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IXe Congrès UGEV-Mouvement du 21 juin (Suite et fin)

(voir début de l'article)

 

 

2)- De l’indépendance politique

    La Haute-Volta est un pays politiquement indépendant. On entend par indépendance politique, le droit des nations et peuples à disposer d'eux-mêmes, leur autonomie politique, enfin, leur autodétermination. ou encore leur libre disposition ou séparation politique d’avec la nation qui les opprime.

    Mais qu'entendons-nous par droit des nations et des pays à disposer d'eux-mêmes? Et Lénine indique dans le Tome 20, page 52 :

   « Le droit des nations à disposer d'elles-mêmes signifie exclusivement leur droit à l'indépendance politique, à la libre séparation politique d'avec la [Page 37]  nation qui les opprime". Alors, la Haute-Volta s’étant séparée en 1960 de la France, s'étant séparée d'avec la collectivité nationale française, de territoire d'Outre-Mer, s'étant constituée en état séparé, distinct de la France, de son "Empire colonial", a acquis son indépendance politique. Elle a fait scission d'avec la France et s'est autodéterminée. Cette situation intéresse la plupart des pays d'Afrique, d'Asie, d'Amérique Latine qui, après l’écroulement du colonialisme ont conquis leur indépendance politique, se sont constitués en états distincts.

   Mais est-ce là une interprétation frauduleuse du droit des nations à disposer d'elles-mêmes? Non, car, s’il est vrai que la Haute-Volta ne répond pas aux critères d'une nation qui se définit comme « une communauté stable historiquement constituée de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique qui se traduit dans la communauté de culture » (J. Staline. Le Marxisme et la question nationale et coloniale. éd. Norman Béthune.1974, p.33), il n'en demeure pas moins vrai qu'à l'époque de l'impérialisme, la question nationale se conçoit dans un cadre beaucoup plus large. écoutons Staline à ce propos :

« l'immense portée mondiale de la Révolution d’Octobre consiste surtout en ce qu'elle a élargi le cadre de la question nationale en la transformant de la question particulière de la lutte contre le joug national en question générale de l’affranchissement des peuples opprimés des colonies et semi-colonie, à l'égard de l'impérialisme ».

   En effet, les premières nations capitalistes nées à la suite des premiers mouvements nationaux dans le monde ont très vite étendu leur hégémonie hors de leurs frontières, soumettant ainsi de nombreux pays historiquement plus arriérés qui deviennent leurs colonies.

A l'époque de l'impérialisme le phénomène se généralise car actuellement, dans son expansion le capital financier a étendu ses tentacules dans toutes les régions du monde (à l'exception des pays socialistes). Dès lors on ne peut parler du droit des nations à disposer d'elles-mêmes sans faire allusion aux peuples opprimés des pays colonisés, dominés. Ainsi, la question nationale qui se rapportait à la lutte contre le joug national se transformait en question générale de l'affranchissement des peuples opprimés des colonies et semi-colonies à l'égard de l'impérialisme. La Haute-Volta d'avant 1960 ayant été une colonie française, l’éventualité d'une interprétation frauduleuse est vite écartée. Poursuivons.
      Dans les pays dominés, colonisés, la bourgeoisie autochtone, comparativement à celle du pays colonisateur ne peut s'ériger en classe puissante et cela compte tenue de la domination politique [Page 38]  et économique dont elle fait l'objet et qui l'empêcha de ce développer sur la base d'un capitalisme, d'un marché national. Ainsi, on comprend pourquoi cette bourgeoisie s'intéresse au départ du colon. Cet intérêt s'est manifesté à travers les mouvements anticoloniaux où l'on a vu la bourgeoisie et la petite bourgeoisie diriger le peuple dans la lutte armée contre le colonisateur. Cette lutte anticoloniale menée par le peuple est un mouvement national bourgeois. Elle s'est effectuée sous le mot d'ordre de la lutte pour l'indépendance nationale. La bourgeoisie et la petite bourgeoisie pouvaient-elles diriger la lutte jusqu'à la conquête de l'indépendance totale ? Non ! car une indépendance nationale véritable lui sera préjudiciable. En effet s'il est vrai que ma bourgeoisie autochtone est contre la domination impérialiste parce qu'elle empêche son libre développement, il n'en demeure pas moins vrai qu'elle craint beaucoup plus le mouvement social du peuple pour son émancipation de toute sorte d'exploitation, mouvement social dont la juste tendance doit viser à la supprimer (bourgeoisie autochtone) en tant que classe. Ainsi, malgré la détermination du peuple à mener cette lutte de libération jusqu'à terme, le mouvement anticolonialiste ne débouchera pas sur une indépendance véritable car, très tôt, au sein du mouvement national bourgeois la tendance nationale-réformiste allait avoir raison de la tendance nationale-révolutionnaire. Aussi le mouvement national des bourgeoisies des pays historiquement arriérés en général, celui de notre pays en particulier, n'a pas abouti à la création d'une nation véritable à l'instar des mouvements nationaux bourgeois antiféodaux du début du 17e, 18e  siècle en Europe.

     Est-ce pour autant que celle lutte a été sans importance, sans acquis ? Nous avons déjà répondu à cette question ! Le mouvement anticolonialiste a abouti à la création d'états « nationaux » politiquement indépendants, c'est-à-dire des états juridiquement séparés des anciennes puissances colonialistes. Ainsi, une nouvelle ère venait de s'ouvrir pour ces pays : l'ère du néo-colonialisme.

      Aujourd'hui certains équilibristes disent qu'il ne faut parler que d'indépendance juridique :
« il ne faut pas surestimer la lutte des peuples à l'époque coloniale en parlant d’indépendance politique, il ne faut pas non plus sous-estimer l'importance de cette lutte » ajoutent-ils. Pour nous, reconnaître l’indépendance juridique et l'opposer à la notion d'indépendance politique, c'est concevoir que les questions juridiques ne sont pas des questions politiques, c'est traduire son incompréhension totale du concept « politique ».

[Page 39] 

      On pourrait objecter en disant que l'indépendance politique dont nous parlons, pour ce qui est de la Haute-Volta, ainsi que pour beaucoup de pays africains, a été octroyée et que l'indépendance s'acquiert de haute lutte. A une telle objection nous rétorquons en disant qu'elle procède d'une méthode d'analyse antidialectique car si un tant soit peu ces objecteurs s'étaient référés à la méthode dialectique d'analyse, ils comprendraient en liant la lutte de notre peuple à la lutte générale des peuples du monde pour leur affranchissement de toute sorte d'exploitation, que l'indépendance politique de notre pays a été rendu possible par une conjonction de plusieurs facteurs dont nous avons parlé plus haut. Nos contradicteurs du MONAPOL évoquent aujourd'hui l'existence des accords néocoloniaux d'asservissement entre la Haute-Volta et la France, pour nier l'indépendance politique de la Haute-Volta. Malgré l'existence de ces accords néocoloniaux, qui font de cette indépendance politique une réforme démocratique altérée, incomplète sous l'impérialisme, aujourd'hui seule une annexion peut faire perdre totalement à la Haute-Volta cet acquis des indépendances politiques. Il faut d'ailleurs faire remarquer à nos opportunistes que si justement ils parlent d'accords entre la Haute-Volta et la France c’est précisément parce qu’il existe bel et bien deux parties en présence, la Haute-Volta et la France. Et mieux il y a des accords entre la Haute-Volta et d'autres pays du monde. Cela bien sûr parce que la Haute-Volta existe en tant que entité politique, en tant qu'état « national » séparé de la France. C'est aussi un tel fait qui explique l'existence de relations diplomatiques entre notre pays et la RPSA. Certains rejettent la notion d'indépendance politique de la Haute-Volta parce que depuis I960 le pouvoir réactionnairere voltaïque est corrompu, sa politique est influencée par l'impérialisme international, français en particulier. Et dans leur logique, ces camarades affirment que le contraire aurait correspondu à un pouvoir nationaliste fondant sa politique sur un capital national indépendant.

     Il y a ici une confusion entre l'indépendance politique et la conduite des affaires d'état. Ce qu'il faut comprendre, c'est que, s'il est vrai que les impérialistes arrivent souvent à empêcher à leurs ex-colonies d'avoir une politique extérieure et intérieure propre, c'est essentiellement parce que ces gouvernements néocoloniaux ont les mêmes intérêts de classe réactionnaire que l’impérialisme, et ce n'est point cela qui supprime complètement l'indépendance politique des néo-colonies.

[Page 40]

     Il n'y a aucune incompatibilité car, comme le dit Lénine, « Mais cette domination du capital financier n'abolit nullement l'importance de la démocratie politique en tant que forme plus libre, plus large et plus claire de l'oppression de classe et de la lutte de classe ».

La politique de ces pays n'échappe pas aux « mailles » de la diplomatie internationale, parce que justement ces pays sont des maillons du système capitaliste international. A ce propos Lénine écrit :

« Le Portugal nous offre une forme quelque peu différente associée à l'indépendance politique, de la dépendance financière et diplomatique ».

    Il faut comprendre qu'à l'époque actuelle où les multinationales imposent leurs lois, aucun gouvernement du monde capitaliste, que celui-ci soit des états-Unis, de la France ou de la Haute—Volta, n'échappe à la corruption des magnats du capital financier qui en profitent pour influencer la politique de ces gouvernements.

    Si l'indépendance politique signifiait l'indépendance économique, financière etc., il faudrait soit nier l'indépendance politique des pays comme la France, l'Allemagne etc. ou alors nier leur dépendance économique, financière vis-à-vis des états-Unis. Cet exemple est assez significatif. Les états néocoloniaux sont bourgeois, capitalistes. Et dans ce monde où ils sont tard venus, ils subissent la loi du capitalisme qui est celle de la jungle ; la loi du plus fort. Les autres états capitalistes, les firmes internationales les oppriment économiquement à divers degrés. C'est une loi générale du capitalisme.

 

     Mais tout en faisant partie du système capitaliste en y restant opprimée, la bourgeoisie nationale de nos différents pays, à partir du moment où ils ont un état à gérer, différent de l'état français, acquièrent en même temps une certaine marge de manœuvre, conséquente à l'indépendance politique, cette marge de manœuvre leur permet de choisir entre différents impérialismes, d'où en même temps l'accentuation des contradictions inter-impérialistes dans nos pays qui ne sont plus totalement des chasses gardées de tel ou tel impérialisme. Et cela date de 1960 et non en 1972 comme l'affirment d'autres pour leur pays (Dahomey). En effet, sous le colonialisme, à la bourgeoisie nationale en formation, ne se posait pas le choix de tel impérialisme ou tel autre, de tel colonialisme ou tel autre. Ce choix ne pouvait pas exister ; l'empire colonial était un. Aujourd'hui ce choix existe en termes [Page 41]  de tel impérialisme ou tel autre, tel colonialisme ou tel autre, parce que l'empire colonial n'existe plus. Il a été remplacé par des états africains séparés de l'état français, qui ont la possibilité (même réduite, mais cette possibilité existe quand même), de choisir. Et ils le font. Certains plus, d'autres moins, mais ils le font quand même. L'exemple du Dahomey qui a troublé et dérouté le mouvement révolutionnaire (ou tenu pour tel) est significatif. Cela nous convainc plus que jamais que sans comprendre la signification des phénomènes de 1960 et leur suite on ne pourra éviter les déviations réformistes et opportunistes, les mots d'ordre erronés, etc.. En ne comprenant pas que ces gouvernements ont la possibilité de s'opposer à l'impérialisme français et que parfois, ils le font (rappelons-nous les cas typiques de la Mauritanie avec Ould Dada, du Niger avec Diori qui réclamait la multiplication par dix (10) du prix de l'uranium nigérien), on commet l'erreur nationaliste de les soutenir totalement ou « tactiquement » (en se démarquant stratégiquement) dans leur lutte « anti-impérialiste », lutte qui n'a pour but que d'affermir leur pouvoir économique de bourgeois. Ce faisant, on est derrière la bourgeoisie.

 

     Ce que n'ont pas compris nos nationalistes (mais pourront-ils jamais comprendre quoi que ce soit!), c'est que l'indépendance politique est un droit démocratique bourgeois. Qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie qu'en tant que droit démocratique (tout comme le droit des femmes à l'égalité, au divorce), il ne peut être réalisé totalement en régime capitaliste, mais seulement de façon altérée, incomplète, formelle; le contraire est impensable.

    Ainsi l'indépendance politique en tant que droit démocratique n'a pas éliminé et ne pouvait pas éliminer l'oppression impérialiste dont nous sommes victimes, mais la rend seulement plus claire, plus ample, plus ouverte, plus accusée, amenant la classe ouvrière et les masses à la conscience que la source de l'exploitation n'est point dans l'absence de droits, mais plutôt dans le capitalisme. Expliquons-nous.

     Sous le colonialisme, nous luttions pour nous constituer en pays distincts de l'Empire français, en état séparé, en « nation indépendante ». En tant que colonie française, nous n'avions aucun droit, nous subissions la loi française, « normalement », puisque français (il est nécessaire de relativiser cette affirmation puisque nous n'avons obtenu le statut de citoyen français que plus tard en 1958).

[Page 42] 

     En un mot, c'était l'absence de droits pour nos pays. Aujourd'hui, avec les indépendances politiques, avec l'acquisition du droit à se séparer de la France, avec l'existence d'un pays indépendant de l'Empire français, en un mot, avec l'application du principe démocratique du droit des nations à disposer d'elles-mêmes, on constate toujours l'oppression impérialiste, la dépendance économique, l'exploitation capitaliste. Mais de cette égalité en droits pouvait-on en attendre plus ? Non bien sûr. Mais cela apporte-t-il quelque chose ? Oui bien sûr, cela apporte aux ouvriers la conscience de la source des maux. En effet « plus l'égalité en droits des nations est complète (elle n'est pas complète sans la liberté de séparation), et plus il est évident pour les ouvriers de la nation opprimée que tout tient au capitalisme, et non dans l'absence de droits » (Lénine).

    Nos nationaliste du P"CR"V et du Monapol qui ne veulent pas qu'on parle de « capitalisme », mais seulement d'« impérialisme », de « bourgeoisie » mais seulement de « valets », pour ne pas « changer l'étape de la lutte » qui serait alors la lutte pour le « socialisme » ne peuvent pas accepter ce point de vue. Voilà pourquoi ils ne peuvent pas comprendre la signification historique des événements de 1960. Ils en sont éblouis. Ils prennent la chose (l'indépendance politique) pour son ombre et continuent de courir après elle, pensant que l'indépendance politique est quelque chose de plus que le droit à l'autodétermination. Mais lorsqu'on examine attentivement leurs points de vue, l'on constate qu'en vérité ils ont compris la justesse de nos points de vue, mais en bons opportunistes qu'ils sont, ils veulent, tout en conservant leurs anciens points de vue, épouser les nôtres, tout en nous traitant d'opportunistes et de « contre-révolutionnaires ». En effet, amis lecteurs qui nous suivez, écoutez un peu ce qu'ils disent:

« … Avec le faible niveau de conscience politique des masses, cette petite bourgeoisie traîtresse (il s’agit des Nazi Boni, Gérard Kango, Maurice Yaméogo, etc..) réussit à faire voter massivement le oui au référendum gaulliste de 1958 (c'est-à-dire non à l'indépendance politique). Seule la Guinée rompit effectivement avec la Franco. La petite bourgeoisie qui a dirigé ce mouvement en Guinée, ne s'épanouit pas en tant que classe, en tant que grande bourgeoisie nationale, mais se précipita dans les bras de l'impérialisme américain qui fit de la Guinée sa néocolonie, y établissant sa domination politique et économique »(Cf. « Spécial IXe Congrès, p. 71)

[Page 43] 

      Cette petite phrase trahit nos opportunistes. Elle les trahit car elle livre crûment leur pensée qu'ils ont toujours voulu camoufler. Elle les trahit car elle trahit leur opportunisme que nous avons désormais appris à déceler et qui se résume ainsi : reprendre à son compte les points de vue qu’on a soi-même condamnés hystériquement auparavant mais sans jamais faire d'autocritique ; c'est ça l'habileté opportuniste désormais dévoilée du Monapol. ça s'appelle aussi : « retourner boire dans le puits où l'on a soi-même craché ».

      1°)-Ils reconnaissent aujourd'hui la notion d'indépendance politique mais ils veulent le faire frauduleusement. Il n'en est pas question car nous sommes là pour les prendre sur les lieux de leur larcin. En effet le référendum de 1958 avait pour but d'accorder ou créer l'indépendance politique disent-ils ; seule la Guinée rompit effectivement avec la France et prit son indépendance politique. Les autres (« cette petite bourgeoisie traîtresse ») ont dit non à l'indépendance politique.

     D’ores et déjà nous pouvons dire qu'en acceptant de reconnaître la seule notion d'indépendance politique, c'est un grand pas en avant pour eux (s'il s'agit d'approcher la vérité), en arrière (s'il s'agit d'examiner comment leurs positions s'effritent) et une révérence forcée ou un aplatissement (s'il s'agit d'examiner les
rapports entre eux et nous. Merci); c'est d'ailleurs ce qui arrive toujours aux opportunistes irrévérencieux : la révérence forcée

       2°)- Le poison bourgeois du nationalisme apparait quand on examine l'appréciation faite de l'évolution de la petite bourgeoisie guinéenne qui a dirigé le mouvement anticolonialiste. En effet selon vous, cette « petite-bourgeoisie », « ne s'épanouit pas en tant que classe, en tant que grande bourgeoisie nationale, mais, se précipita dans les bras de l'impérialisme américain ». En d'autres termes, vous regrettez qu'elle ne se soit pas développée en tant que grande bourgeoisie nationale, car là elle ne se serait pas  précipitée dans les bras de l'impérialisme américain. Ce qui revient ici encore, c'est l'idée combien saugrenue du développement d'un pays en tant que pays capitaliste indépendant, dirigé par une bourgeoisie nationale indépendante, progressiste, anti-impérialiste même, à l'époque actuelle.

     Le P"CR"V qui a enfanté cette idée déclare dans son programme à la page 22 :

« Les particularités de l'évolution politique de la Haute-Volta, de sa structure économique et sociale n'ont pas permis (du moins à l'état actuel de nos connaissances et enquêtes) la naissance et le développement d'une bour-[Page 44]geoisie nationale  en tant que classe et force politique indépendante ».

    Le « Prolétaire » dans son numéro 1, critiquait cette conception en ces termes à la page 35:

« Le mal du P"CR"V réside dans sa compréhension du concept de bourgeoisie nationale. Animé par cette compréhension il est certain qu'il ne trouvera nulle part en Haute-Volta, cette bourgeoisie nationale, dû-t-il effectuer pour cela 10 ans d’enquêtes assidues. Et pour cela, l'empirisme (pré-éminence des enquêtes sur la compréhension théorique des phénomènes) n'y peut rien. »

    Après avoir donné la juste conception de la bourgeoisie nationale qui n'est autre que la bourgeoisie au pouvoir dans nos différents pays d'Afrique, « Le Prolétaire » ajoute ceci:

« De préférence à cette juste compréhension de la bourgeoisie nationale, c'est la fausse compréhension qui a été largement répandue au sein du mouvement démocratique national et tout particulièrement au sein du mouvement étudiant (UGEV) ».

    Cela, se trouve largement confirmé ici puisque pour la Guinée, et toujours hantés par la bourgeoisie nationale en tant que « classe et force politique indépendante », ils sont obligés de constater qu'elle n'existe pas. Et cela est aussi valable pour les autres pays (Togo, Dahomey, Guinée-Bissau, Angola, Mozambique, etc..) pour lesquels ils seront obligés de constater que les « particularités de leur évolution politique n'ont pas permis etc.. ».

     Or, quand des particularités deviennent générales, on en tire une loi, une théorie générale et elles perdent leur caractère de particularités.

    Pour nous l'évolution de la petite bourgeoisie guinéenne en grande bourgeoisie nationale s'est opérée, et c'est cette grande bourgeoisie nationale qui s'est « précipitée dans les bras de l'impérialisme américain ». A l'époque où nous sommes, aucune « grande bourgeoisie nationale » dans les pays opprimés ne peut manquer de se « précipiter » dans les bras d'un impérialisme ou d'un autre. C'est ce qui s'est passé dans nos pays d'Afrique en passant par le Mali, la Guinée-Bissau. C'est ce qui se passera pour le Sahara Occidental, la Namibie etc..

    Et cela vous le comprenez dans une certaine mesure. Mais en bons opportunistes, il vous sera difficile de le reconnaître ouvertement parce que l'opportuniste c'est justement celui qui est flou et qui tonte toujours par ses louvoiements de couleuvre d'épouser tous les points de vue en même temps.

     Tout un chacun en suivant correctement leur raisonnement comprendra que leur logique est bouleversée, mais qu'ils essaient tou-[Page 45]jours de se mettre debout sur leurs deux pieds ; mais de tels acrobates ne manquent jamais de se rompre le cou. En effet, selon eux, l'indépendance politique signifie l'indépendance totale vis-à-vis de tout impérialisme. Examinons dans cette logique leurs propres arguments : si le référendum de 1958 portait sur l'indépendance politique, si seule la Guinée a osé dire « non » au référendum, c'est-à-dire « oui » à l'indépendance politique, on doit tirer la conclusion que la Guinée a été totalement indépendante au moins en 1958 juste après le référendum (au moment de l'acquisition do l'indépendance politique) et juste avant que la petite bourgeoisie ne se précipite dans les bras de l'impérialisme américain. Voilà normalement les conclusions auxquelles on se devrait d'aboutir.
      Mais cela, le Monapol n'oserait pas, car il comprend que les années 58 à 60 n'ont été pour la Guinée que la phase de transition d'un impérialisme à un autre (de l'impérialisme français à l'impérialisme américain); la base économique qu'elle avait, la classe au pouvoir (petite bourgeoisie se transformant en grande bourgeoisie nationale) ne pouvait permettre qu'on appelle cette indépendance qu'elle venait de conquérir, l'indépendance totale. Cette indépendance n'a pour nom qu'indépendance politique, signifiant le droit de choisir à quel impérialisme s'affilier. Il n'est pas surprenant que ce fut l'impérialisme américain dans la mesure où ce dernier était le maître en matière de néocolonialisme. Il sut comment procéder pour associer l'indépendance politique et l'oppression impérialiste. La France suivra ses pas par la suite. Cette affiliation à l'impérialisme américain ne fait point perdre son indépendance politique à la Guinée, loin de là. Mais le Monapol affirme que oui puisque pour lui l'indépendance politique signifie indépendance totale. Il est facile pour tout un chacun de comprendre pourquoi il affirme cela. Le contraire aurait été difficile dans la mesure où chacun sait que la Guinée est dans les griffes des yankees. Tel est le raisonnement tortueux effectué par eux pour garder l'équilibre.

 

     Mais toute cette jonglerie n'a pour but que de cacher l'ignorance crasse sur la question de la démocratie, ainsi que l'incohérence dans le raisonnement. La démocratie n'élimine pas l'oppression de classe, mais rend la lutte de classe plus claire.
      L'indépendance politique qui est un droit démocratique n'élimine pas elle non plus par son acquisition, l'oppression impérialiste [Page 46] contrairement à ce que vous pensez, messieurs « les démocrates »; elle ne signifie que ceci : « vous les Blancs vous avez le droit d'avoir votre pays que vous gouvernez vous-mêmes. Pourquoi n'aurions-nous pas nous aussi le droit de nous gouverner nous-mêmes, de former un état dirigé par les fils du pays ? »

     Cette revendication ne signifie pas plus, et seuls le P"CR"V et le Monapol pouvaient en attendre plus (la suppression totale de toute exploitation de l'homme par l'homme). Ils n'ont pas compris que l'indépendance politique concerne uniquement le droit de se séparer de la métropole, le droit de former un état national indépendant de l'état colonial (français en l'occurrence), et qu'elle ne porte pas sur la question de savoir quel type d'état et  donc de régime social à instaurer (socialiste, capitaliste ou de transition). Cette question est résolue par ceux qui dirigent la lutte. Pour nos pays la petite bourgeoisie en se transformant en grande bourgeoisie nationale ou « locale », si cola plait au P"CR"V et en créant un état  bourgeois, capitaliste crée en même temps les conditions d'un développement plus ample, plus déclaré, plus accusé de la lutte des classes (la classe ouvrière grandissait avec le développement de l'industrie).

     Nous pensons qu'il est inutile de s'attacher à démontrer la différence de caractère qu'il y a entre la lutte de classes actuelle (sous le néocolonialisme) avec celle ayant existé sous le colonialisme, pour autant qu'on puisse parler de lutte de classe sous le colonialisme, au vrai sens du mot; chacun peut faire nettement la différence et rejeter l'argument selon lequel on ne peut pas dire que tout le monde était d'accord pour chasser le colon, que la lutte anticolonialiste n'avait pas pris l'allure d'une lutte nationale de la « nation » opprimée contre l'envahisseur à la différence de la lutte sous le néocolonialisme qui plutôt prend le caractère d'une lutte de classes. Chacun pourra apprécier comment le Monapol ne voit pas la différence, et considère la lutte anti-néocolonialiste quant au fond comme une lutte anticolonialiste.

 

      Nous aurions fini la critique des arguments des rédacteurs du IXe Congrès si certains ne nécessitaient pas une réplique, tellement ils sont grossiers. Poursuivons alors.

      Dans la conception des rédacteurs du IXe Congrès, ce qui était indépendance politique en 1958 ne l'est plus en 1960. Pourtant nous posons la question de savoir: quelle différence y a-t-il entre ce que la Guinée obtint en 1958 et ce que les autres [Page 47] pays obtinrent en 1960 ? Elle réside uniquement dans deux faits selon nous.

      1°) la voie d'obtention : référendum dans l'un et sollicitation dans l'autre.

      2°) le changement d'impérialisme et le droit donc ainsi donné (conquis) par Sékou Touré d'insulter nuit et jour l'impérialisme français sur les ondes alors qu'il dormait dans les bras de l'impérialisme « conséquent ».

 

      Pour le Monapol, la différence réside certainement dans le fait que la Guinée ait accédé à l’'indépendance politique contre le gré de De Gaulle, et les autres pays sur « contrainte » de De Gaulle (d’ailleurs il ne les a pas contraints, il les a entrainés à accepter parce que ces derniers étaient trop en retard sur lui qui avait compris le sens de la marche de l'histoire. Cf. ses déclarations : « On peut regretter l'empire comme on regrette le bateau à voile, etc » (cité de mémoire).

      Le fait d'avoir accédé à l'indépendance sur l'accord de De Gaulle a été accompagné d'accords de coopération asservissants. Dire cela pour montrer la différence entre la Guinée et les autres pays, c'est oublier que la Guinée, elle aussi est tombée dans des accords de coopération asservissants, peut-être plus fins, plus subtils, mais asservissants quand même. Quelque que soit la forme d'obtention de l'indépendance politique, qu’est-ce que cela y change ? Le contenu de l'indépendance politique: la séparation d'avec l'état français n'existe-t-elle pas pour autant ? La réponse semble claire, évidente même. Mais il existe des gens pour ne pas comprendre.

       Que dit le Monapol à propos de la séparation de la Haute-Volta d'avec, là France ? « Comme on le voit, l'appareil d'Etat voltaïque est un appareil d'état néocolonial mis en place pour faire croire que l'Etat voltaïque est séparé de celui de la France ».

      Que signifie une phrase aussi grossière ? Premièrement que l'état voltaïque n'est pas séparé de celui de la France, mais qu'on veut nous le faire croire tout simplement. Deuxièmement, qu'un état voltaïque colonial a été remplacé par l'état néocolonial. C'est ce qu'on appelle « être fourvoyé en plein midi ».

     Depuis quand un état colonial voltaïque a-t-il existé ? En arriver là, montre que soit on ignore totalement ce qu'est un état, soit on ne sait pas ce que signifient respectivement le colonialisme et le néo-colonialisme.

    Vous auriez été moins ridicule si vous aviez dit tout simplement « peur faire croire que la Haute-Volta est séparé de la France, ou encore que la « nation » voltaïque est indépendante de la nation française, etc..

[Page 48] 

     Tout en étant ridicule, vous l'auriez quand mène été moins. Vous seriez toujours restés ridicules car personne ne peut nier aujourd'hui que l'état voltaïque soit séparé de celui de la France. C'est tellement évident qu'on est obligé de se poser la question de savoir si ce sont des analphabètes qui ont écrit cela ou des étudiants. Et quand on leur demande pourquoi l'état voltaïque n'est-il donc pas séparé de celui de la France, messieurs ? Ils répondent en cœur :

« parce que cet état voltaïque qui existe séparément de l'état français présente les caractéristiques suivantes :

  • l'armée est de type colonial tant dans son fonctionnement que son encadrement.
  • l'administration voltaïque ne se distingue pas dans son fond de l'administration colonialiste française et des coopérants français sont placés à tous les postes clés.
  • les différentes constitutions de l'état voltaïque (1960, 1971 et 1978) sont des plagiats de la constitution gaulliste de 1958. » (cf. IXe Congrès du MONAPOL p.71).

     Et donc à cause de ces caractéristiques, cet état voltaïque séparé, n'est pas séparé (de l'état français), il n'est pas séparé car dans le fond l'impérialisme français contrôle pour l’essentiel cet appareil d'état et continue d'exercer une oppression nationale sur le peuple voltaïque » (Ibid., p.71.)

 

 

      Comme nous l'avons dit, ami lecteur, vous comprenez que pour le Monapol, séparation d'avec la France, décolonisation signifie : fin du contrôle de l'impérialisme français, fin de l'oppression nationale sur le peuple voltaïque. Ils n'ont pas compris qu'à l'époque de l'impérialisme,...des multinationales, on n'a pas besoin pour opprimer un pays de l'annexer et d'en faire sa colonie. Au contraire, ce qui est typique de l'impérialisme ce n'est pas la colonie, mais les diverses formes variées de pays dépendants, qui nominalement jouissent de l'indépendance politique, mais qui en réalité subissent le joug tout aussi impitoyable de l'asservissement financier et diplomatique : le néo-colonialisme que nous vivons est justement une de ces formes.

     Les accords de coopération, les coopérants, etc... sont l'expression de ce néocolonialisme qui n'est lui-même qu'une forme de dépendance.

 

     Mais poursuivons pour atteindre le clou de l'affaire. En effet, tous les militants (ceux qui aveuglément soutiennent le Monapol ou ceux du M.21 juin), toute l'opinion démocratique et syndicale intéressée à la crise et aux débats qui ont lieu, pour peu qu'ils aient suivi, pour peu qu'ils aient de la mémoire, contrairement à ceux qui sont habitués à oublier vite (quand cela [Page 49] les arrange), seront certainement surpris quand ils verront en conclusion, au bas de la désormais fameuse page 71 du document, la petite phrase suivante :

« l'indépendance politique de 1960 est donc formelle, elle est une duperie de l'impérialisme français pour pérenniser le néo-colonialisme en H.-V. »

    On croirait entendre parler le « Ncol ».

    En effet, selon le Monapol, seule la question de l'indépendance politique le sépare du Mouvement du 21 juin « alias Ncol », (après avoir fait révérence, sur les autres questions), il y a lieu de considérer désormais, à la lueur de cette petite phrase que le Monapol est devenu Ncol.

     Nous expliquons depuis toujours que l'indépendance politique de 1960 est formelle, étriquée, incomplète, rabougrie, comme tout droit démocratique en régime capitaliste, mais que ce n'est pas pour autant qu’elle n'existe pas. Mais voyez-vous, le Monapol n'y  comprend rien à tout cela. Du moins, il comprend en retard, très en retard.
      Il en est ainsi pour tous ceux qui tablent leur politique sur l’état d'esprit d'un moment. Comment réagissent-ils ?

      Tout d’abord ils attaquent hystériquement les positions qui les choquent, ils foncent tête baissée tels de véritables kamikaze, puis se cognant amèrement la tête contre la vérité, et s'en tirant avec une bosse, ils tentent de rectifier frauduleusement, tels des voleurs.

     Reconnaissant donc comme nous qu'en 1 960 c’est l'indépendance politique qui a été acquise, mais que cette indépendance politique est formelle, ils continuent néanmoins de traiter, deux pages plus loin, les tenants de la thèse de l'indépendance politique de « contre-révolutionnaires », de « néo-colonialistes », d' « agents camouflés  etc.. ».

      A-t-on jamais vu si terribles masochistes qui aiment à se fustiger tant ? étant donné que le Monapol vient de reconnaître que l'indépendance politique est une notion juste, il se voit lui-même « ncolisé ». Cela confirme ce que nous avons toujours dit : ils reconnaîtront tour à tour nos positions. A l’heure actuelle, les militants du Monapol n'ont plus confiance dans ce que vous dites. Ils sont trop habitués à vous voir vous incliner en avant pour nous faire la révérence et chaque nouvelle question que nous abordons est considérée par eux avec respect et attention.

 

     Avant de clore ce chapitre, examinons un dénier point : Colonies de peuplement et colonies d'exploitation:

      Nous lisons à la page 69 du spécial IXe Congrès, sentencieusement écrit, ce qui suit:

  « Il est nécessaire pour une étude sérieuse, de distinguer deux sortes de colonies de l'impérialisme : les [Page 50] colonies qui servaient de territoire de peuplement pour le surplus de la population de la métropole (Australie, Canada, Argentine, Chili etc...) et les colonies exploitées par les impérialistes comme débouchés, sources de matière premières et sphères d'investissement de capitaux (Mali, Sénégal, Haute-Volta, etc...). La distinction entre ces sortes de colonies a une grande importance, non seulement historique, mais aussi économique et politique. Les colonies du premier type sont devenues par leur développement général, des dominions, c'est-à-dire des parties du système impérialiste jouissant de droits égaux, ou presque égaux à ceux de la métropole. La bourgeoisie venue de la métropole représente au fond dans ces colonies (colonies d'émigration) un « prolongement » colonial de la bourgeoisie de la métropole. Les intérêts de cette bourgeoisie sont en grande partie identiques aux intérêts coloniaux de la métropole. La métropole est intéressée jusqu'à un certain degré à renforcer sa « filiale » capitaliste dans la colonie, surtout quand cette « filiale » de l'impérialisme réussit à subjuguer l'ancienne population indigène ou même à la faire disparaître complètement.

D'autre part, la rivalité des divers systèmes impérialistes pour l'influence dans ces pays semi-indépendants peut aboutir à leur séparation de la métropole et même à leur rattachement aux concurrents de celles-ci. Ces causes contraignent souvent l'impérialisme à accorder à son agence une certaine indépendance politique et économique dans ces colonies (dominions) qui deviennent alors des puissances alliées ou apparentées à leur impérialisme respectif ».

     A lire cela, on serait tenté de croire que les rédacteurs du IXe Congrès ont fait des progrès. Qu'ils sont en passe d'éliminer leur ignorance crasse en politique et en théorie. Erreur ! Ils ont tout simplement fait preuve de malhonnêteté en recopiant à la page 1729 du numéro spécial de la Correspondance internationale, le texte des thèses du VIe Congrès mondial de l'internationale communiste (1928).

     Nous avons coutume d'encourager l'étude de tels textes. Seulement nous avons pour coutume aussi d'indiquer clairement qu'il s'agit de citations et non de nos propres inventions, ceci par souci d'honnêteté. En effet, quand on fait 22 lignes de citation, il faut franchement être en quête de prestige (parce que dépourvu de connaissances justement) pour tenter frauduleusement de les faire passer pour sa propre invention.

 

 

      Reprenons la citation entière que vous avez d'ailleurs mutilée (et pour cause !)
et examinons-la :

[Page 51]

« Parmi les pays coloniaux, il faut distinguer entre les colonies des pays capitalistes qui servaient de territoire de colonisation pour le surplus de leur population et qui devinrent ainsi le prolongement de leur système capitaliste propre (Australie,
Canada, etc., etc..) et les colonies qui sont exploitées par les impérialistes surtout comme débouchés, source de matières premières et sphère d'investissement des capitaux. Cette distinction a une grande importance, non seulement historique, mais aussi économique et politique. Les colonies du premier type sont devenues, par leur développement général des dominions, c'est-à-dire des parties de système impérialiste jouissant de droits égaux ou presque égaux à ceux de la métropole. Le développement capitaliste y reproduit, au sein de la population immigrée, la même structure sociale que celle de la métropole, tandis que la population indigène est en grande partie exterminée. Il n'est pas question de régime colonial sous la forme existent dans les colonies du second type. Entre ces deux types, existe un type transitoire ou à côté de nombreuses populations indigènes, existe une population blanche considérable formée de colons (Afrique du sud, Nouvelle Zélande, Algérie, etc...). La bourgeoisie venue de la métropole représente au fond dans ces pays (colonies d’émigration) un "prolongement" colonial de la bourgeoisie de la métropole. Les intérêts de cette bourgeoisie sont en grande partie identiques aux intérêts coloniaux de la métropole. La métropole est intéressée jusqu'à un certain degré, à renforcer sa "filiale" capitaliste dans la colonie, surtout quand cette "filiale" de l'impérialisme réussit à subjuguer l'ancienne population indigène ou même à la faire disparaitre complètement.

D’autre part, la rivalité des divers impérialistes pour l'influence dans ces pays semi-indépendants peut aboutir à leur séparation de la métropole et même à leur rattachement aux concurrents de celle-ci. Ces causes contraignent souvent l'impérialisme à accorder à son agence une certaine indépendance politique et économique dans ces colonies (dominions) qui deviennent alors des puissances alliées et apparentées à leur impérialisme respectif ».

 

      Nous voilà en présence de deux textes, Comme on peut le constater, les rédacteurs du IXe Congrès ont en tout et pour tout donné quelques exemples de plus pour les colonies de peuplement (argentine, Chili) et d'exploitation (HV, Mali, Sénégal). De plus ils ont supprimé une partie du texte, la partie concernant les types transitoires entre la colonie de peuplement et celle d'ex-[Page 52]ploitation (Afrique du Sud, Algérie,…). Quoi de plus normal pour des gens comme eux. Pour eux, c'est tout ou rien. Toute transition, tout « milieu » est pour eux « opport » depuis qu'ils ont appris que l'opportunisme, c'est celui qui aime rester au « juste milieu »!

     C'est ainsi que par le même raisonnement mécaniste, vous avez réussi à dénaturer la vérité émise par l'International communiste (IC), en la poussant à l'extrême ; et comme il arrive généralement à toute vérité quand on en abuse, elle est devenue fausse. Ainsi le Monapol écrit à propos de l'Argentine, à la suite de la citation frauduleuse :

« de ce qui précède, il ressort que l'Argentine auquel recourent les tenants conscients du NCOL ne tient pas. Non seulement l'Argentine fait partie du premier type de colonie (c’est-à-dire, colonie de peuplement); mais elle a arraché son indépendance en 1816 etc... »

    Quel est leur raisonnement ? Pour eux, l'impossibilité de l'indépendance politique ne concerne que les colonies d'exploitation comme la Haute-Volta, le Mali, le Sénégal et non les colonies de peuplement. L'Argentine étant une colonie de peuplement, elle n'est donc pas concernée. Elle peut être indépendante et elle l'est depuis 1816. Et voilà, la boucle est bouclée.

     Mais, chers monapolistes, ce n'est pas si simple, et vous ne vous en tirerez pas par cette acrobatie. En effet, si la distinction faite par l'IC a une « grande importance non seulement historique, mais aussi économique et politique » elle n'enlève point aux colonies de peuplement leurs caractère de colonie qui est avant tout le fondamental. Colonie de peuplement et colonie d'exploitation servent toutes deux à l'exploitation impérialiste. Et en tant que tel, ces deux types de colonies peuvent obtenir l'indépendance politique. Ce qui les différencie, réside essentiellement au niveau des conditions d'obtention de l'indépendance politique. L'indépendance politique de l'Argentine n'a pas été conquise dans les mêmes conditions que celle du Canada, des états-Unis, de l'Algérie, l'Angola, etc... Il ne pouvait en être autrement, le développement capitaliste, les tendances nationalistes internes, les rivalités impérialistes, les facteurs internationaux, etc., n'étant pas les mêmes. Or tout cela conditionne (accélère ou ralentit, facilite ou complique, renforce ou atténue) l'obtention de l'indépendance politique. On a beau examiné de près la question, on a beau fait des efforts pour accorder quelque crédit à ce semblant d'argument, ce semblant d'argument n'est en réalité qu'une absurdité. C'est là la conclusion véritable à laquelle tout [Page 53]  individu sensé aboutit.

      Prenons, la Guinée. Vous avez vous-même affirmé qu'elle seule a dit oui à l’indépendance politique en 1958, et a effectivement rompu avec la France. La Guinée était-elle pourtant une colonie dépeuplement? Cette seule question ruine vos arguments, et montre comment, en peut attribuer ses propres inepties à des autorités révolutionnaires pour les faire cautionner. L'IC n'a jamais dit nulle part que les colonies d'exploitation ne pouvaient obtenir l'indépendance. Comment aurait-elle pu le dire? De toiles inepties ne peuvent être que l’œuvre d’analphabètes politiques. Les colonies d'exploitation et les colonies de peuplement sont toutes des colonies, c'est-à-dire des pays annexés, rattachées arbitrairement. En tant que telles, TOUTES luttent pour leur séparation, leur indépendance politique non seulement parce que cela est possible, mais aussi parce que cela est légitime. Si le Contraire était vrai, l'IC n'aurait jamais mis dans son programme la lutte pour l'indépendance dans les colonies, dans toutes les colonies. Les mouvements anticolonialiste (comme le RDA) n'auraient pas mis la lutte pour l'indépendance dans leur programme, cette revendication étant irréalisable, etc..

Mais bref! Reprenons le fil de l'argumentation du Monapol et finissons-en.

      Pour le Monapol, l'Argentine peut être indépendante parce qu'elle était une colonie de peuplement. On devrait s'attendre à ce qu'ils (les monopolistes du IXe Congrès) tirent la conclusion selon laquelle la Haute-Volta n'a pas acquis l'indépendance politique en 1960, étant pour sa part une colonie d'exploitation. Mais, amis lecteurs qui nous suivez et qui vous attendez à une telle conclusion, imaginez-vous la conclusion qu'ils osèrent tirer contre toute logique et sans pudeur? Non ? Eh bien, écoutez-là cette fameuse phrase :

« L’indépendance politique de 1960 est donc formelle. Elles est une duperie de l'impérialisme français pour pérenniser le néocolonialisme en Haute-Volta » (Ibid., Page 71).

    Voilà des esprits malins. Partis pour démontrer que la Haute-Volta n'a obtenu aucune sorte d'indépendance politique, ils aboutissent à la conclusion qu'elle en a obtenu une, mais qu'elle est formelle. Il ne s'agissait pas pourtant, Messieurs, de la question de savoir si l'indépendance de 1960 est formelle ou pas (nous aurions, ajouté étriquée ou pas, incomplète ou pas, etc..) mais bien de la question de savoir si en 1960 il y a eu indépendance politique ou pas. La question du caractère de ces indépendances est une autre affaire. Amis lecteurs, camarades, militants du Monapol, n'est-ce pas une honte de voir ceux qui criaient il y a si peu de temps d'une façon enragée: « il n'y a pas eu indépendance », être réduits actuellement à souffler tout doucement : « il y a eu indépendance, mais formelle ».

     Il y a une nuance entre ces deux affirmations, et elle est de taille. Cette nuance et sa taille, nous la laissons à votre appréciation.

[Page 54]

 

L A   QUESTION DE L’ETAPE DE LA LUTTE

 

    Après avoir examiné la question, de l'indépendance politique abordons son corollaire: le type de révolution adéquat à l'étape actuelle.

     Quelle révolution faut-il à l'étape actuelle de la lutte de notre peuple ? Avant de répondre à cette question il nous faut tout d'abord répondre de façon précise aux questions suivantes :

      ― Quelles tâches historiques la prochaine révolution devra-t-elle résoudre ? Quel type de classes devra-t-elle renverser et quel type de classe devra-t-elle porter au pouvoir ? Quel type de rapports devra-t-elle abolir et quel type de rapports nouveaux devra-t-elle instaurer ?

      ― Pour se faire quelles sont les forces motrices qui participeront à cette révolution et qui la feront progresser contre la résistance des classes et couches sociales réactionnaire?

 

L'étape actuelle de la lutte du peuple voltaïque ou

la Révolution démocratique bourgeoise : RAIDP ou RNDP ?

 

      La Haute-Volta participe au système capitaliste mondial et de ce fait elle suit la voie de développement capitaliste sous la direction politique et idéologique de la bourgeoisie réactionnaire.

      Dans ces conditions, le peuple travailleur n'échappe et ne peut échapper à l'exploitation, à l'oppression et au joug national.

     Aussi la lutte du peuple voltaïque se pose de façon stratégique on terme de libération sociale. Cependant, la prochaine révolution en Haute-Volta ne visera pas immédiatement à la suppression des rapports économiques d'exploitation de l'homme par l'homme, mais à la destruction de l'appareil d'état actuel et à instaurer une république démocratique et populaire.

     Cette révolution en Haute-Volta consiste en une libération politique du système de rapports de production capitaliste dont le libre développement est freiné par la domination du capital financier et les entraves de l'ordre sociale précapitaliste (il est évident que cela choquera les populistes utopistes du Monapol, du CE de l'AEVO en particulier qui souhaitent avoir un capitalisme non exploiteur).

      Ainsi la révolution à l'étape actuelle de la lutte de notre peuple vise au renversement de la domination politique et idéologique de la bourgeoisie réactionnaire voltaïque alliée à l'impérialisme (et non à sa destruction en tant que classe), à la destruction de l'appareil d'état néocolonial actuel et à instaurer la dictature de l'alliance révolutionnaire
de la classe ouvrière et de la paysannerie sous l'hégémonie de la classe ouvrière. Elle assumera en outre la tâche d'épuration de la société voltaïque de toutes les entraves de l'ordre social précapitaliste.

    C'est une lutte pour la souveraineté populaire condition indispensable pour une souveraineté nationale véritable. Les forces motrices sont essentiellement les ouvriers et les paysans, et non « le peuple-nation ».

[Page 55]

 

La société voltaïque (à l'exception de quelques éléments de certaines classas) comme à l'étape précédente.

     En effet, la lutte anticolonialiste, mouvement national bourgeois, a montré que la bourgeoisie des pays anciennement colonisés n'est pas allée et ne pouvait pas aller au-delà du mot d'ordre d'indépendance politique, autrement dit le contenu démocratique de ce mouvement national s'épuise avec les indépendances politiques.

       Ainsi la prochaine révolution devra se faire malgré et contre cette bourgeoisie réactionnaire et les vestiges des forces féodales, ennemi principal interne de notre peuple et base d'appui de la domination impérialiste dans notre pays. Pour ce faire le peuple voltaïque doit éviter de lutter sur le terrain de la bourgeoisie, sous le drapeau de la bourgeoisie. Cela n'est possible que s'il est guidé par une direction véritablement révolutionnaire. Seule la classe ouvrière avec son parti authentique peut
assumer conséquemment une telle direction. De ce point de vue la prochaine révolution en Haute-Volta diffère de par ses taches fondamentales de la RNDP, mot d'ordre lancé par l’UGEV à son VIe Congrès et repris aujourd'hui par le PC"R"V.

 

      En effet :

      ― tandis que la RNDP entend diriger le feu principal de la lutte sur l'ennemi étranger, la révolution à l'étape actuelle (RAIDP) a pour cible principale la bourgeoisie voltaïque et les forces sociales rétrogrades de la société antérieure, base d'appui de la domination impérialiste.

      A propos de l'Inde J. Staline écrit :

« On ne saurait faire triompher la révolution sans avoir brisé, ce bloc (bourgeoisie nationale conciliatrice et les impérialistes). Mais pour les briser il faut le feu contre la bourgeoisie nationale conciliatrice » (cf. J. Staline. Le Marxisme et la question nationale et coloniale . éd. Norman Béthune, Paris, 1974. p.244)

      ― tandis que la  RNDP vise à renverser la domination impérialiste et à instaurer la dictature conjointe de 4 classes et couches sociales (5 pour le P"CR"V), la RAIDP substituera à la dictature bourgeoise actuelle celle de l'alliance révolutionnaire de la classe ouvrière et de la paysannerie sous l’hégémonie de la classe ouvrière.

      ― tandis que la RNDP peut être réalisée sous la direction de n’importe quelle des 4 classes (cf. déclaration du genre « c'est dans le feu la lutte que l'on saura qui dirigera la lutte »), la révolution à l'étape actuelle ne peut se réaliser que sous la direction révolutionnaire de la classe ouvrière à travers son parti marxiste-léniniste.

      ― tandis que pratiquement, la RNDP est une lutte pour la souveraineté nationale, la prochaine révolution pose l'étape actuelle en terme de souveraineté populaire.

       ― tandis que la RNDP accentue, exagère la question nationale, la prochaine révolution impose de la réduire au maximum.

[Page 56]

        ― tandis que par voie de conséquence la RNDP atténue la lutte de classe à l'intérieur du pays, la prochaine révolution impose plutôt son accentuation, sa mise au premier plan. La RNDP se fait sur le terrain de la bourgeoisie (nationalisme), tandis que la RAIDP se fera sur le terrain du prolétariat (celui de la lutte intransigeante de classes).

 

Les caractères de la prochaine révolution

à l'étape actuelle de la lutte du peuple voltaïque :

 

 

      ― C'est une révolution bourgeoise de par son contenu économique et social car elle ne vise pas à la destruction de la bourgeoisie en tant que classe et elle ne sort pas du cadre du régime économique et social bourgeois. Mais elle aura une portée immense pour le développement de la révolution socialiste (C'est pourquoi le prolétariat y participe effectivement en assumant sa direction. En outre, ce qui fait de cette révolution une révolution bourgeoise c'est l'alliance entre le prolétariat et la paysannerie.

    ― C'est une révolution démocratique, prenant sur elle la résolution des tâches anti-impérialistes. Elle instaurera la démocratie nouvelle, celle des ouvriers et des paysans en procédant à la destruction de l'appareil d’état actuel, sous la direction du prolétariat.

  • C'est une révolution populaire, car il y a la participation effective des larges masses populaires autour des mots d'ordre démocratiques et révolutionnaire qui expriment leurs intérêts propres; elle vise à instaurer la souveraineté populaire.

 

       Pour nous résumer c'est une révolution anti-impérialiste, démocratique et populaire.

Nous marquons notre accord pour la RAIDP (mot d'ordre lancé par le journal de propagande communiste « Le Prolétaire » (Cf. le les numéros 0, 1 et 2) comme seul mot d'ordre stratégique juste pour l'étape actuelle de la lutte de notre peuple au lieu du mot d'ordre anachronique de RNDP.

       Nous ne nous étendrons pas longuement sur une telle question, mais nous tenons à affirmer bien haut notre accord avec le journal « Le Prolétaire » quand il traite la question. Nous lui formulons notre sympathie et notre soutien non pas parce qu'il s'appelle « Le Prolétaire », mais bien parce qu’il a su démontrer par ses analyses qu'il méritait cette sympathie, tant le caractère éducatif de ses différents numéros est net et tranche avec ce que l'on peut voir au niveau du  « Bug-Paarga » (organe central du P"CR"V).

      Par exemple, précisant le caractère populaire d'une révolution, il nous instruit qu'une révolution populaire n'est pas ce que nous avons toujours cru, influencés que nous étions par les conceptions populistes du P"CR"V, largement répandues au soin du mouvement étudiant par les soins de sa préfiguration, l'O"C"V.

« La révolution populaire, contrairement à l'entendement de la petite bourgeoisie (c'est le cas des socialistes-révolutionnaires du P"CR"V) n'est pas seulement une révolution qui est faite par le peuple.

[Page 57]

C’est en se situant sur un tel point de vue que l'on peut être amené à considérer la révolution comme étant une révolution populaire, parce qu'ayant été faite par les ouvriers et les paysans. Une révolution n'est populaire que lorsqu'elle est faite par les masses populaires elles-mêmes, avec leurs mots d'ordre et leurs aspirations (Lénine ― souligné par nous). Or la révolution coloniale a été faite certes par les masses populaires, mais sous les mots d'ordre de la bourgeoisie (petite bourgeoisie en mutation), qui les aentraînées à soutenir ses propres aspirations..» (in « Le Prolétaire » n° 2, P.49).

 

 

 

 

     Nous incitons tous ceux, qui veulent maîtriser ces questions et les approfondir à se référer à ce journal qui a consacré un numéro entier à la question. Nous invitons aussi à la lecture du programme du P"CR"V où ce dernier développe ses idées nationalistes et anachroniques sur la révolution (la RNDP).

   

*

*  *

      Après avoir abordé ces questions politiques d’importance et montré en quoi consistaient les divergences à ce niveau, abordons une autre question d'importance.

      Il s'agit de la question du mouvement étudiant à propos de laquelle nombre de déviations ont été commises, et pas des moindres.

 

*

*  *

[Page 58]

 

 

LA SITUATION AU SEIN DE L'UNION ET L'ORIENTATION GENERALE

DU MOUVEMENT ETUDIANT

 

      La crise actuelle au sein de l'UGEV, en tant qu'expression de la lutte de ligne devenue âpre pose le problème de la juste orientation de l'Union et cela sur la base de l'appréciation correcte de la situation politique dans le monde et en Haute-Volta.

     Cette juste appréciation de la présente lutte de ligne est clairement exprimée dans l'extrait du CA:

« Toute crise politique pose le problème de la juste orientation sur la base de l'appréciation correcte de la situation politique dans le monde et en Haute-Volta. C'était le cas de l'UGEU de 1960 à 1971 » (p.6).

     C'est là, la preuve que les délégations qui ont participé au CA-78 savaient et savent très bien que la situation exigeait des débats de fond. Cela est un constat qui ne peut que nous réjouir .

     Cependant nous nous élevons contre la tendance manifeste à fermer les yeux sur le fond des choses et à se contenter de caractérisations puériles. Cette tendance à fermer les yeux sur les véritables problèmes qui se posent, autrement dit le refus d'apprécier la situation internationale et nationale à la lumière des modifications survenues a nécessairement une signification politique.

     Mais avant d'en arriver là, nous allons, malgré et contre la volonté de tous ceux qui, au sein ou en dehors de l'UGEV souhaitent notre silence pour « vivre l'âme en paix », développer nos points de vue.

     Comme l'indiquait Lénine:

« Toute crise politique, indépendamment de son issue, est utile aussi, en ce sens (...) qu'elle met en évidence les ressorts de la politique, qu'elle dévoile les mystifications et détruit les illusions, les phrases et les fictions, qu'elle montre d'une façon concrète et enfonce pour ainsi dire dans la tête "ce qui est" ».

 

      C’est dans un tel souci que nous analyserons la crise qui secoue l'UGEV depuis le 21 juin 1978. Pour cela il est très important de faire une brève histoire de l'UGEV.

 

Un aperçu historique

 

     Les étudiants voltaïques, depuis les années 1950 ont eu la ferme volonté de participer à la lutte anticoloniale, à la lutte Anti-Impérialiste de nos peuples. Cela a fait de la jeunesse voltaïque une jeunesse révolutionnaire, farouchement opposée à la domination étrangère. C'est là un aspect positif dans l'appréciation de la jeunesse révolutionnaire voltaïque. Mais, dans son évolution l'UGEV a connu plusieurs tendances, des déviations.

 

       1°/ Les étudiants voltaïques pendant la période coloniale

      Dans les différents pays africains, et le territoire qui constitue aujourd'hui la Haute-Volta, c'est seulement avec la colonisation, que les structures capitalistes de production ont été transportées. Dans notre pays, la politique de l'impérialisme français a surtout consisté à drainer vers la métropole les ressources de ses colonies. La colonition n'a pas pu développer et ne pouvait développer suffisamment les forces productives. De ce fait le prolétariat était très faible en Haute-Volta. En outre, il n’existait pas de bourgeoisie ayant des assises solides capables de se battre et de faire face à l'impérialisme pour le contrôle de l'exploitation du marché africain. Dans ces conditions, c'est la petite-bourgeoisie intellectuelle qui a dirigé la lutte pour l'indépendance qui de facto, ne pouvait être que l'indépendance politique tout au plus, dans les pays africains. Cette petite bourgeoisie en se battant contre les exactions du colonialisme, a gagné la confiance des masses populaire africaines. En 1946, cette petite bourgeoisie a créé le RDA. Le pro-[Page 59]gramme de cette formation politique se résumait comme suit :

     1.Lutte pour l'émancipation politique, économique et sociale dans le cadre d'une Union française fondée sur l'égalité des droits et des devoirs.

    2. Union de tous les africains, quelles que soient leurs conceptions idéologiques ou religieuses, leurs origines, leurs conditions sociales dans la lutte contre le colonialisme.

   3.Alliance des forces démocratiques africaines et des forces démocratiques et progressistes du monde entier, en premier lieu avec celles du peuple français dans la lutte commune contre l'impérialisme.

 

     Le point 1 (un) de ce programme exprime clairement que la question se résumait pour cette bourgeoisie, à une certaine autonomie laissée à elle. La revendication n'était, pas en tant que telle, l'indépendance politique, la séparation pure et simple. Cette petite-bourgeoisie visait surtout la gestion des affaires des pays africains.

Sous la poussée de la lutte des masses populaires, l'impérialisme dut concéder des réformes ne remettant pas en cause l'ordre colonial (Loi cadre, etc...) afin de préparer le terrain pour laisser la gestion des affaires à la petite-bourgeoisie.

     A partir de 1950, la direction petite-bourgeoise du RDA, voyant que sa revendication pouvait être satisfaite (gestion des affaires des pays africains) et craignant que le mouvement populaire ne s'approfondisse est passé ouvertement du côté de l’'impérialisme pour bénéficier du soutien de ces derniers.

     Au sein même du RDA, ceci a provoqué un certain nombre de réactions. C'est dans ces conditions que le étudiants africains en France créeront la FEANF. La FEANF, dès sa création a mobilisé les étudiants dans la lutte contre le colonialisme. Les étudiants voltaïques en France ont participé au sein de la FEANF à démystifier les manœuvres des colonialistes français. De leur côté, les étudiants voltaïques à Dakar, mobilisés au sein de l'ASV (Association des scolaires voltaïque) ont contribué, au sein de l'UGEAO (Union générale des étudiants de l’Afrique occidentale) à la dénonciation du colonialisme français, à la lutte pour l'indépendance politique des pays africains

     Devant la poussée des luttes des masses populaires africaines pour l'indépendance et la situation dans le monde (notamment le soutien par le camp socialiste de la lutte des peuples africains, le soutien du peuple et de la classe ouvrière française aux peuples africains dans leur lutte pour se séparer de la France; l'échec subi par l'impérialisme français en Asie, etc...) l'impérialisme français a dû accepter la séparation des pays africains et la formation d'états à partir de 1960.

      L'égoïsme de la petite-bourgeoisie est la base de la constitution de multiples états. C'est sur la base de la création de ces états qu'est née l'UGEV.

 

2°/ Les conditions de la création de l’UGEV

     Avec l'accession de la Haute-Volta à l'indépendance politique, la fraction de la bourgeoisie voltaïque, représentée par le gouvernement réactionnaire de Maurice YAMEOGO, ayant conscience de la fragilité de son assise économique, a tout mis en œuvre pour abattre une répression des plus barbares sur toute tentative d'opposition (des nasses populaires et des autres fractions de la bourgeoisie).

    Les années 1960 à 1966 ont été marquées par l'embrigadement dans le parti unique imposé à l'époque. A cotte fin l'intimidation et la corruption étaient les moyens utilisés tant dans les villes que dans les campagnes. La répression jointe aux conditions de vie des masses populaires à l'époque ont préparé le mouvement du 3 janvier 1966.

   Au niveau des forces réactionnaires elles-mêmes, des partis comme le PRA et le MLN vivaient pratiquement dans la clandestinité. Par ailleurs le pouvoir par diverses manœuvres tentait d'embrigader la jeunesse au niveau de la JV-RDA, organisation de la jeunesse rattachée au parti.

[Page 60]

    C'est dans ces conditions que les étudiants voltaïques organisées au sein de l’ASV (DAKAR) et de l'AEVF (FRANCE) et ayant bénéficié des expériences de la FEANF et de l'UGEAO, créèrent l'UGEV en 1960, indépendamment des structures du pouvoir en place.

     De 1960 à 1966 l'UGEV vivait dans la clandestinité. Cette attitude d'opposition au pouvoir et sa dénonciation, les initiatives développées pour créer L'UGEV, témoignent du refus des étudiants voltaïques d'accepter la politique du pouvoir. Ce fut une réaction légitime.

     Mais entre la volonté de lutter et la réalité, il y a un gouffre. En effet l'UGEV a voulu être révolutionnaire mais elle est restée longtemps réformiste.

 

Les raisons essentielles d'une telle situation

 

      a) L'UGEUV dès sa naissance a gardé l'orientation nationaliste de la période coloniale. Ceci s'est traduit par une incompréhension des changements intervenus lors du passage du colonialisme au néo-colonialisme, avec pour conséquence directe la négation de l'indépendance politique en 1960. Expliquant les changements intervenus lors du passage du colonialisme au néo-colonialisme, voici ce que écrit le CE fédéral de la FEANF dans son rapport au 32ème congrès extraordinaire de la FEANF:

    « Ainsi le caractère stratégique du passage du colonialisme au néo-colonialisme exprime selon nous les aspects suivants de la question :   

     1- Il s'est traduit par la mise sur pied, avec l'aide des puissances colonisatrices, d'un appareil d'état dans chacun des territoires coloniaux faisant passer ainsi le pouvoir d'état aux mains des classes réactionnaires autochtones. Ces classes étant essentiellement la bourgeoisie bureaucratique d'état, la bourgeoisie compradore et les forces rétrogrades de la société traditionnelle. Ces classes se chargeront d'orienter dorénavant, d'organiser et gérer l'exploitation et l'oppression des masses populaires africaines; c'est par leur entremise que l'oppression extérieure allait continuer de s'exercer.

     2- Il se traduit par le fait que dans les nouvelles conditions (néocolonialisme ) la lutte A-I devient une lutte de classe acharnée, ouverte et directe à l'intérieur de chacun des pays concernés contrairement à la situation précédente (colonialisme) où la lutte A-I était la lutte nationale des peuples nationalement opprimés dirigés contre l'ennemi extérieur (étranger).

     3- Il se traduit par le fait que chaque pays sera dorénavant pris comme terrain immédiat sur lequel se déroulera la lutte A-I, en même temps lutte de classes pour faire des différents états nationaux, des états indépendants sous tous les rapports. Tandis que dans la période de la lutte anticolonialiste en Afrique, la revendication formulée par les patriotes africains, c'était l'indépendance dans le cadre de grands ensembles territoriaux.

    4- Il se traduit enfin, par le fait que les deux mouvements dans la lutte anticolonialiste, qui au cours même de la lutte se séparaient chaque jour davantage, ont fini par être des mouvements totalement différents et sont entrés dans un antagonisme social. Il s'agit :

     ― du mouvement bourgeois démocratique,

     ― du mouvement des ouvriers et des paysans.


      Il en découle le fait que le terrain historique a changé. A la place du mouvement libérateur bourgeois le mouvement libérateur à caractère prolétarien devient le mouvement décisif.

      La classe ouvrière devient le centre de ralliement de tous les opprimés. Elle est la seule force capable de canaliser toutes les aspirations des opprimés de toute catégorie et  de tout ordre, dans le mouvement d'émancipation sociale. Elle est la classe d'avant-garde.

Une telle analyse est juste et correspond à la réalité que nous vivons [Page 61] en Haute-Volta. Cela ne souffre pas d'ambiguïté; la classe ouvrière était (dans la lutte anticoloniale) et est la seule classe d'avant-garde. Néanmoins, dans la lutte anticoloniale, la petite-bourgeoisie avait un rôle. Ce rôle de direction est aujourd'hui révolu.

 

     b) Le manque d'organisation d'avant-garde, en l'occurrence de parti ML authentique, a eu pour conséquence au sein de l'UGEV, des déviations populistes qui se sont traduites tantôt par une surestimation du mouvement étudiant (avant-gardisme), tantôt par une sous-estimation du mouvement étudiant (mise à l'écart à l'UGEV des débats idéologiques, refus de reconnaître la direction de la lutte par la classe ouvrière).

     Ce sont là les raisons essentielles des déviations qu'a connues l'UGEV depuis sa naissance jusqu'à nos jours. Ainsi, dans son développement, l'UGEV a connu trois périodes importantes :

 

 La période de 1960 à 1966: le triomphe de la tendance nationale réformiste.

    La lutte de l'UGEV de 1960 à 1966 n'était pas dirigée contre la domination néo-colonialiste, mais contre le régime néocolonial de Maurice Yaméogo. C’est là le contenu réformiste de cette ligne.

Cette ligne réformiste a été impulsée au sein de l'UGEV par le parti
bourgeois réformiste, le M"L"N, qui, tout en étant clandestin, contrôlait les directions des sections de l'UGEV.

   Mais en 1966, avec les événements du 3 janvier (mouvement populaire du 5 janvier), l'apparition légale de nouvelles forces politiques, notamment le M''L"N, allait entraîner des changements dans l'appréciation de la situation nationale.

Le mouvement étudiant étant un groupement idéologique tout changement au sein de la société entraîne nécessairement des affrontements en son sein. C'est l'explication politique de la 1ère grande crise au sein de l'UGEV.

    Ainsi une fraction des étudiants voltaïques défendait le point de vue selon lequel le 3 janvier était une révolution, que l'armée néocolonial est une armée populaire, que le M"L"N est un parti progressiste. L'autre fraction était opposée à tous ces
points de vue et invitait les militants de l'UGEV à travailler pour la destruction du pouvoir d'état pro-impérialiste. La lutte entre ces deux actions se poursuivra de 1966 à 1971.

la période de 1966 à 1971 :

    Ce fut la 2ème grande crise. La lutte acharnée pour une juste orientation du mouvement étudiant. Cette lutte est rendue difficile par les méthodes anti-démocratiques (blocage des débats, des documents), utilisée par les éléments du M"L"N juchés à la direction de l'UGEV. Cette lutte consacrera la victoire de la ligne anti-impérialiste (A-l) dégagée au 5è congrès de l'UGEV en 1971.

   Voilà l'acquis important, essentiel, dans le patrimoine de l'UGEV, c'est cette victoire de la plate-forme anti-impérialiste.

 

La période de 1971 à nos jours :le triomphe de la tendance nationale populiste au sein de l’UGEV.

      La ligne anti-impérialiste triompha au 5è congrès. Cette ligne, par rapport à celle qui était jusque-là définie, était progressive (posait la nécessité de lutter contre la domination impérialiste, néocolonialiste). Mais en même temps que triomphait cette ligne, naissaient des déviations populistes dont le développement ultérieur nous conduira à la crise que nous vivons aujourd'hui.

     En effet, déjà le 5è congrès écrirait :

« L'objectif fondamental de notre lutte étant la libération totale des masses de toutes les formes d'exploitation, les militants de l'UGEV doivent s'intégrer aux masses ouvrières et paysannes. Pour s'éduquer auprès d'elles, s'instruire de leurs problèmes et de leurs aspirations profondes. Pour les éduquer et élever leur conscience politique. Les aider à dégager en leur sein des organisations d'avant-gardes.

Lutter pour une alliance de toutes les forces démocratiques, la naissance d'un front Al le plus large possible, la libération et l'unité [Page 62]  réelle de l'Afrique. »

     Ces déviations allaient s'accentuer au cours de l'évolution de l'UGEV et allaient se traduire par les aspects suivants :

     ― tentative sur la plan théorique d'être l'avant-garde théorique du mouvement démocratique et révolutionnaire en Haute-Volta, ce qui se traduit par l’« accomplis-sement » des tâches théoriques suivantes :

  • définition de la contradiction principale ;
  • définition de l'étape de la lutte en Haute-Volta (RNDP);
  • analyse, des forces sociales en Haute-Volta;
  • répartition des tâches aux intellectuels (cf. mot d'ordre d'intégration aux masses).

 

     ― tentative sur le plan pratique d'être l'avant-garde pratique, le guide des luttes et de l'action révolutionnaire en Haute-Volta. Ce qui se traduira par les tentatives réformistes de « corriger » les déviations réformistes des luttes des travailleurs (cf. Lettre aux syndicats), les mots d'ordre à l'adresse des travailleurs et du peuple voltaïque (cf. mot d'ordre de « Front démocratique »), les créations ridicules du genre « style de via anti-impérialiste », « kolkhoze ».

      C'est ainsi que l'on a créé l'illusion que la syndicat des étudiants était un parti politique, de surcroit, un parti communiste.

 

    Au regard de ces faits, nous pouvons dire que l'UGEV a joué un rôle progressif incontestable en ce sens que, hormis la plate-forme anti-impérialiste, elle a pu mobiliser les étudiants en vue de défendre leurs intérêts matériels et moraux, et à porter leur modeste contribution à la lutte de notre peuple. Elle a eu aussi le désir et la volonté de contribuer à la lutte révolutionnaire en Haute-Volta.

     Cependant, un gouffre sépare la volonté de lutter et la réalité. En effet, l'UGEV a voulu combattre le réformisme, tout en demeurant sur le même lit. Elle a voulu être révolutionnaire, elle n'a fait que devenir nationale populiste, avec toutes les pratiques pernicieuses qu'on sait (sectarisme, verbalisme, caractérisations rapides, radicalisme, etc.,.).

      C'est dans une telle situation que les camarades de la sous-section de Paris ont été contraints de déposer le 21 juin 1978 une motion d'appel. Cette motion allait constituer le point de départ de la crise que nous vivons.

 

La crise actuelle

 

   A / Nature de cette crise

    L'a crise actuelle est une crise de réorientation du mouvement étudiant. C'est une lutte pour sortir le mouvement étudiant de l'influence néfaste, nationale populiste du P"CR"V, qui ose aujourd'hui enfin reconnaître implicitement que c'est sa préfiguration, l’O"C"V qui a contribué à semer l'obscurantisme, a garder le mouvement étudiant sous l'influence de la « pensée Mao Tsé Toung » (Cf. message du P"CR"V au 9è congrès de l'UGEV).

     Aussi, il est un devoir impérieux de pouvoir définir la nature réelle et le rôle du mouvement étudiant. Voici à ce sujet, un extrait du rapport de la sous-section de Dijon au séminaire 79 de l'AEVF :

      « Nature et rôle du mouvement étudiant: Les étudiants font partie de la couche sociale de l'intelligentsia petite-bourgeoise. Celle-ci est composée d'éléments de diverses classes. Ce faisant, s'expriment nécessairement en son sein les conceptions philosophiques existant dans la société.

    C'est ainsi que, parmi les étudiants voltaïques dans l'ensemble et en particulier à l'UGEV, se rencontrent, à l'heure actuelle, diverses conceptions (féodales, bourgeoises, prolétariennes). Cela découle du fait que la petite-bourgeoisie ne constitue pas une classe distincte dans la société. Par conséquent, au sein des étudiants et du mouvement étudiant, [Page 63] se reflètent les délimitations politiques et les groupements de la société. L'histoire même de notre pays montre de façon éclatante cette thèse. L'apparition des forces politiques comme le M"L"N, le PAI/LIPAD et aujourd'hui le P"CR"V et « Le  Prolétaire », a eu et continue d'avoir ses reflets au sein des étudiants voltaïques en général, au sein de l'UGEV en particulier : qu'il nous suffise d'évoquer à ce propos la lutte qui a secoué notre organisation de 1968 à 1971, celle d'aujourd'hui qui pose de façon explicite ce qui suit :

    - Point de vue du prolétaire ou point de vue du petit propriétaire. Jusque-là, rien de nouveau. Il est assez connu au sein de notre association que la situation en notre sein est le reflet de la situation nationale.

    Toute la question est de savoir les implications de cette analyse sur le rôle et l'orientation de l'UGEV, et de situer correctement le rôle politique des étudiants dans notre pays.

    C'est ce que nous allons examiner à travers la compréhension du mouvement étudiant. C'est partant de cette situation objective au sein des étudiants, de leurs conditions de vie et de leurs désirs de lutter contre l'impérialisme que l'UGEV a dégagé son orientation et situé leur rôle politique.

    Pour les tenants de la ligne opportuniste de droite, le fait que le mouvement étudiant est un rassemblement idéologique, exclut le rapprochement des étudiants à une conception correcte et précise du monde. Pour l'UGEV, la seule diffusion de l'anti-impérialisme, sans lien avec une conception cohérente du monde, est suffisante et est la seule chose à faire. Ce faisant, on a tout mis en œuvre pour tenir les étudiants dans un anti-impérialisme petit-bourgeois,, au nom de la plate-forme.

     Ce sont de tels points de vue dont Lénine se moquait en disant :

« Il est vrai que du point de vue courant du "révolutionnisme" vulgaire, le groupement idéologique des étudiants, loin d'impliquer une conception cohérente du monde, l'exclut au contraire, se grouper idéologiquement signifie ''tolérer" les différentes sortes d'idées révolutionnaires, suppose que l'on s'abstient de reconnaître résolument un cercle d'idées déterminées ; bref, du point de vue de ces sages politicien, le rassemblement idéologique suppose une certaine absence d'idéologie (que bien entendu, dissimulent plus ou moins habilement des formules rebattues sur la largeur de vues, l'importance de l'unité à tout prix et immédiate etc., etc.) »(Lénine. O.C., tome 7, p. 38-39, éd. sociales- éd. du progrès 1976.)

     Cette remarque de Lénine s'applique parfaitement au point de vue de la ligne droitière de l'UGEV. Cette ligne exprime en notre sein « le point de vue courant du "révolutionnisme" vulgaire ».

    Les sages politiciens de l'UGEV dissimulent donc cette question sous des arguments qui ont séduit les militants avant la lutte de ligne actuelle. La plate-forme a été avancée comme argument. Or, la plate-forme n'est rien d'autre pour les militants que l'acceptation de la lutte anti-impérialiste. Elle ne traduit que le caractère général de l'UGEV. Elle ne peut de ce fait ni éliminer les groupements politiques, idéologiques, au sein du mouvement étudiant, ni les empêcher de se faire. Dans la compréhension d'avant, qui est encore celle du CE de l'UGEV, la plate-forme signifie donc l'élimination des groupements et l'unité idéologique. Ce point de vue est tout à fait utopique et non révolutionnaire si l'on tient compte de la composition sociale du mouvement étudiant et des délimitations qui ne peuvent manquer de s'y faire.

     Dans le fond, cette conception, non seulement veut maintenir le mouvement étudiant en dehors de la société, mais s'oppose à la lutte politique qui établit cette délimitation dans la société elle-même.

     Nous ne nous attarderons pas sur le fait que l'adhésion des étudiants à une conception cohérente du monde et la diffusion de ces points de vue en leur sein « feront fuir les militants, les petits musulmans, les petits chrétiens ». Cela vise le même but.

C'est une totale incompréhension de ce point qui a conduit à la sous-est-[Page 64]timation du mouvement étudiant, et l'a conduit tout droit dans l'opportunisme théorique.

    Il apparait que le mouvement étudiant est un rassemblement idéologique qui reflète en son sein les groupements politiques de la société et que, partant, il ne peut en aucune façon se situer en dehors de ce combat. Ce combat au sein des étudiants se mène et se mènera nécessairement. Rien donc ne peut justifier l'attitude du CE pour empêcher, estomper la délimitation d'une fraction au sein du mouvement étudiant voltaïque, commencée à Paris en 1978 et qui s'est étendue à toute l'UGEV. L'utilisation des mesures organisationnelles pour liquider une tendance idéologique et politique relève de cette méconnaissance de la nature même du mouvement étudiant.

     Le mouvement étudiant, de par même cette conception, ne constituant pas dans la société une classe distincte, ne peut être une force politique indépendante ; quel que soit donc la volonté subjective de ces étudiants, il ne peut prétendre jouer un rôle d'avant-garde du peuple. Il ne peut jouer ce rôle en déterminant des tâches tactiques et stratégiques pour l'ensemble du peuple. Tout autre façon de voir ce problème conduit aux errements opportunistes, populistes, spontanéistes. L'expérience de l'UGEV est là pour nous le prouver.

Tout un chacun peut constater que les étudiants, sans une adhésion à une conception révolutionnaire du monde, sans aujourd'hui abandonner leurs points de vue petits-bourgeois, sans accepter consciemment la direction idéologique du prolétariat, ne peut jouer réellement dans la société un rôle révolutionnaire » (Extraits du rapport de la sous-section AEVF de Dijon ) .

     C'est cette juste conception de la nature et du rôle du mouvement étudiant qui fut taxée d'opportuniste, liquidatrice, etc.., par le CE de l'UGEV, dont la ligne avait donné lieu à la dégénérescence du mouvement étudiant (Cf. la situation à Paris a la veille du 21 juin).

 

 

B/ L’évolution de la crise

     Cette situation, lourde de conséquences, qui couvait, le CE droitier de l'AEVF-UGEV va faire la sourde oreille malgré les appels à la discussion réitérés.

     Devant donc ce refus manifeste, voire catégorique de la part du CE, des « autorités » de l'UGEV, les camarades de la sous-section de Paris engagèrent une procédure conforme aux statuts de l'UGEV. Ils déposèrent une motion d'appel pour une assemblée générale. Mais le CE de l'UGEV n'entendit pas cela de cette oreille: quiconque ose s'opposer à lui ou à un des points politiques défendus par l'UGEV est opportuniste, et doit être systématiquement exclu de l'UGEV. C'est ainsi que le courant salutaire de réorientation fut qualifié de « Nouveau courant opportuniste et Liquidateur » par les maîtres à penser du CE de l'UGEV, vêtus du manteau du « CE de l'AEVO ».

    Ainsi, les militants sincères de l'UGEV qui voulaient mener la lutte dans le cadre des structures de l'UGEV se virent très vite écartés de ces structures. Refus de convoquer l'AG, de donner la parole aux dits opportunistes lors du séminaire de l'AEVF en juillet 78, au CA de l'UGEV en août 78...

    Pour ne pas être étouffés politiquement, ils furent contraints de publier un document « Deux pratiques Deux lignes politiques au sein de l'AEVF », en vue d'informer l'opinion publique sur l'ensemble des problèmes de divergences idéologiques et politiques
existants au sein de l'UGEV.

     On lisait dans ce document que la nouvelle tendance :

     ― reconnait la direction de la lutte à la seule classa ouvrière, à travers son parti marxiste-léniniste ;

      ― remet en cause le mot d'ordre de « FD » lancé par l'UGEV;

      ― Exige une juste caractérisation de l'Union Soviétique en terme de social-impérialisme ;

[Page 65]

     ― exige la dénonciation de la « théorie des 3 mondes » au lieu de NCO (Nouveau courant opportuniste) comme théorie contre-révolutionnaire de la Chine ;

     ― Exige une réorientation du mouvement étudiant sur des bases correctes et condamne les pratiques pernicieuses qui y sont entretenues;

     ― exige une application correcte des principes organisationnels;

     ― reconnaît la division des étudiants en 3 catégories et non en 2
camps antagoniques, etc., etc., (cf. Document cité plus haut).

 

     A partir du moment où la direction opportuniste de l'UGEV a exporté la crise interne à l'AEVF à l'AEVO (Cf. « De Quelques éléments... »), et à l'ensemble des sections (Cf. CA-78), la crise allait s'étendre en largeur (en atteignant toutes les sections) et en profondeur (apparition de nouveaux points de divergence). Ainsi la lutte de ligne va embrasé toute l'UGEV.

     C'est ainsi qu'en AEVF, au lieu de la S/S de Paris, ce sera désormais 7 sous-sections qui se battront autour de ces points. Au sein même de l'UGEV, des sections comme l'ASVA, l'ASV, l'AEVUS, engageront la bataille autour de ces points, pour ne citer que celles-là.

     La crise va par la suite s'approfondir. Au nombre des points de divergence ci-dessus cités, allaient s'ajouter : « l'intégration aux masses », « l'indépendance politique de la Haute-Volta » et l'étape de la lutte du peuple voltaïque, « la faillite totale du néocolonialisme », « la faillite de l'électoralisme », « l'OBR (Opposition bourgeoisie réactionnaire) »,  l'analyse du mouvement démocratique 'national, etc...

      Hier, le cheval de bataille de nos opportunistes de droite, le CE de l'UGEV en tête, était la « FD », aujourd'hui, ils reculent de façon opportuniste sur tous ces points. Le cheval de bataille de nos opportunistes est devenu l'indépendance politique, mais nos opportunistes, quoi qu'ils rejettent le « FD » n'ont pas compris le contenu des critiques qui ont été faites de ce "Front". Ainsi, le P"CR"V invite son UGEV à cesser de le lancer, tout en affirmant qu'il est juste dans son fond. Le P"CR"V et le CE de l'UGEV n'ont pas encore compris le caractère opportuniste, collaborationniste, putschiste et aventurisme de ce mot d'ordre. La P"CR"V ignore ce que c'est qu'un mot d'ordre d'action et quand est-ce qu'il faut le lancer. Nous les renvoyons à la lecture des documents « Encore une fois… », « Telle est notre voie », etc...

     Nous noterons à l'intention des militants sincères de l'UGEV, de toutes les forces démocratiques de notre pays que, depuis le début de la crise, le CE opportuniste de l'UGEV a tout mis en œuvre pour étouffer les débats. Dans ces tentatives d'étouffement des débats, le CE a transformé l'UGEV en une organisation sans principes, au nom de « la ligne est en danger, les principes on s'en fout », etc..

      Au cours de cette lutte, le CE droitier n'a jamais cessé de poser des actes scissionnistes, expression de sa ligne scissionniste. Pour être plus explicite, nous reproduisons la déclaration lue par les 3 sections avant leur départ des travaux du 9è congrès :

 

DECLARATION

 

    « Considérant l'ampleur et la profondeur de la crise politique, idéologique et organisationnelle survenue depuis le 21 juin 1978 et s'exprimant par une lutte de ligne au sein de l'AEVF et du mouvement étudiant voltaïque (UGEV) dans son ensemble ;

Considérant la juste compréhension du mouvement étudiant en tant que groupement idéologique ;

    Considérant l'essence scissionniste de la ligne droitière que développe le CE de l'AEVF/UGEV, ainsi que ses suppôts influents et serviles à la base, et qui se résume dans leurs conceptions du « monolithisme idéologique et politique » du mouvement étudiant ;

[Page 66]

    Considérant les pratiques et actes scissionnistes qui en découlent :

  • refus de convoquer une AG demandée par l'écrasante majorité des
    militants de la sous-section de Paris ;
  • la caution anti-organisationnelle du document de l'AEVO, « De quelques éléments... » prenant position sur un problème interne à l'AEVF ;
  • la ventilation de la motion d'appel du 21 juin par le CE de l'AEVF/UGEV et sa dénonciation policière de 5 militants actifs (CA-78) ;
  • les motions scissionnistes votées au congrès de l'AEVF (motion sur la sous-section de Paris, sur le « Ncol ») ;
  • l'essence scissionniste de la lettre circulaire n°3 et le boycott
    total des activités des sous-sections dites « Ncol »;
  • l'isolement des 32 signataires de la sous-section de Paris au séminaire de juillet 78 (votre délégation fantoche à « mandat limité »);
  • la mise sur pied d'un CE parallèle à Dakar;
  • le blocage du séminaire de juillet 79 ;
  • le blocage des AG par le CE de l'AEVF/UGEV, s'estimant toujours au-dessus des principes et de la discipline en s'octroyant la parole de façon anarchique (Cf. las AG de l'AEVUS, de l'ASVA, de l’ASV): 1°) A l’AG de l'AEVUS, le CE de l'AEVF/UGEV introduit une motion de procédure contre le CE de l'AEVUS ; elle est rejetée à l'unanimité
    par la base; mais dans son entêtement aventuriste et irresponsable, le CE de l'AEVF/UGEV allait vociférer sans avoir obtenu le droit à la parole pour faire une  « déclaration solennelle du CE de l'UGEV à sa base ». Cette manœuvre scissionniste et liquidatrice fut battue en brèche ; 2°) L’ AG de l'ASV : le CE de l'AEVF/UGEV, indiscipliné notoire, après avoir épuisé les quarante (40) minutes d'intervention qui lui avaient
    été données, exige de poursuivre parce que « le CE ne doit pas être li-
    mité dans le temps d'intervention », « non, nous refusons de nous arrêter » crie la CE. La motion scissionniste introduite sous son initiative par ses larbins, consacrait le blocage de l'AG dans un brouhaha liquidateur, savamment entretenu par la trilogie AEVO-AEVF—AEVN, sous la houlette des scissionnistes liquidateurs du CE de l'AEVF/UGEV :
         - premier blocage : suspension jusqu'à 22 heures ;
            - deuxième blocage à 22 heures : suspension jusqu'à 8 heures ;

            - troisième blocage à 8 heures : suspension définitive.

 

    Considérant enfin la violation flagrante de l'article 13 des statuts de l'UGEV, le CE, excluant du Comité directeur du congrès les sections  de l’AEVUS,SVA, ASV, se prononce dans les faits pour la scission qu'il officialise sur le plan national et l'impose aux sections AEVUS, ASV et ASVA.

      En signe de protestation contre la liquidation politique et organisationnelle du congrès, nous invitons tous les militants honnêtes qui partagent nos points de vue sur le rôle et la nature du mouvement, à quitter avec nous la salle du congrès.


Ont signé : ASV, ASVA, AEVUS.

Ouagadougou, la 11 août 1979. »

 

 

 

      Voici autant de pratiques scissionnistes, anti-organisationnelles, sectaires, dont les militants sincères ont été victimes. Mais, étant convaincus de la justesse de nos points de vue, nous avons fait face à tous ces obstacles. Nous avons acculé le CE de l'UGEV, et en bon opportuniste, il a reculé de façon opportuniste, sans autocritique, en rasant les murs.

Il faut reculer en sauvant la face, surtout devant les larbins. Pour cela, on va quand mêmes à la recherche des causes des erreurs.

Et voici le CE de l'Union parti avec l'espoir d'être sorti du bourbier de l'opportunisme, tout en y demeurant.

      En effet, expliquant les causes des erreurs commises jusque-là, le CE de l'UGEV affirme que c'est l'influence de la révolution Chinoise.

      Voyons ce que vaut l'argument.

[Page 67]

     Voici des gens qui se disent révolutionnaires, bolchevicks même, mais qui,pour expliquer une crise au sein d'une organisation révolutionnaire, se contentent uniquement des facteurs externes. Mais nous les comprenons. Ils ne veulent pas faire cas des facteurs internes, parce que cela les contraindrait à dénoncer leur frère jumeaux, le P"CR"V et sa préfiguration, l'O"C"V.

     En effet, dans le n°1 du « Prolétaire », nous avons lu: que l'UGEV était sous l'influence de l'O"C"V dont la base philosophique était essentiellement la pensée Mao Tsé Toung. D'ailleurs, depuis l'apparition de ce n°1, le P"CR"V n'a pas écrit pour démentir. Au contraire, par leur « Message au 9è congrès de l'UGEV », le P"CR"V reconnaît cet état de fait. En effet, il écrit :

« Mais alors quelles sont les causes profondes des déviations commises par l'UGEV ? Elles se résument à 2 principalement :

1°/ La racine idéologique de ces déviations « c'est la pensée Mao Tsé
Toung », expression-théorique du révisionnisme chinois et qui était l'une des bases de la plate-forme politique et idéologique des communistes voltaïques qui influençaient le mouvement étudiant voltaïque a l'époque
. »

     Ainsi donc, une fois encore votre P"CR"V vous a trompé. Vous cherchez coûte que coûte à le couvrir, mais vous vous trompez.

    N'allez donc pas, « chers opportunistes » jusqu'en Chine pour rechercher les causes des déviations populistes au sein de l'UGEV. Ces causes sont surtout internes. Et ces dernières sont plus déterminantes. Le P"C"C avait des représentants nationaux, c'était l'O"C"V, préfiguration du P"CR"V qui a été le propagateur de la pensée de Mao Tsé Toung au sein de la jeunesse voltaïque (cf. le tract diffusé en juillet 1976 « Gloire au Président Mao Tsé Toung ») et la ligne populiste de l'UGEV, etc..

C'est autant de conceptions droitières, de pratiques opportunistes que nous dénonçons et combattons au sein de l'UGEV. Mais le CE de l'UGEV
ne l'entend pas ainsi. Pour lui, l’UGEV est devenue une monarchie absolutiste, et lui seul règne en maître absolu. C'est pourquoi il écarte tous ceux qui ne partagent pas ses points de vue. Ainsi, en AEVF, il écarta 7 sous-sections, aujourd'hui, il écarta des sections entières de l’UGEV : l’ASVA, l'ASV et l'AEVUS (Cf. déclaration commune des 3 sections).

 

C/La situation au sein de l’UGEV au sein du 9è Congrès

    La scission existait de fait. Le CE de l'UGEV l'avait opérée depuis la 21 juin 1973 par ses actes scissionnistes déjà cités (Cf. déclaration). Malgré cette situation, les militants sincères da l'UGEV, les sections ASV, AEVUS, ASVA, nourrissaient encore l'espoir de pouvoir mener la lutte démocratiquement dans le cadre unique de l'UGEV. C'est pourquoi ils poursuivirent le CE et les autres sections sur les lieux des travaux du 9è congrès. Car, figurez-vous camarades et amis qui nous lisez, figurez-vous que nous n'avons même pas été informés des dates de la tenue du congrès. En clair, tout autant que nous sommes militants de l'ASV, de l'AEVUS, de l'ASVA, avions déjà été « exclus ».

    Présents à l'ouverture du congrès, nous nous sommes vu écarté du Comité directeur, contrairement aux dispositions de l'article 13 des statuts de l'UGEV qui stipule que :

« Le congrès sera organisé et dirigé par un Comité Directeur composé comme suit :

     - Le président de l'UGEV ;

     - Le secrétaire général ;

     - Le trésorier ;

     - Et les présidents des" sections". »

 

      Malgré tout cela, nous avons insisté pour prendre part aux travaux dès le 11 août. Mais le CE tenait à sa scission, et il cherchait tous les moyens pour mettre fin à notre patience, car nous avons été très patients. On dit en effet, que l'homme qui veut divorcer avec sa femme, trouvera tous les moyens pour cela. A partir du moment où il ne veut plus vivre avec elle, le reste n'est qu'une question de procédure pour masquer sa traitrise. Il piétinera toutes les règles de la vie commune [Page 68] et sa femme ne tardera pas à s'en aller. Le fait pour elle de quitter la maison conjugale signifie-t-il à lui tout seul que c'est la femme qui est responsable du divorce, de la scission? Bien sûr que non ! Cet exemple sert à montrer le vrai responsable de la scission au sein de l'UGEV.

     L'opinion facile qui tend à nous rendre responsable de la scission est superficielle et fausse. L'expérience nous a montré, et cela plus d'une fois, que dès que nous exposons les problèmes dans leur nudité, on nous donnait systématiquement raison, du moins les honnêtes gens.

 

    Le problème de la 2è délégation de l'ASV constitue alors la deuxième goutte d'eau qui fera déborder le vase.

 

D/ La scission intervenue le 11 aout

     La proposition faite par le CE de l'UGEV au congrès de se pencher sur le problème de la représentation de la délégation authentique de l'ASV (le CE de l'ASV ou le comité  provisoire monté de toutes pièces par le CE de l'UGEV et ne représentant que lui-même), a constitué l'officialisation de la scission par le CE de l'UGEV.

    Les sections ASVA, ASV, AEVUS ont dès lors pris leur responsabilité ce jour-là en invitant toutes les sections de l'UGEV ainsi que tous les militants sincères à quitter les travaux de ce 9è congrès afin de les poursuivre parallèlement dans une autre salle. IL ne pouvait en être autrement, car l'UGEV est une association volontaire de sections et de militants qui ont décidé de s'unir sur la base des statuts et de principes précis.

    Quand vient le désir de se séparer, rien ne peut s'y opposer et pour cela, tous les moyens sont bons. C'est ce que le CE vous a montré en utilisant les statuts à tort et à travers, et en faisant tout pour écarter les 3 sections suscitées.

    En quittant la salle, les sections n’ont fait qu'assumer pleinement leur responsabilité. C'est un acte de portée historique qui nécessitait du courage et de la fermeté. Cet appel a été suivi par une grande partie des militants de l'AEVF., de l’AEVF, de l'AEVO et par l'organisation amie de l’ASO (Association des scolaires de Ouagadougou).

     Nous nous sommes immédiatement réunis et nous nous sommes fixés de nouvelles tâches, à savoir, l'élaboration du thème, la préparation minutieuse du déroulement des travaux pour que notre congrès soit une réussite, car l'unité du mouvement étudiant en dépend. Les militants sincères, mais encore abusés, les travailleurs voltaïques peuvent ne pas comprendre aujourd'hui. Mais nous restons convaincus qu’avec le travail d'information et d'explication, ils nous comprendront nécessairement, et nous apporterons tout leur appui. Et alors, nulle doute qu'ils condamneront le courant nocif entretenu par le mouvement national populiste liquidateur (Monapol) au sein de l'UGEV. Lequel Monapol a travaillé à la division du mouvement étudiant et nous a imposé la scission dont lui seul assume la responsabilité historique.

     Mais que le Monapol se rassure d'une chose : de l'intérieur comme de l'extérieur, la victoire est à nous et le mouvement étudiant recouvrera son unité sur la base d'une organisation de masse, un syndicat véritablement démocratique et révolutionnaire.

      Les critères d'adhésion à une telle organisation seront :

      1) La défense des intérêts matériels et moraux des étudiants ;

     2) La plate-forme anti-impérialiste, expression des sentiments patriotiques, des étudiants, leur refus de la domination du peuple voltaïque par la bourgeoisie nationale, alliée à l'impérialisme, français notamment ;

      3) Le respect des principes organisationnels (centralisme démocratique)

 

[Page 69]

     Nous donnons ci-dessous, in extenso, la plate-forme-que nous proposons à tous les étudiants. Cette plate-forme, comme vous le verrez, se démarque de la plate-forme foncièrement scissionniste des liquidateurs du Monapol, qui exigent comme condition de participation à leur UGEV l'adhésion à la « RNDP », à la contradiction principale, etc., à leur ligne en un mot. De ce fait, ils attestent qu'ils ne savent pas ce qu'est une plate-forme, une ligne, etc.

     Quand ils sauront faire la différence, après nous avoir lu, eh bien, comme d'habitude, ils changeront frauduleusement leurs positions, semant la déroute en leur sein.

 

 

[Page 70]

 

PROPOSITION D'UNE PLATE-FORME COMME BASE D'UNION

DE  TOUS LES ETUDIANTS AU SEIN DE L'UGEV.

 

     Aujourd’hui en Haute-Volta, l’immense majorité des étudiants voltaïques perçoivent la nature néocoloniale de la Haute-Volta.

Luttant pour l’amélioration de leurs conditions de vie et d’étude en liaison étroite avec la lutte des masses populaires voltaïque, ils ont conscience du fait que cette lutte doit être liée à la lutte anti-impérialiste et anti-réactionnaire.

Aussi l’ensemble des étudiants rassemblés au sein de l’UGEV  à son IXème Congrès tenu du 10 au 19 août 1979 à Ouagadougou :

 

I

 

  •   Ont réaffirmé le caractère anti-impérialiste de leur mouvement ;
  •  Recoonu qu’en tant que groupement idéologique des étudiants, l’UGEV ne peut et ne doit être organiquement lié à aucun parti politique (organisation et groupe politique). Elle regroupe des étudiants aux origines sociales, aux appartenances idéologiques et confessionnelles diverses animés d’un même sentiment anti-impérialiste et anti-réactionnaire.
  • Conformément au rôle et à la nature du mouvement étudiant, les étudiants voltaïques ont engagés résolument l’UGEV dans :

     1°) la défense des intérêts matériels et moraux de ses membres et de tous les étudiants en les liants à ceux de masses populaires voltaïques en lutte contre l’exploitation et l’oppression impérialiste.

     2°) le travail de mobilisation et de politisation accrue de ses militants en vue de les engager résolument et conséquemment aux côtés des masses populaires voltaïques. Pour ce faire, l’organisation doit :

      a) Mettre en œuvre une juste politique de mobilisation débarrassée de tout sectarisme et de tout libéralisme

       b) Assurer la formation syndicale de ses militants et les inciter à l’étude en vue de l’élévation constante de leur formation politique.

    c) Développer une juste conception des études, car un militant conséquent, tout en combattant le carriérisme est aussi et avant tout un étudiant sérieux.

      3°) le soutien, la publicité et l'agitation sur la lutte du peuple voltaïque et des autres peuples du monde.

 

II

 

   ― En de permettre une volonté unique dans l’action, l’ensemble des étudiants anti-impérialiste au 9ème congrès de l’UGEV tenu du 18 au 19 août 1979, ont reconnu la nécessité pour toutes les sections de l’UGEV, pour tous les militants de l’UGEV, du respect strict d'un certain nombre de principes organisationnels dont 1°) la soumission du militant à l'organisation, de la minorité à la majorité ;

       2°) la critique et l'autocritique

 

 

III

 

 

      Le Congrès e en outre mis en garde les militants contre deux sortes de déviations :

     ―  le corporatisme étroit qui consiste à s'enfermer dans la cadre stricte de revendications matérielles.

     ―  l'aventurisme petit-bourgeois qui se manifeste par un certain « avant-gardisme » dans l’élaboration des conceptions et des tâches afférentes à la révolution en Haute-Volta, et à la « direction des nasses » dans la pratique.

 

[Page 71]

 

MOTIONS ET RESOLUTIONS

 

[Page 73]

 

MOTION SUR LE P"CR"V


       Considérant que depuis le mois de février 1979, un Parti dénommé P"CR"V s'est manifesté publiquement en Haute-Volta à travers la diffusion de son programme et de son manifeste.

Considérant que dans ses publications, notamment son programme, le dit P"CR"V, reprend à son compte l'ensemble des analyses et positions politiques opportunistes, volontaristes et subjectivistes sur la situation nationale et internationale que nous combattons au sein de l'UGEV depuis le 21 juin 1978, à savoir :

  • Définition de la contradiction principale en Haute-Volta ;
  • Définition de l'étape actuelle de la lutte en termes de RNDP ;
  • La prétendue Faillite totale (échec total et banqueroute) du Néo-colonialisme ;
  • L'existence d'une Opposition bourgeoise réactionnaire de type FLNG (Front de libération nationale de Guinée) en Haute-Volta.
  • Mots d'ordre aventuristes, populistes, et putschistes du genre « Intégration aux masses » et « Front démocratique » ;
  • La négation de l'indépendance politique de notre pays en 1960.

 

     Considérant que depuis le mois d'Avril 1979, le groupe Marxiste-Léniniste « Le Prolétaire », dans son organe de propagande communiste n°1, fait une critique profonde du programme du P"CR'"V, et expose clairement l'ensemble des problèmes qui minaient le mouvement communiste en Haute-Volta, en particulier l'attitude vis-à-vis du mouvement étudiant.

     Considérant qu'il ressort des faits exposés dans ce journal que c'est la capitulation de l'O"C"V (depuis 1971) et son refus de se manifester publiquement comme force politique indépendante en Haute-Volta qui l'a conduit à imposer ce rôle d'avant-garde théorique et pratique à l'UGEV, voulant ainsi transformer le syndicat étudiant en parti politique.

    Considérant que jusqu'ici, le P"CR"V, à travers tous ses écrits évite et contourne purement et simplement toutes ces questions importantes et préfère couvrir son refus opportuniste par un flot d'injures, de caractérisations irresponsables et de dénonciations policières (Cf. Programme du P"CR"V p. 33 et 35).

    Considérant qu'à travers tous les faits avancés et les analyses non démentis par le P"CR"V, il ressort clairement que c'est l'O"C"V (préfiguration du P"CR"V) créée sur la base théorique de la pensée Mao Tsé Toung, qui porte l'entière responsabilité de l'orientation national-populiste imposée à l'UGEV depuis 1971 et qui se poursuit à travers sa volonté de transformer le syndicat des étudiants voltaïques en une jeunesse du P"CR"V.

     Considérant que le P"CR"V fuit ouvertement le débat théorique et idéologique sur le terrain du Marxisme-Léniniste avec « Le Prolétaire » mais par contre n'hésite pas à s'ingérer ouvertement dans la crise au sein de l'UGEV pour y imposer la scission et briser l'unité organisationnelle du syndicat.

 

     Le IXème Congrès de l'UGEV (Mouvement du 21 juin 1978), réuni du 180 au  19 août 1979 à Ouagadougou

  • Prend acte du fait que le P"CR"V, en théorie et en pratique se range inconditionnellement aux côtés de la ligne scissionniste et national populiste au sein de l'UGEV et travaille à la division du mouvement étudiant voltaïque.

[Page 74]

  • Constate avec indignation que le P"CR"V, cherche coûte que coûte à imposer bureaucratiquement sa direction idéologique, politique et organisationnelle à l'UGEV pour la transformer en une jeunesse du P''CR"V au mépris de son caractère d'organisation de masse.
  • Réaffirme que sa reconnaissance de principe du rôle dirigeant de la classe ouvrière à travers son parti M-L dans le processus révolutionnaire en Haute-Volta, n'est pas et ne doit pas se confondre avec une quelconque reconnaissance du P"CR"V comme l'authentique parti ca la classe ouvrière de Haute-Volta, loin de là!
  • Dénonce le contenu national populiste et petit bourgeois du programme du P"CR"V

     ― qui cherche à cultiver le poison du nationalisme bourgeois dans la conscience du Prolétariat voltaïque

     ― qui prêche un chauvinisme agressif aussi bien au sein des groupes ethniques en Haute-Volta que vis-à-vis des pays voisins.

       ― qui lutte farouchement contre le développement d'une forte classe ouvrière en Haute-Volta, dans la mesure où le P"CR"V part en guerre contre le développement de la grande production capitaliste pour le maintien de la petite production (Cf. le mot d'ordre « La terre à ceux qui la travaillent » répondant ainsi à l'appréciation de Lénine:

« L'essence du populisme est qu'il représente les intérêts des producteurs du point de vue du petit producteur, du petit bourgeois »

 

  • Rejette la confusion et les tentatives opportunistes du P"CR"V, pour réviser honteusement son programme et son manifeste, sans aucune autocritique en déchargeant tout cela sur le Mouvement étudiant voltaïque et la prétendue influence en son sein de la pensée Mao Tsé Toung dont le P"CR"V, reste le représentant national dans notre pays (Cf. Message du P"CR"V au 9ème Congrès de l’UGEV);
  • Appelle par conséquent, les ouvriers voltaïques à se démarquer résolument de cette formation petite bourgeoise nationaliste qui en aucune façon ne saurait représenter les intérêts du Prolétariat malgré sa phraséologie pseudo-marxiste. Le P"CR"V est le représentant avancé du petit producteur, du petit bourgeois en Haute-Volta ;
  • Appelle tous les étudiants progressistes et l'opinion démocratique de Haute-Volta, à se démarquer de cette formation national-populiste qui se couvre du manteau communiste pour tenter de mystifier et abuser la classe ouvrière et le peuple travailleur voltaïques ;
  • Affirme qu’en aucune façon et en aucune manière le P"CR"V ne peut et ne doit être considérée comme un Parti Communiste authentique (Cf., son programme, son Manifeste, ses tracts etc...) ;
  • Estime en conséquence que toute force politique en Haute-Volta où à l'extérieur de la Haute-Volta, qui se méprendra sur le compte de cette formation national populiste, tentant de l'ériger au rang de véritable parti communiste, administrera de ce fait même, la preuve qu'elle ne se tient pas sur une ligne authentiquement révolutionnaire par rapport à l'internationalisme véritable.
  • Considérera toute prise de position soutenant le P"CR"V en tant que parti authentiquement M-L, comme une atteinte grave aux intérêt supérieurs de la classe ouvrière et du peuple voltaïque, et en conséquence prendra toutes ses responsabilités vis à vis d'un tel acte.      

 Le congrès.

[Page 78]

 

 

 

 

DISCOURS DE CLOTURE

 

Chers camarades, chers amis,

 

     Notre IXème Congrès s'achemine vers sa fin: une ouverture commune, deux clôtures différentes. Il n'est nul besoin d'affirmer du haut ce cette tribune le caractère véritablement historique de ce congrès qui a su retenir l'attention suivie de toutes les forces politiques de notre pays. 

     Ce congrès est historique au vrai sens du terme, car il marque le déclin de l'épisode nationaliste et populiste qui constitue un mal nécessaire pour les révolutionnaires, militants dans des pays arriérés comme la Haute-Volta composés à 96% de paysans et qui ont un passé colonial récent.

     Tous les travers, les déviations subis par l'UGEV depuis sa naissance en 1960 jusqu'à nos jours sont le résultat de ces 2 courants, le courant du nationalisme bourgeois et petit bourgeois d’une part, le courant populiste d'autre part; ce qui donne le national-populisme .

L'UGEV s'est constituée en 1960 à partir des deux sections fondatrices, l'AEVF (France) et l'ASV (Dakar) qui se sont elles-mêmes formées sur le terrain de la lutte contre l'impérialisme-colonialiste français.

     En 1960, l'UGEV, tout en caractérisant la Haute-Volta de pays néocolonial n'a jamais su s'adapter sur le plan de ses conceptions politiques à la nouvelle situation ainsi créée par l'acquisition de l'indépendance politique. La situation nouvelle marque le passage du colonialisme au néo-colonialisme, lequel passage, revêt un caractère stratégique. Ce qui en d'autres termes veut dire que:

     1°/ Le passage s'est traduit par la mise sur pied, avec l'aide des puissances colonisatrices, d'un appareil d'état dans chacun des territoires coloniaux constituant l'« Empire » multinational français, faisant passer ainsi le pouvoir d'état aux mains des classes et couches sociales réactionnaires indigènes. Ces classes étant essentiellement la petite bourgeoisie intellectuelle muée en une bourgeoisie bureaucratique d'Etat, la bourgeoisie commerçante (du met espagnol comprador) et les farces rétrogrades de la société traditionnelle.

     Ces classes se chargèrent dorénavant d'organiser et da gérer l'exploitation et l'oppression des masses populaires africaines. C'est par leur entremise que l'oppression extérieure allait continuer de s'exercer.

    C'est le lieu d'indiquer qu'il est erroné, voire opportuniste de rechercher une bourgeoisie nationale autre que les Lamizana, les Edouard Yaméogo et les Kanazoé, etc.. A l'époque de l'impérialisme où nous sommes, surtout dans la situation présente des pays néocoloniaux africains, tard venu sur la scène internationale, il est pratiquement, impossible qu'une bourgeoisie nationale comprise dans le sens d'une bourgeoisie fonctionnant avec das capitaux à 100% voltaïques, puisse se constituer.

    Les appellations de « fantoches », « marionnettes » etc., relèvent d'un écart de langage et n'ont aucun contenu politique juste. De telles appellations sont subjectives et traduisent simplement le sentiment d'exaspération, d'indignation de la petite bourgeoisie, face à la domination impérialiste principalement français sur notre pays. Dire de quelqu'un que c'est un « fantoche », revient à l'excuser, a le justifier devant ses méfaits et ses forfaits. Car on ne peut en vouloir à quelqu'un qui n'est pas responsable de ses actes. Or, il est faux de croire que les Lamizana, les Gérard Kango, les Conombo et toute la classe de la bourgeoisie réactionnaire voltaïque sont des irresponsables. Ils sont bel et bien responsables de leurs actes, forfaits et méfaits, ils devront en répondre un jour ou l'autre devant le peuple voltaïque en colère. C'est cela que les national-populistes liquidateurs ne veulent pas reconnaître. Si Lami-[Page 79]zana applique en Haute-Volta, telle ou telle décision du gouvernement français, c'est que nécessairement cette décision est en accord parfait avec ses intérêts de classe bourgeois. Il est clair par exemple que si Giscard demande à Conombo de démissionner en faveur de Maurice Yaméogo ou de Joseph Ouédraogo, il y aura, à ne pas en douter un désaccord entre Giscard et Conombo et un accord entre Giscard et Yaméogo ou J. Ouédraogo. D'un côté, l'alliance sera brisée, et de l'autre elle sera renouée.

    C'est dire que les bourgeoisies réactionnaires voltaïques, au lieu d'être de simples marionnettes, sont des alliées de la bourgeoisie impérialiste française. Et leurs rivalités sont des rivalités internes pour accéder au rang de l'allié le plus privilégié.

     2°/ Le passage du colonialisme au néo-colonialisme se traduit par le fait que, dans les nouvelles conditions, la lutte anti-impérialiste devient une lutte de classe acharnée, ouverte, directe, au sein même de la société voltaïque. Ceci contrairement à la situation précédente (colonialisme) où la lutte de classe était masquée: une lutte nationale (de toute la « nation » voltaïque, plus précisément de toute la société voltaïque) du peuple voltaïque nationalement opprimé, dirigée contre l'ennemi extérieur (étranger).

    En ce sens, la révolution qui est la solution à la contradiction principale du moment ne saurait être une révolution nationale du genre RNDP pour le PCRV et son « avant-garde » l'UGEV national-populiste, ou du genre RPLN pour la LIPAD.

    En fait, à voir de très près, il n'y a aucune, absolument aucune divergence de fond entre nos nationalistes populistes de l'UGEV, et la LIPAD. La seule différence réside simplement dans le radicalisme verbal des uns (nationalistes populistes) de l'UGEV, et dans la brutalité de leurs attaques contre les autres (LIPAD).

    3°/ Le passage du colonialisme au néo-colonialisme se traduit par le fait que dorénavant chaque pays, anciennement territoire colonial sera pris comme le terrain immédiat sur lequel se déroulera la lutte anti-impérialiste, lutte de classe entre couches et classes sociales composant la société voltaïque, pour faire de la Haute-Volta un état véritablement indépendant sous tous les rapports.

Cette lutte pose comme revendication essentielle, la souveraineté nationale véritable.

   4°/ Ce passage se traduit enfin par le fait que les 2 mouvements dans la lutte anti-colonialiste, qui au cours même de la lutte se séparaient chaque jour davantage, ont fini par être deux mouvements totalement séparés et sont entrés dans un antagonisme démocratique, il s'agit :

    - du mouvement bourgeois démocratique,

    - du mouvement des ouvriers et des paysans.

     Il en découle le fait que le terrain historique a changé. A la place du mouvement libérateur bourgeois, le mouvement libérateur à caractère prolétarien devient le mouvement décisif. La classe ouvrière est la seule classe capable de canaliser toutes les aspirations des opprimés de toute catégorie et de tout ordre, dans le mouvement d'émancipation sociale. Elle est la classe d'avant-garde.

     Une telle compréhension du passage du colonialisme au néo-colonialisme, n'ayant aucune prétention d'être à « l'avant-garde tout court du peuple voltaïque », nous reconnaissons très modestement, que nous nous sommes appuyé sur les enseignements des grands révolutionnaires et surtout sur les analyses du groupe marxiste-léniniste « Le Prolétaire », qui définit l'étape actuelle de la lutte de notre peuple en termes de RA-IDP.

    Définition que nous partageons entièrement (Cf. « Le Prolétaire » N°2 du mois de juin 1979). On ne saurait comprendre toutes ces questions lorsqu'on se refuse, tout comme nos nationalistes petit-bouigeois de l'UGEV à reconnaître le fait bien évident de l'indépendance politique de la Haute-Volta.

    Selon nos nationalistes petit-bourgeois, dire que la Haute-Volta [Page 80] a acquis son indépendance politique, c'est être un « contre révolutionnaire », un « réactionnaire », un « fantoche », enfin c'est chercher à composer avec Lamizana. Si ce n'était pas là des propos relevant de la fougue infantile petite bourgeoise, on aboutirait à la conclusion qu'aujourd'hui en Haute-Volta tout le monde cherche à composer avec Lamizana.

    L'indépendance politique de la Haute-Volta nous, nous l'affirmons; les communistes du « Prolétaire » l'affirment aussi. Ce n'est pas tout; lors du meeting du 1er Mai 1979 à la bourse de travail les 3 centrales syndicales, dans un message commun écrivent :

« Depuis 1960, date de l'indépendance politique, des campagnes électorales ont succédé à d'autres campagnes électorales, des républiques ont succédé à d'autres républiques » (Cf. l'« Observateur » du 7 mai).

     Il ne reste plus pour les nationalistes populistes à taxer toutes les centrales syndicales de syndicats jaunes à la solde de Lamizana.

    Aujourd'hui, face à la lutte ferme de principe que nous avons déclenché contre leurs positions droitières, nos populistes se battant désormais, le dos au mur; ils ont réduit toutes les divergences de principe au seul et unique point sur les indépendances politiques, parce que dans leur tactique opportuniste de lutte, ils affirment que « les masses ne sont pas encore en mesure de comprendre et d'accepter cette analyse ». Voilà pourquoi ils s'excitent sur cette question des indépendances politiques.

     Quant à nous, nous affirmons que les travailleurs ont raison de reconnaître cette vérité incontestable de l'indépendance politique de la Haute-Volta.

    

      Notre congrès a eu à se pencher sur les différentes luttes menées par les travailleurs et scolaires voltaïques contre le gouvernement réactionnaire de Lamizana-Conombo- Kango. Nous soutenons toutes ces luttes, dans la mesure où elles contribuent à la désagrégation du pouvoir néocolonial. Nous nous démarquons, de tous ces briseurs de grèves (Cf. grève des enseignants du SUVE5S, boycott des examens à l'Université de Ouagadougou) qui, sous le prétexte que certaines grèves sont dirigées par l'UPV ou par quelque force que ce soit sans voir si ces grèves répondent ou non aux aspirations des masses populaires, s'en « démarquent » mécaniquement. En ce sens, nous nous démarquons de la conceootion infantile qui consiste à réduire la CSV par exemple à son secrétaire général et par ricochet à la LIPAD. Quant au mouvement de boycott en particulier, déclenché par les étudiants de l'Uniyersi de do Ouagadougou, nous en avons été solidaires dans la mesure où, pour l'essentiel, nous estimons que la plate-forme revendicative est juste.

      Tout en ayant cela en vue, nous tenons à stigmatiser du haut de cette
tribune, les pratiques bureaucratiques et sectaires de l'AEVO qui ont conduit cette grève à l'échec. Ce mouvement de boycott, en dépit des fanfaronnades des « émeutiers » populistes de l'AEVO et de l'UGEV a été un échec. Un des éléments qui expliquent cet échec, c'est le manque total de préparation, le manque d'un travail d'explication et de persuation, la préférence de méthodes terroristes dignes des émeutiers populistes, du genre « on va abimer tous ceux qui ne suivent pas le mouvement », « on va charcuter leurs doigts pour que, plus que jamais ils ne puissent plus s'en servir ».

       De telles menaces sont bonnes pour les Pinochet et autres LAMIZANA.

Comme autre élément, il faut indiquer que de par ses pratiques bureaucratiques et sectaires le CE de l'AEVO a réussi à s'aliéner le soutien actif des travailleurs voltaïques.

Comme nous l'avons dit tout ce dont ces éléments populistes sont capables, c'est de travailler à discréditer le mouvement étudiant aux yeux des travailleurs voltaïques. Ainsi, ils ont réussi dans leurs pratiques putschistes et aventuristes à rompre l'unité d'action à la base entre travailleurs, élèves et étudiants. Nous, nous prenons l'engage--[Page 81] Solennelle de travailler à réhabiliter le mouvement étudiant voltaïque, à rétablir l'unité d'action à la base entre travailleurs, élèves et étudiants.

      Aujourd'hui, le mot d'ordre de grève est toujours maintenu par les émeutiers populistes de l'AEVO, tandis que près de 70% des étudiants se sont déjà inscrits. Cette défaillance des étudiants de l’université de Ouagadougou s'explique entre autre, par le fait que les membres du CE de l'AEVO ont eux-mêmes composé! (par des dépôts de mémoires ou sous le prétexte fallacieux et opportuniste de « statuts particuliers à l'EIER, etc...). Tout cela en ayant toujours à la bouche le mot d'ordre de boycott ; voilà de sales briseurs de grèves! Ils sont des traitres! Comme nous l'avons dit, il est inutile de dénoncer nommément ces éléments populistes liquidateurs. C'est la pratique et par la pratique, qu'ils se déculotteront aux yeux des masses populaires voltaïques.

      Notre Congrès s'est penché sur cette question de boycott des examens et a assigné à notre mouvement la tâche de sortir ce mouvement de boycott de l'impasse dans laquelle les émeutiers populistes et aventuriste l'ont conduit. Il a été décidé d'examiner la situation en rapport avec les premiers intéressés, à savoir les étudiants eux-mêmes en liaison avec les Organisations syndicales, pour faire reculer le pouvoir anti-démocratique et antipopulaire de Lamizana-Conombo-Gérard.

     C'est le lieu ici de dénoncer l'utopie petite bourgeoise qui pense qu'il est possible d'avoir une université populaire dans un pays néocolonial. Le point de vue de notre mouvement est que tout en luttant pour des réformes démocratiques au sein de l'Université, nous demeurons convaincus, que l'Université ne sera vraiment démocratiques, seulement et seulement si, le peuple exerce sa souveraineté. Et cela passe par le renversement du système néocolonial par la RA-IDP. Nous avons aussi en mémoire la grève du SYNTSHA qui vient de prendre fin, confirmant que seule la lutte ferme de principe peut fait reculer la réaction. Il faut cependant faire une remarque sur les manœuvres de division de la réaction consistant à utiliser l'argument fallacieux de « différence de catégories » pour la satisfaction des revendications syndicales.

 

           Chers Camarades, Chers Amis,

     A travers ses diverses questions soulevées, chacun a pu se convaincre que la crise actuelle est une crise pour la réorientation du mouvement étudiant. Nous nous attachons à cette tâche, pour liquider le courant régressif et liquidateur (Monapol). Une UGEV forte, plus efficace.

     Une UGEV ayant pour base d'adhésion la plate-forme A-I et non la ligne politique. Une UGEV démocratique, admettant la lutte idéologique, la lutte des idées.

    Une UGEV véritablement démocratique qui n'exclurait pas un de ses membres sous le prétexte qu'il appartient à une Organisation politique réactionnaire. C'est seulement dans la lutte des idées que les divers courants erronés pourront être battus, et que l'on pourra unir les étudiants autour des idées les plus justes. Nous ne défendons pas le neutralisme!

 

VIVE l'UGEV (Mouvement du 21 juin), débarrassée des conceptions réformistes, aventuristes nationalistes et populistes, pour un syndicalisme véritablement révolutionnaire.

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09/11/2011
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