus de loin. (Op. cit., p.11)

Quant à S. -A. Balima (1996, 80) il écrit:

« Mais il est fort possible que Mögo provienne de la même racine que Mögo, qui veut dire «brousse», c'est-à-dire le contraire du village ou de la ville.

Mögo pourrait ainsi désigner les contrées où  les audacieux Dagamaba, ayant quitté Gambaga, s'en allèrent, à travers la haute brousse, à la recherche de l'aventure, à la conquête d'un monde

 

Nedega voulut  donc retenir ces « Moose » auprès de lui, mais Riare préféra retourner avec les siens dans sa brousse, dans l'emplacement actuel de Bitou.

  • Carrière-Moulins (1909) écrit que Wedraogo après avoir visité son grand-père s'en retourne à la tête d'une troupe de guerriers dagõmba et va fonder Tenkodogo. Il est demandé par les Yõyõose, et il quitte Tenkodogo pour le Nord. Il meurt à Saraboutenga.
  • Dans la thèse soutenue par Vadier (1909), Wedraogo , devenu adulte, à la tête d'une petite armée composée de soldats dagõmba, part à la conquête de la région de Tenkodogo,
  • Chez Frobénius (1913 et 1924), « Yennega » et « Riaré »  eurent un fils, Wedraogo qui devint chef des Namba. Il combat les mandé.
  • Dim-Delobson de son côté soutient que devenu adolescent, Wedraogo est envoyé auprès de son grand-père qui le reçoit bien et lui donne une escorte de guerriers dagõmba à la tête de laquelle, il repart vers le Nord. Il fonde le village de Tankourou. Il épouse Pouirketa (racine «powi », partager) et eut beaucoup d'enfants.
  • Eliot P. Skinner : Nedega fit un excellent accueil, à son petit fils Ouédraogo, lorsque celui-ci lui rendit visite. A titre de cadeau d'adieu, il donna à Ouédraogo, quatre chevaux, cinquante vaches. A son départ, des cavaliers dagõmba se joignirent à lui. Avec sa troupe de guerriers, Ouédraogo évita le village de son père et envahit Tenkodogo. Les cavaliers dagõmba épousèrent des femmes bisano et ses unions donnèrent naissance à un nouveau peuple appelé les Mossi.
  • Salfo Albert Balima (1996) : « Diyare » et « Gnénenga » eurent un fils qu'ils nommèrent «Massom» (appellation qui évoque la quiétude et la tranquillité des lieux). Quand Massom atteignit l'âge de quatorze ans,  Gnénenga décida de retourner à Gãmbaaga pour se présenter devant son père avec son mari et son fils. Contre toute attente, l'accueil fut triomphal.

Le vieux roi, s'étant attaché à son petit fils se plaisait à l'appeler « Moone naba » (chef de la brousse). C'est l'origine de l'appellation de « Moose ».

Malgré le fait que Nedega voulut retenir à Gãmbaaga, « Gnénenga », « Diyaré » et « Massom », ceux-ci préférèrent retourner d'où ils étaient venus.

C'est comblé de cadeaux, et à la tête d'une armée constituée de jeunes guerriers de tous horizons, attirés par l'aventure, qu'ils iront s'établir non loin de Zamabanlga.

 

« De nombreux jeunes guerriers Dagamba, désireux de chercher fortune, attachèrent leur sort à celui de Gnélenga et la suivirent, sans esprit de retour. Tout le groupe pouvait bien compter un millier de personnes et un nombreux troupeau. » (Balima :1996, 74)

 

Ils se taillèrent un territoire au détriment des Bisano, qu'ils soumirent au pillage.

«Les Bussansi, trop malmenés, par villages entiers, avaient émigré vers des horizons plus cléments. C'est peut-être de cette époque que date le départ d'une fraction considérable de Bussansi qui allèrent créer une race nouvelle, celle des Samo à Tougan et aux environs de Tougan.» (S.-A. Balima : 1996, 74)

 

« Massom » aura de nombreuses épouses. Son premier né fut prénommé «Wed Raogo» (c'est-à-dire « Cheval mâle »).

« Massom » mourra avant ses parents. « Wed-Raogo » deviendra le souverain du pays ainsi conquis et que l'on désignera par la suite sous l'appellation de «Tengkudgo» ( «Le vieux pays»).

«De son vivant et après sa mort, on s'adressait à lui [Wed Raogo] en l'appelant du titre de « Zug Rama», devenu « Zugrana » en möré. En fait le vocable Zug-Rana est composé de deux mots : Zugu, qui signifie : tête ; Rana ou Dana est un mot inusité en möré moderne, mais en uage en Nankansé et signifie : maître, propriétaire.

(…)

Le Zug Rana c'est donc le chef, le souverain, celui qui a droit de vie et de mort, qui peut donc décréter la décollation. Par la suite, et par confusion, on a cru distinguer Näba Wed Raogo et Näba Zungrana, les premiers étant le père du second. La vérité historique, c'est que Wed Raogo et Zungrana désignent un seul et même homme : le premier souverain du Mögo.

Wed Raogo est un prénom princier. Zungrana est un nom de souverain du Mögo.» (S.-A. Balima : 1996 , pp.76-77)

 

 Le capitaine Lambert avait déjà tenté une esquisse de ce mouvement. A partir du Mamprugu une partie d'entre les nouveaux occupants entreprirent d'émigrer vers le Nord.

Cette émigration se fera selon deux directions parallèles :

«un courant qui, parti de Gambakha, rejeta les Boussangas dans la région que ceux-ci occupent actuellement, et atteignit le pays de Béloussa où il s'épanouit vers l'Ouest et le Nord, occupant une vaste périphérie de territoire, aujourd'hui presque exclusivement peuplée par des Mossi. L'autre courant, se frayant une voie en pays Nankana, se dirigea au nord de Tiébélé, refoula du côté opposé les Boussangas, enserrés ainsi comme dans un étau, et se développa dans le pays que limite la Volta rouge, vers Ouagadougou.» (In Tauxier : op. cit. , pp. 5-6)

 

Ces deux courants parallèles se rejoindront au nord du « Boussangsé » actuel, qui était une région presque inhabitée à l'époque.

M. Izard (op. cit., p.85, p.121 ,pp.123-124) semble avoir opté pour la version mampruse de la fondation des royaumes en proposant d'identifier Yẽnega comme la fille aînée de Na Bawa, fondateur de la dynastie mampruse, en assimilant Yẽnega à Kachiogo.

Ainsi il dénombre, au moment de l'occupation française, à la fin du XIXe siècle (1896), 19 « royaumes » nakombse  (royaumes fondés par les descendants directs de Naba Wedraogo) : le Yatenga, le Ratenga, le Zitenga, le Konkistenga, le royaume de Ouagadougou, Lalgay, Wargay, Tenkodogo, Koupela, Boulsa, Bousouma, Mané, Tema, Yako, Kayao, Bousou, Darigma, Niesega et Risiam­

 Kawada (op. cit., p.125), estime que la légende sur l'origine des Mamprusi, telle que recueillie à Yendi, « met trop l'accent,…, sur les Dagmba comme ethnie pivot de l'histoire de la segmentation des trois dynasties. Cette légende contredit nettement celles qui sont racontées par les Mamprusi eux-mêmes à Gãmbaaga-Nalerigu et à Bawku »­

Et Kawada de conclure :

« Donner une interprétation claire de cette jonction entre les généalogies dynastiques nous semble extrêmement difficile, et il serait prématuré de tirer une conclusion définitive de nos connaissances actuelles.  Dans ce cas aussi, nous devons penser à la possibilité d'une déformation téléscopique (…) des traditions généalogiques ; on n'est pas du tout obligé de placer les fondateurs de ces dynasties apparentées à la même génération, comme frères et sœur du même père » (Kawada, op. cit., p. 131-132)

 

Les Yãase quant à eux, prétendent que les ancêtres des deux dynasties qu'ils comptent (le Dourtenga et le Sanga) sont descendants du chef de Gãmbaaga en ligne masculine (par un des fils du chef de Gãmbaaga).

Kawada rapporte le fait suivant :

«les traditions historiques du Dourtenga et du Sanga sont d'accord pour dire que les fondateurs de ces dynasties yaanse sont originaires de Gambaga, mais à la différence des ancêtres mossi qui sont descendants du chef de Gambaga en ligne féminine (par une fille du chef de Gambaga), les ancêtres des Yaanse en descendent en ligne masculine (par un fils du chef de Gambaga) ; les deux peuples sont en relation de dakiire (relation de plaisanterie) pour cette raison.

 La tradition recueillie à Sanga considère le premier fondateur de la dynastie de Sanga, Kilndu, comme frère aîné de Tasnoogo (chef de Gambaga), en même temps que de Yênnega, fille du même père, laquelle, ayant quitté le pays paternel, donna naissance à Wedraogo » (Kawada J. : Génèse et évolution du système des Mossi méridionaux  - Haute-Volta - ; Study of Languages & Cultures of Asia & Africa. Monograph series N° 12, 1979, p.114, cité in Georges Madiéga, op. cit., p.15)

 

La tradition de Sanga considère également les chefs de Fada N'Gurma comme des descendants du chef de Gãmbaaga.

Koara (fondateur de la dynastie de Sanga), Tarwena (fondateur de la dynastie de Dourtenga), Lompo (fondateur de la dynastie de Fada N'Gurma) étaient trois fils d'un chef de Gãmbaaga.

Prost (« Note sur les Mossi »)  écrit que :

« lors de sa nomination, le chef de Sanga va se faire introniser à Bawku. A la mort d'un chef de Dourotenga on avertit aussi Bawku et Gãmbaaga, puis Gambaga fait prévenir Yandé. »

 

Les Moose de Ouagadougou aussi, avant la colonisation,  selon Tiendrébeogo (1964, 168.), à l'occasion du décès du Moogo-Naaba, envoyaient « des armes, des chevaux, des jeunes femmes, des bœufs, un captif et du sel » au chef de Gãmbaaga ainsi qu'au chef de Bingo (Fada N'Gourma).

« Ces envois ont été effectués pour la dernière fois lors du décès de Naba Koutou (1871) ».

 

Selon les renseignements que Kawada a pu recueillir lui-même à Bawku, les cadeaux offerts par le Moogo-Naaba au Nayiri comprenaient, entre autres, un cheval et une veuve du Moogo-Naaba décédé. (Kawada, op. cit., p.309)

 

PROST , dans « Notes sur les Boussasé », fait état des traditions locales recueillies à plusieurs endroits sur l'origine des Moose:­

 « Les Mossi arrivèrent de Yendi à Gambaga et c'est de Yendi que le chef de Gambaga recevait l'investiture. De Gambaga les Mossi arrivèrent à Tenkodogo en faisant les étapes suivantes: je ne parle pas de la branche de Fada ni de celle du Yanga): Kinzem dans le Yanga au sud de Lalgay, Ouagadougou petit village à l'est de Tenkodogo près de Bacibédo marqué sur les cartes environ à 22 kms au sud-est de Tenkodogo. De là, ils firent plusieurs tentatives infructueuses sur le pays boussansé, et les traditions sont d'accord pour dire que c'est par ruse qu'ils surprirent les gens de Loanga, un jour de marché ou un jour de grand sacrifice. Ils se firent reconnaître comme chefs du pays et s'installèrent à Tenkodogo.

De Tenkodogo, les Mossi suivirent la route directe dans leur marche sur Ouagadougou route jalonnée par Yaoghenoù se trouve le tombeau du Naba Zougrana et Kontoèga où se trouve le tombeau du Naba Zombré. Il y eut un choc entre les Mossi et les gens de Garango, c'est tout ce qu'on peut dire de certain. Les uns, en effet, racontent que le ten­gas'oba du Naba Oubry, un forgeron, cassa le village de Garango, mais n'y trouva qu'un homme et qu'une femme, tous les habitants s'étant enfuis au Léré dans un lieu appelé Tangaré (près de Bargansé); les autres disant qu'ils résistèrent victorieusement et firent grand carnage de Mossi, et que le Naba Zougrana lutta pendant 7 ans de Yaoghen où il devait finir par mourir, contre Garango. »

 

Pageard  dans ses  « Réflexions sur l'histoire des Mossi. » écrit :

 

« Le lien moral qui unit les chefs de Ouagadougou et de Ouahigouya à Gambagha est, en revanche, certain, bien que les envois ou sacrifices rituels sur les tombes de Gambagha lors du décès du Mogho-Naba soient tombés en désuétude. Les Mossi sont appelés «Yab-gensé» (sing.: Ya-biga) par les habitants de Gambagha. Cette dernière ville est bien le «Yab-iri» ou «Yestenga», c'est-à-dire pays des ancêtres maternels, des Mossi. »

 

 En marge de ces tentatives louables de reconstitution de l'histoire des Moose et des peuples apparentés, il convient de dénoncer les pêcheurs qui viennent, dans une eau déjà trouble, y ajouter de leurs fantaisies.

C'est ainsi  qu'un film (court métrage, 11 min, Couleurs. 1986, France) », intitulé «  Princesse Yennega »,  d'un certain Claude Le Gallou a été réalisé à partir d'un scénario construit autour du thème suivant :

« La Princesse Yennega relève l'honneur de son père, grand Empereur des Mossis, en châtiant ses ennemis, les terribles Nioniosses. Il avait envoyé en vain ses lieutenants au combat, jusqu'à ce que le palefrenier de la cour royale procure à Yennega le merveilleux cheval  Énigme d'Hivernage »

 

Et la présentation du film est suivie de l'annotation suivante :

« La princesse Yennega, une héroïne historique Mossi, aide son père à agrandir son royaume en conquérant la terrible tribu des enfants des termites. D'après un événement réel du XIe siècle au Burkina Faso. »

 

Que chacun juge de l'irrecevabilité de telles affirmations.

Même les fictions doivent se faire sur fond de vérité historique.
 

 3.3. de l'origine des  des na-k­ombse

 

L'affirmation communément admise, selon laquelle la suite de Wédraogo, de retour de Gãmbaaga, était constituée de cavalier Dagõmba, est sujet à contestation. L'hypothèse de l'origine mampruse est souvent avancée.

Nous avons souligné plus haut, dans une citation,  que M. Izard ( 1970, I, 69), en distinguant les « Mossi » de la boucle du Niger des « Mamprusi-nanumba-Dagomba » et des « Nakomsé », a eu à affirmer  que ces derniers tiraient « indirectement leur origine des Mamprusi ». Kawada (op. cit., p.139), quant à lui, rejetait l'idée de  faire  de Gãmbaaga l'origine des Nakõombse, en privilégiant celle de Pusga.

Cependant, cette question de l'origine dagõmba ou mampruse des Nakõombseest plus étendue qu'on ne le croit. Elle nous amène à nous poser la question  de savoir si les peuples que les « Mosi » septentrionaux (les ancêtres des Moose actuels) ont trouvé dans les bassins des Volta ne se prénommaient pas déjà « Dagõmba », « Nanῦmba », « Mampruse »,« Dagara »,  « Tallense », etc.?

De quand date l'appellation de «Moose» réservée aux gens de souches Mampruse-Dagõmba venus du Nord-Ghana s'installer dans leur emplacement actuel (ces Nakõombse alliés aux autochtones trouvés sur place, pour former un même peuple) ?

Puisque la thèse communément admise les tient pour des conquérants Dagõmba, il y a lieu de s'interroger. Pourquoi, après avoir imposé leur ethnonyme aux populations autochtones du Bassin des Volta, s'en sont-ils départis pour adopter celui de «Moose», renouant ainsi avec l'histoire de leurs lointains ancêtres des chroniques arabes?

A moins que, comme nous venons de l'examiner, l'ethnonyme «moaaga» (pl. « moose ») n'ait une signification particulière dans la langue des Mampruse-Dagõmba- Nanῦmba ?

Toujours est-il, qu'après l'établissement des peuples et la consolidation des royaumes, le terme «moose», a été utilisé, pour désigner tous les habitants du Moogo qu'ils soient tẽng-biisi (Nĩnsi et Yõyõose), ou « na-kõombse » (descendants des conquérants dagõmba).

 

L'histoire officielle nous enseigne qu'après sa visite auprès de  Na-dega,  Wedraogo s'en retourna avec une importante dotation en chevaux, bœufs, moutons et une bonne compagnie d'hommes armés.

C'étaient, écrit Salfo Balima (Salfo Balima  in Genèse de la Haute-Volta, P. 22): « des cavaliers à la recherche de plaines herbeuses pour les nombreux coursiers, loin de leur contrée natale, surpeuplée »

Ces cavaliers qui ont accompagné Wedraogo dans sa randonnée, bien qu'identifiés comme des Dagõmba, comme nous l'avons déjà écrit (Valère D. Naciele Sõme,1996. Vol. I), n'étaient pas et ne pouvaient pas être tous des Dagõmba. N. D. Nacanabo dans son étude intitulée « Le Moogo au XXIe siècle : aspect politique et administratif » in Burkina Faso : Cent ans d'histoire, 1895-1995. S/D de Yénouyaba Georges Madiéga et Oumarou Nao. Ed. Karthala. 2003, pp341-367.) soutient la même idée.

L'assimilation des peuples (conquérants étrangers et autochtones) n'était pas encore entière. Et parmi tous ces guerriers qui se portèrent volontaires pour suivre Wedraogo, il  eût été simplement étonnant qu'il n'y  eût pas les représentants de tous ces groupes ethniques au milieu desquels les Dagõmba constituaient une enclave en quête d'aventures militaires et de terres meilleures.

On peut lire  sous la plume de Prost  (« Notes sur les Boussanse ») ce qui suit:

« Les Mossi amenaient avec eux un contingent d'auxiliaires ou alliés Boussansé, qui sont les gens de Kontoèga (…)

Le fait qu'un contingent de Boussansé ait accompagné les Mossi s'explique bien si tous deux venaient de Yendi: de là seraient partis longtemps auparavant les premiers Boussansé installés à Garango-Loanga et les Samo ; de là seraient partis les Mossi accompagnés du deuxième groupe de Boussansé: ceux de Kontoèga et des cantons voisins appelés « Lèbinno »

(…)

« Garango resta toujours indépendant des Mossi aussi bien de ceux de Tenkodogo que de ceux de Ouagadougou. Le chef de Garango l'explique en disant que puisqu'ils venaient de Yendi, et que le chef de Yendi donnait la cheffauté à Gambaga, lieu d'origine prochaine des Mossi de Tenkodogo­ Ouagadougou, ceux-ci n'avaient par conséquent aucun droit sur Garango. Mais tous disent que s'ils n'y avaient pas eu la force et le refuge sur la montagne pour résister aux incursions des Mossi ce droit aurait été de peu de valeur.»

 

 Yves Person a ouvert une autre piste de recherche, lorsqu'il écrit :

« Nagbéwa, le Bawa de Mossi, qui régnait sans doute vers 1400 contrôlait encore l'ensemble des conquérants. Mais vers 1500, la rupture est faite. Chaque groupe s'étant implanté dans un terroir déterminé a conquis son autonomie. La scission s'est opérée en deux temps, donnant naissance d'abord aux Empires du Nord, Mossi et Gurma, puis à ceux du Sud, sur la Moyenne Volta. » (« Les royaumes de la boucle du Niger. Afrique Histoire » n°13/14. 1989.-- http://perso.orange.fr/jacqver/texte/royaumboucl.htm )

En effet, si la période durant laquelle Wedraogo a rendu visite à son grand-père Nédega (Bawa ou Gbewa), les peuples ne s'étaient pas encore constitués en Dagõmba, Mampruse et Nanῦmba, la troupe qui l'a accompagné dans son odyssée, ne pouvait être considérée comme des dagmba ou des Mampruse. C'est par la suite, avec la prééminence du Dagbõ sur les autres royaumes, que l'on les assimilés aux Dagõmba.­

 

A moins que, tout simplement,  comme l'indique le Docteur Ruelle (cité par Tauxier : 1924, 9) s'appuyant sur la tradition recueillie chez les Moose, le peuple dagõmba ait existé avant l'arrivée de Gbewa et sa descendance.

En tout cas, la tradition dagõmba recueillie par Tamakloe,  suggère qu'avant l'arrivée des conquérants étrangers (les descendants de Tohajihè venus du Tchad par le Niger), le peuple dagõmba existait.

En effet Tamakloe (Cf. Tamakloe: 1931, 237-239) relatant cette tradition dagõmba, affirme que le peuple dagõmba tout comme les Kõkõmba, existaient déjà en tant que « tribu » avant l'arrivée des conquérants étrangers.

Les premiers occupants du Dagbõ furent des «Adités», descendants de géants d'aspects horribles, dont on se souvient sous l'appellation de «Kõdors» ou «Tiawomya».

Les Adités (descendants de ces géants) qui s'établirent dans le Dagbõ étaient d'excellents ouvriers dans l'art de la fonte et de la forge. A la recherche des minerais de fer, ils émigrèrent de proche en proche. Ainsi par leur dispersion, ils couvrirent la région qui s'étend entre le fleuve «Kulkpanw» (c'est-à-dire le fleuve Dakar), la Volta blanche  — Le Nankambé — et le fleuve Nyamalga.

Les hauts fourneaux à tuyères, les amas de scories de fer, les vieux baobabs et kapokiers, témoin d'une époque et d'une autre civilisation, sont la preuve que le pays dagbõ fut occupé et habité par un peuple nombreux et industrieux.

On dit que beaucoup parmi ces «Adités» possédaient aussi un vaste troupeau de bétail, et qu'en raison de l'aridité du pays, ils creusèrent un peu partout des puits.

Leurs chefs ou leurs prêtres avaient le privilège de s'asseoir sur des peaux de vaches et utilisaient les peaux de lions et de léopards selon leur autorité, qu'ils désignaient par l'expression «ada gbõ» (ce qui signifie «la peau de Ada»), d'où le nom du pays, «Dagbõ» et celui de ses habitants «Dagbãmba».

Mis à part les prêtres qui exerçaient sur la population, un contrôle très limité, ils n'avaient pas de souverains. Dans certains cas, le chef d'une maison qui comptait beaucoup de membres, ou qui possédait beaucoup de têtes de bétail, était considéré comme le chef du village. Mais l'endroit le plus sacré dans le pays se trouvait à Yogo, et ses prêtres étaient à la tête des Dagbãmba.

C'est dans cet état d'« anarchie » et d'organisation rudimentaire que Na Nyagse, le petit-fils de Kpogonumbo, les trouva et leur fit la guerre, tuant tous les prêtres du dagbõ et les remplaça par ses fils, frères et neveux. Na Nyagse unifia ainsi tout le Dagbõ.

Rendant compte des travaux de Köhler (« Zur territorialgeschichte des östlichen Nigerbogens », 1958) commenté par G. Le Moal, on peut lire sous la plume de Izard ce qui suit :

« Il (Köhler) présente un tableau très complet des populations « voltaïques et en propose une répartition en sous-groupes définis pour la plupart à partir de critères linguistiques ; dans le sous-groupe « mosi-dagomba », il sépare le Mamprusi des Dagomba et associe chacune de ces deux populationsà des groupes ethniques ayant été soumis, respectivement, par les États mamprusi et dagomba. »

Bien que les travaux de Köhler présentent quelques insuffisances, d'ailleurs relevées par Izard, ils militent en faveur de la thèse ci-dessus défendue. Lorsque l'on affirme que Naba Nedga (Gbewa), régnait sur deux peuples conquérants : les «Mampruse» et les «Dagõmba» et sur de nombreuses tribus conquises, ne serait-il pas plus juste, de dire qu'il régnait sur de nombreuses populations conquises dont les Dagmba et les Mampruse ?­

 

3.4. le lieu où se trouvent les tombes de yẽnega et de riale

 Selon les traditions recueillies à Tenkodogo, lorsque Yẽnega mourut, son corps fut transporté à Gãmbaaga, pour y être enterré. Sa tombe et celle de Riale qui se trouveraient à Gãmbaaga, font l'objet de vénération et de lieu de pèlerinage des Nanãmbse de Ouagadougou. Jusqu'à une époque récente, au décès de chaque naaba, on choisissait dans son écurie, un cheval, et dans son harem une femme, qui devaient y être envoyés pour être sacrifiés aux mânes de Yẽnega.

Delafosse (1912, t.II, p.133),  affirme qu'autrefois à la mort de chaque Moro Naba, on envoyait l'une de ses épouses et l'un de ses chevaux à Gãmbaaga et on les immolait sur la tombe de Yennenga, la mère-fondatrice du royaume. Sa tombe devint l'objet d'une grande vénération et un lieu de pèlerinage pour les souverains moose.

Tauxier soutient la même chose dans son « Noir du Yatenga » (1917) en ce qui concerne  les Naba de Ouahigouya.

Pour ces deux auteurs donc, la tombe de Yẽnega serait à Gãmbaaga.

Mais selon la tradition recueillie par Prost auprès des notables de Douro-tenga, Yẽnega et de Riâlé vécurent à Zambalga où se trouveraient leurs tombes  . Zambalga est un lieu dit proche de Bitou.

C'est ce qu'affirme aussi Salfo Albert Balima (1996). Il soutient que lorsque  Yẽnega et Riale moururent, leurs restes furent cousus dans des peaux de bœufs  et enterrer à Zambanlga.

La question de l'emplacement des tombes de Riale et de Yẽnega ne doit donc pas être traitée à la légère.

Il semblerait (Cf. Compte rendu dans l'« Observateur Paalaga » n° 6918 du lundi 2 juillet 2007 ) que le Ministère de la culture de notre pays en concertation avec les autorités ghanéennes s'apprêtent à ériger un mausolée à Gãmbaaga sur le site supposé être la tombe de Riale et de Yẽnega.

En effet, une délégation, conduite par le secrétaire général du ministère burkinabè de la Culture, des Arts et du Tourisme, s'est rendue à Gãmbaaga où l'occasion lui a été donnée de se recueillir sur les prétendues tombes de Yẽnega et de Riale (Cf. l'« Observateur Paalaga » n° 6918 )

Rendant compte de cette visite le journaliste écrit :

« Sans une décoration particulière, elle est située devant la prison civile de Gambaga. Et en ce lieu, il y a deux tombeaux disposés l'un derrière l'autre.

Certains sages de Gambaga affirment qu'il s'agit des tombes de Yennenga et de sa maman ; d'autres disent par contre que le couple Yennenga-Rialé y serait enterré. Toujours est-il que les plus nombreux sont ceux qui soutiennent la deuxième version, car il existe une autre tombe à côté du marché qui serait celle de la mère de Yennenga. Les pourparlers dans ce sens vont bon train entre les deux pays, et au mois d'août, Burkinabè et Ghanéens doivent se rencontrer pour finaliser l'édification de ce monument. »

 

Afin de ne pas être victime d'une supercherie historique, nous avons jugé indispensable de reproduire un long extrait du témoignage donné par Kawada et qui montre comment le politique peut égarer la recherche lorsqu'il s'y mêle sans se référer aux chercheurs compténts.

 

« Comme j'ai pu le constater sur place, les traditions historiques des trois parties concernées (récits entendus à Tenkodogo, à Gambaga et à Nalerigu) présentent de notables dissemblances, et c'est selon leur propre interprétation que le roi de Tenkodogo et sa cour ont entrepris d'actualiser une série de coutumes. Pour ma part, ayant le privilège d'accéder aux chefs et aux notables des trois zones concernées, ainsi qu'aux autorités administratives ghanéennes officiellement chargées de programmer l'accueil de la mission royale de Tenkodogo à Gambaga, j'ai pu observer de près ces coutumes. De plus, j'ai eu l'occasion de visiter de nouveau ces trois régions en février 1991, soit deux mois après l'événement, et depuis lors je me suis rendu à plusieurs reprises à Tenkodogo, mon dernier passage dans cette ville datant de mars 1999. Faute d'espace, je me vois contraint de négliger ici une foule de détails pourtant pleins d'intérêt (note 11), et de me limiter à souligner les points qui me paraissent les plus importants en matière d'interprétation de l'histoire orale.

Avant de quitter son lieu de résidence habituel, fin décembre 1990, le roi de Tenkodogo (Tãnküdgo Naaba) a envoyé par deux fois à Gambaga une des deux plus hautes personnalités de sa cour, le Samande-naaba, afin qu'il prépare sa visite. À son arrivée à Gambaga, où il n'était jamais allé auparavant, cet homme fut très étonné de constater qu'il ne s'agissait plus que d'une, petite ville dépourvue des activités commerciales qui l'avaient autrefois rendue célèbre et que, contrairement à son attente, aucun grand chef ne s'y trouvait. Il ne put trouver qu'un vieux maître de terre aveugle vivant dans une maison tout à fait ordinaire. De plus, ni lui ni les autres anciens de Gambaga n'avaient entendu parler du roi de Tenkodogo.­

Cependant, comme ces gens connaissaient la légende de la fille qui s'était enfuie et avait donné naissance au premier ancêtre des chefs mosi, après avoir écouté les explications du Samande-naaba sur les coutumes du trente-troisième anniversaire de l'intronisation du chef de Tenkodogo, ils consentirent à accueillir le roi et sa suite, et à faire les préparatifs nécessaires aux sacrifices que le roi voulait accomplir à la mémoire de Yẽnenga, la mère de son premier ancêtre.

L'ignorance totale des habitants de Tenkodogo à l'égard de la situation de la chefferie mamprusi, qui va de pair avec leur attachement sans réserve au nom symbolique de Gambaga, est attestée par l'attitude du Samande-naaba qui, bien qu'ayant fait deux fois le déplacement jusqu'à Gambaga pour rencontrer le maître de terre, n'a jamais songé à se rendre à Nalerigu pour y saluer le Nayiri, le vrai chef mamprusi et descendant possible du père de Yenenga. En outre, à l'occasion de ces cérémonies, le roi de Tenkodogo a offert un cheval blanc au Gãmbadãana, "conformément à la coutume", mais tout comme le maître de terre (tẽng-soaba) mosi, le tẽndãana (maître de terre) mamprusi ne monte jamais à cheval "conformément à la coutume".

Après avoir salué le roi et assisté aux préparatifs du départ de la cour, ainsi que de nombreux habitants de Tenkodogo — qui devaient se rendre à Gambaga en autocar – et de l'équipe de la télévision nationale burkinabè, j'ai devancé tout ce monde pour observer les préparatifs en cours du côté de Gambaga. Là, le vieux Gãmbadãana et les notables locaux m'ont accueilli avec beaucoup de gentillesse et m'ont montré le petit cheval blanc offert par le roi de Tenkodogo. À ma grande surprise, deux tombeaux rectangulaires en ciment, tout nouvellement fabriqués, avaient été disposés sur la petite place où se tient le  bâtiment des services administratifs, pour que le chef de Tenkodogo puisse procéder à ses sacrifices. Selon Musa et Seyini, deux anciens qui sont de proches parents de Tiya, ces sépultures neuves avaient été construites la semaine précédente. L'une d'entre elles était censée représenter la tombe de Zobzia, premier Gambadaana selon les dires des habitants de Gambaga, la seconde étant le monument funéraire du fils de Zobzia, Anyelenga, dont la fille, Yantuura (ou Yannentuura ou Yantaore) aurait quitté Gambaga à cheval pour se marier avec un chasseur. D'après mes interlocuteurs de Gambaga, avant l'érection de ces deux "tombeaux", il n'existait dans la ville et alentour aucune sépulture abritant ou non les restes des personnages en question. Par ailleurs, ils m'informèrent de la construction, tout aussi récente, d'un autre tombeau de ciment placé à proximité du marché et dédié à Putisursoa, la mère de Yantuura.

Or, aucun personnage appelé Anyelenga ou Putisursoa n'apparaissait dans les traditions orales que j'avais jusqu'alors recueillies en pays mamprusi (à Gambaga, à Nalerigu ou encore à Pusga). Le vieux Seyini, qui assiste le Gãmbadãana Tiya, est d'une dizaine d'années son cadet. Il m'a affirmé qu'il tenait cette légende sur Yantuura de Mejida, le forgeron hausa qui l'avait transmise à Tiya. Cependant, quand le Gãmbadãana Tiya me l'avait racontée en 1968, il ne connaissait pas ces noms, et les autres anciens de Gambaga ne les avaient pas cités non plus. D'autre part, du côté de Nalerigu, Taraana nie catégoriquement l'existence de ces deux personnages à Gambaga. Il affirme en outre qu'il est absurde de dire que la fille d'un tẽndãana, à qui la coutume interdit de monter à cheval, ait pu se trouver à la tête des cavaliers de son père et quitter le pays paternel sur le dos d'un cheval, ou encore que ce tẽndãana ait offert une troupe de cavaliers à son petit-fils au moment de son retour vers la brousse, après qu'il lui eut été amené pour la première fois par sa mère. Pour ma part, je partage pleinement l'opinion du Taraana sur ce point. Sur le plan coutumier, la contradiction fondamentale réside dans le fait qu'un Gãmbadãana, maître de terre et doyen des autochtones, ne saurait être un chef guerrier dont les troupes seraient composées de cavaliers.

En ce qui concerne l'existence douteuse du Gãmbadãana Anyelenga, il n'est pas impossible que Seyini (l'interlocuteur principal du Samande-naaba), un homme actif, très accueillant mais un peu léger, ait créé de toutes pièces le personnage du père de Yenenga en entendant son nom de la bouche du Samande­naaba. Il aurait alors fait ériger le tombeau du père et même de la mère de cette femme, dans l'intention de réserver le meilleur accueil à l 'hôte de marque qui allait se présenter et de le satisfaire au mieux. J'ai recueilli en 1972 la récitation généalogique de la dynastie de Kinzim, qui précéda celle de Tenkodogo dans une région plus au sud. On y trouve la phrase suivante: " Gambaga Naaba Nyanenga a engendré un enfant qui s'appelait Weddaogo" (KAWADA, 1985: texte C). Cependant, même si l'on assimile Nyanenga à Anyalenga, les deux histoires ne se recoupent pas puisque, dans la légende de Kinzim, Nyanenga est considéré comme le père de Weddaogo et non celui de Yenenga.

Ajoutons qu'en moore, la langue des Mosi, Yenenga signifie "la mince", alors que Yantuura correspond en langue mamprusi à l'expression "disposez comme il vous plaira de n'importe quelle partie de mon corps", et Anyalenga veut dire "l'envie".

Le lendemain de son arrivée à Gambaga, le roi de Tenkodogo procéda dans la matinée au sacrifice d'un coq blanc, d'une brebis et d'une vache blanches sur le tombeau supposé d'Anyelenga. Il était entouré de la cour et d'une foule de spectateurs, sujets venus de Tenkodogo ou habitants de Gambaga. Quand le roise releva, une fois les sacrifices terminés, il avait l'air ravi. Se tournant vers la caméra de la télévision nationale burkinabé, il désigna la sépulture en ciment et indiqua, en français: "Voici le tombeau de Yenenga". Sans doute avait-il pris Anyalenga pour Yenenga lorsqu'il avait entendu les explications de Seyini.

(…)

Après avoir accueilli le roi de Tenkodogo dans son palais, le Nayiri lui fit visiter les restes du mur qui s'élevait aux abords de la ville, du côté de Gambaga. Ce mur, appelé nabilum goomne (le mur royal) a été édifié, pour une raison qui reste inconnue, par NaJeringa, le Nayiri qui succéda à Na Atabia. Là, le roi de Tenkodogo expliqua en français, pour la télévision, que ce mur avait été construit par Yenenga au XIe siècle. Sans doute avait-il confondu le nom de Na Jeringa avec celui de Yenenga. En fait, tous mes informateurs mamprusi de Nalerigu m'ont confirmé avec une belle unanimité que c'était Na Jeringa -- dont le- règne se situerait vers la fin du XVIIIe siècle -- qui avait fait construire ce mur, non Yenenga. D'autre part, la date estimée de la fondation de la chefferie mosi se situe au milieu ou dans la seconde moitié du XVe siècle, point sur lequel tous les chercheurs spécialistes des royaumes mosi, mamprusi et dagomba sont aujourd'hui tombés d'accord. La période du XIe siècle pourrait donc avoir été proposée par le roi de Tenkodogo sous l'influence de l'estimation faite autrefois par l'administrateur colonial DELAFOSSE et basée sur la description des deux tarikh édités à Tombouctou au XVIIe siècle. Comme je l'ai déjà signalé plus haut, cette estimation est désormais totalement caduque.

Avant de quitter Gambaga, l'équipe de la télévision demanda au vieux Gãmbadãana aveugle de s'asseoir devant sa maison et de raconter face à la caméra la légende de Yenenga (le Gãmbadãana prononçait Yennentuura). En décembre 1990, Tiya était déjà bien fatigué, mais je l'avais vu, en 1972, danser avec une lourde lance à la main en sa qualité de premier "maître de terre et représentant des autochtones" devant le Nayiri. C'était à l'occasion d'une importante cérémonie royale, appelée Damba, où il faisait preuve d'une grande vigueur. Pour répondre à la demande du journaliste, il se mit à raconter, d'une voix entrecoupée par l'effort, cette légende d'une fille guerrière; cette histoire ne lui avait pas été transmise avec la tradition orale de Gambaga, mais enseignée (comme il me l'avait confié en 1968) par un forgeron hausa de Nalerigu. Les autres anciens de Gambaga me confirmèrent d'ailleurs ces faits lorsque je les interrogeai de nouveau deux mois après ces cérémonies, en février 1991. Ces images du Gambadaana, ainsi que ses paroles, furent enregistrées et sans doute diffusées par la suite sur la chaîne de la télévision nationale du Burkina Faso, vraisemblablement assorties de commentaires soulignant la véracité historique de l'origine des royaumes mosi de Gambaga...

Lors de sa visite à Gambaga, outre le cheval blanc dont il a déjà été question, le roi de Tenkodogo avait apporté au Gimbadaana vingt mille cedis (monnaie ghanéenne), une bouteille de whisky écossais, ainsi qu'un bélier et un coq blancs. En retour, Tiya donna à son hôte un bœuf et l'une de ses petites filles, adolescente, comme épouse. De cette union naquit en 1995 une fille que le roi de Tenkodogo nomma Yẽnenga. Cette nouvelle Yẽnenga, très choyée par son père, grandit à la cour de Tenkodogo, symbolisant par sa personne le fait que la dynastie mosi de Tenkodogo est originaire de Gambaga.

Ainsi, par l'accomplissement de cette série de coutumes anciennes prétendument conformes à la réalité, une telle interprétation de l'histoire dynastique de Tenkodogo a obtenu la caution de Gambaga et a, de plus, été officialisée par ces événements à caractère public, enregistrés puis diffusés par la télévision (note 13).

A vais-je le droit, devant une telle situation, de dire au roi de Tenkodogo qu'il n'a pas interprété correctement tel ou tel point du passé de sa dynastie? Lorsqu'il m'a dit, au pied du mur construit par Na Jeringa: " Vous n'avez rien écrit sur ce mur dans votre livre (note 14)", je lui ai simplement répondu que c'était parce qu'il n'avait aucun rapport direct avec l'histoire des royaumes mosi. Je n'ai pas osé lui faire remarquer qu'il avait mal compris ce qu'on lui avait dit et qu'il était de toute façon inconcevable qu'un mur de terre crue érigé au XIe siècle soit encore partiellement debout à la fin du XXe. Naab'a Tïgre a pris Na Jeringa pour Yenenga. En ce sens, je peux dire qu'il s'est trompé. En revanche, je ne peux pas pour autant prétendre m'appuyer sur une base plus solide que la sienne pour rectifier son erreur et affirmer par exemple que Na Jeringa est celui qui a fait réaliser le mur. En effet, en posant une telle affirmation, je ne ferais que recourir à une information d'emprunt, recueillie auprès des gens de Nalerigu. » (Junzo Kawada. Genèse et dynamique de la royauté : les Mosi méridionaux (Burkina Faso). 2002, pp. 370-376)

 

C'est sur ce très riche  témoignage que nous concluons ce bref survol des acquis dans la connaissance de la reconstitution de l'histoire des Moose et des peuples apparentés.

 

 

Conclusion

 

Comme l'a dit M. Izard :

« l'histoire des Mossi… est devant nous, non derrière : mais en quoi consiste notre tâche à venir ? Fondamentalement à réexaminer la totalité des faits en privilégiant radicalement l'informateur et l'information…. »

Dans cette démarche, pour progresser rapidement, et surtout face à la disparition des informateurs les plus habilités   il faut la conjonction des perspectives propres à l'histoire, à la linguistique et à l'ethnologie (M. Izard,1970,. tome 2, pp. 393-394)

 Pageard (in « La Haute-Volta coloniale » s/d de G. Massa et Y.G. Madiega. Karthala, 1995, 554-555)  surenchérit dans le même sens:

« J'ai l'impression qu'un grand livre qui nous donnerait enfin une vision globale et exacte du passé du Moogo reste à faire. Depuis trente ans, les travaux de chercheurs burkinabè, français, germaniques, américains et japonais, ont apporté suffisamment d'éléments nouveaux, scientifiquement ordonnés, pour qu'une synthèse puisse être aujourd'hui tentée. »

En ce qui nous concerne, sans être un historien de formation, nous nous somme permis de faire cette incursion dans le champ de l'histoire : la multidisciplinarité en sciences sociales nous y autorise. L'anthropologue ne saurait se passer de l'histoire tout comme l'historien ne saurait se passer de l'anthropologie.

Avec les différentes pistes qui ont été dégagées, le champ de la recherche sur l'histoire du peuplement des Moose reste grandement ouvert ; bien de points d'ombre demeurent mais que seule une collaboration de chercheurs de plusieurs discipline permettra d'éclaircir.

Il faudrait,  au préalable, faire un état des lieux, en établissant un inventaire des résultats (acquis et insuffisances) obtenus.

 



24/10/2011
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