Parcours

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Lettre de loin (aux camarades du PDS)

Lettre de loin

 


(Adressée de France où j’étais en exil

à mes camarades de parti, le PDS : Parti de la démocratie sociale).

 


 

 

      Je reproduis tel quel le contenu de cette lettre datée du 7 juin 1992 (hors mis quelques corrections orthographiques et grammaticales) , écrite aux lieux de mon exil étouffant, que j’ai adressée à mes camarades, en vue de susciter, conformément à notre tradition, des débats en vue d’aboutir à une unité d’action.

Le lecteur d’aujourd’hui pourra me reprocher bien d’insuffisances contenues dans cette lettre. Je le prie d’être tolérant, et d’essayer de se mettre dans la peau de l’exilé, souffrant de l’éloignement des siens qui  ne souhaite qu’à rentrer au bercail.

     En effet au nombre des insuffisances contenues dans cette « Lettre de loin », c’est de m’être mépris sur le compte de mes anciens compagnons de la Révolution d’août 1983.

Je pensais qu’on pouvait encore tirer d’eux un sursaut de patriotisme et de grandeurs de vue, pour se surpasser dans l’intérêt de notre peuple et des peuples africains.

     Sur ce point je me suis bercé d’illusions.

     J’ai cru que Blaise Compaoré nourrisait de grandes ambitions pour notre pays et pour l’Afrique et que se saisissant de la perche que je lui tendais, il cherchera à se réconcilier avec notre peuple et les peuples africains après la forfaiture du 15 octobre 1987 dont il assume la principale responsabilité. Ce faisant, il aurait pu raccrocher la marche de l’Histoire et ne pas connaître le triste sort réservé par elle à des personnages comme Tchombé et Mobutu (versus Lumumba).

      Quoiqu’il en soit, j’ai, avec froideur et sans passion, caressé un rêve qui, s’il était partagé par le plus grand nombre, deviendrait réalité.

      C’est en ayant tout cela en esprit que j’invite à débattre les thèses contenues dans cette lettre, lesquelles thèses ont d’ailleurs été reprises en 2002, dans le Programme de la CDS (Convention pour la démocratie sociale)

 


 

 

 

 

Paris le 0 7  Juin 1992

 

              Camarades membres du Bureau Politique du PDS[1],

 

      Je voue prie d’accuser réception de cette communication qui a pour ambition d'instaurer une concertation de tous les membres de notre parti, en vue d'une action unitaire.

      Vous jugerez de l'opportunité et des voies à utiliser pour permettre cette concertation. Mais je suis convaincu, compte tenu de l'importance des questions soulevées, que vous œuvrerez  avec diligence et efficacité, afin que le Parti fasse sien, ces préoccupations.

      Quand une idée a atteint sa maturation, elle germe spontanément dans l'esprit de bien de gens. C'est pourquoi,  si nous tardons à prendre le devant des choses, nous nous surprendrons à la traîne des événements.

      Notre force a toujours résidé dans l'anticipation du cours des événements. Et l'occasion est encore venue d'assumer la tâche d'éclairer la conscience de notre peuple.

 

 

I

 

A propos du Front "sankariste"

 

  • Il y a de cela six mois que j'ai saisi par lettre la direction du Parti, sur la nécessité que nous nous retirions du Front « sankariste ».

Aujourd'hui Il est plus qu'urgent que notre parti se désengage du Front « sankariste ».
L'attitude des différentes composantes de ce front vis-à-vis des élections législatives a attesté de son caractère purement formel.
Le Front « sankariste » n'existe que pour la forme. Le "Bloc Socialiste" tout en cherchant à utiliser les autres formations n'en fait qu'à sa guise.
En outre l'attitude des différents partis quant à la défense de l'idéal « sankariste » est loin d'être uniforme. Et il faut se convaincre, que ce n'est plus un thème mobilisateur. Les résultats du Bloc socialiste le prouve, lui qui pensait que le seul nom de Thomas Sankara suffirait à lui rallier les voix du peuple.
Aussi, comme je l'avais auparavant exprimé, il nous faut cesser de nous reconnaître à travers un courant diffus et inconsistant, que les divers partisans mettront tout à discréditer.
Nous existions avant le « Sankarisme », et nous devons exister après.
Le PDS, se doit de se saisir  des attitudes discordantes exprimées lors des dernières élections pour se retirer du Front « sankariste ».

  •  Le PDS doit désormais inscrire son action dans une perspective plus mobilisatrice autour de grands thèmes qui transcende le « Sankarisme » et qui  sont à même de drainer les forces de progrès derrière lui, parmi lesquelles la jeunesse burkinabè désemparée.

Et aujourd'hui un de ces thèmes à même de combler le vide crée dans la conscience des forces patriotiques, dans celle des forces de l'avenir, c'est celui de l'Unité Africaine.

   Nous sommes en passe de produire un Programme politique à même de nous donner une physionomie politique qui nous différencie des autres, et qui nous place comme la seule force d'avenir.

Or, tout projet politique dans l’Afrique d'aujourd'hui qui ne s'inscrit pas dans la  perspective de l'intégration des Etats africains, est un discours creux et sans effets.

Le monde évolue; il nous faut évoluer avec lui sous peine d'être relégués dans le musée des curiosités pré-révolutionnaires.

Aussi, vais-je présenter un ensemble de thèses brèves, convaincus que de notre cheminement commun, nous nous comprendrons aisément, à demi-mot.

 

 

II

L'Organisation des Peuples d'Afrique:

Vielle aspiration, mais à l'ordre du jour [question toujours posée à résoudre]

 

  1.  Notre monde d'aujourd'hui est marqué par deux évolutions contradictoires qui sont la manifestation des tendances contradictoires du capitalisme.
  •  D'un côté c'est la tendance à la fission, à la partition des Etats anciennement «  socialistes » et qui correspond à la reconquête de l'espace par le système capitaliste. Le capitalisme pour s'implanter dans ce nouvel espace, entreprend d'abord son démembrement. Les transformations qui surviennent à l'Est de l'Europe, ressemble fort étrangement à la constitution des Etats nationaux à l'époque de la formation du capitalisme national dans les vieux pays.

Il est vrai qu'en Afrique même, on assiste à une tendance à la scission des Etats-nations du fait des revendications de minorités nationales: cas du Sénégal, du Cameroun, du Soudan, de la Somalie, de l'Ethiopie, etc..

Ce processus qui accompagne toujours la formation du capitalisme national, la formation des nations est similaire à ce qui se passe dans les pays de l'Est de l'Europe.

  • De l'autre, c'est le mouvement de fusion sous la pression du développement des firmes multinationales désireuses de briser le caractère encore national de l'organisation des Etats.
Cette tendance se manifeste par:

- l'engagement des Etats européens à fusionner au sein de la communauté européenne;

- la formation de l'Union du Maghreb arabe;

- la Zone de Libre échange d'Amérique du Nord;

- le Marché du Cône du Sud (les nouveaux pays industrialisés de l'Asie);

- etc..;

 

2. Pendant ce temps, les Etats Africains se complaisent dans une OUA morte, qui n'a été mise en place que pour justement entraver l'intégration des Etats africains et enlever à la jeunesse ses aspirations légitimes.

       Et en cela la jeunesse africaine doit être instruite que la question de l'Unité Africaine est un mouvement qui a pris naissance autour des années 1920. Et que dès sa naissance, ce mouvement, connu sous le nom du Mouvement panafricain, a oeuvré pour la libération des colonies africaines pour une Afrique indépendante et unie :

  • Le Garveyrisme: ou le sionisme noir avec Marcus Aurélius Garvey;
  • Le Mouvement Panafricain avec le Dr Williams Edward Burghard du Bois (Cf., Padmore in « Panafricanisme ou Communisme »).
  • Le Dr Nkuamé Nkruhmah:

- L'Afrique doit s'unir.

- Ghana: Autobiographie;

 

 3. Au rebours de ce courant panafricain, il y a le courant micro-nationaliste connu sous l'euphémisme de l'Afrique des patries, dont les représentants les plus significatifs furent Houphouë Boigny et Léopold Sedar Senghor.

    

      Pour instruire la jeunesse africaine de l'action néfaste de ces deux hommes, la lecture de deux ouvrages fondamentaux est recommandée:

       - Yves Bénot. L'idéologie des indépendances. François Maspero. Paris 1972;

    - Georges Chaffard. Les Carnets secrets de la décolonisation.Calman Lévy, 1965. (2 volume)

 

      Pendant la décolonisation, il faut retenir la Constitution du Groupe de Casablanca et du groupe de Monrovia.

       Enfin la création de l'OUA qui fut un compromis obtenu entre le groupe de Casablanca et  de Monrovia en faveur de ce dernier.

      L'OUA qui n'a été qu'une unité des Etats, des gouvernements au sein duquel les peuples sont absents. L'OUA, de l'aveu même d'un de ses membres fondateurs, Julius Nyéréré, n'est qu'un « syndicats des chefs d'Etats ».

       L'OUA a failli et avec elle la cause de l'Unité africaine. Et à sa place il nous faudrait une « OUA » des peuples.

 

4. La faillite de l'Unité Africaine est à imputer principalement aux chefs d'Etats acquis à la cause des puissances occidentales tels Houphouët Boigny et Léopold S. Senghor.

      Après l'acquisition des indépendances politiques, la vie politique des peuples africains s'est organisée au sein du micro-Etat non viables. Et aujourd'hui la situation de banqueroute économique que connaissent les divers Etats africains, est là pour convaincre les plus sceptiques. Ceux qui refusaient  par égoïsme, que leur pays ne soit la « vache laitière » des autres peuples africains, se sont vite désillusionner du miracle qu'on leur faisait miroiter. Le « lait » dont ils ont cherché à priver leurs  frères africains, a servi non à nourrir leur propre peuple, mais une minorité de corrompus et les nations industrialisées de l'occident.

     Il n'est plus besoin d'établir, qu'il n'y a de salut pour les pays africains, que de salut collectif.

       Les « vaches laitières » ne présentent d'intérêt à traire, que si les vachers disposent d'une masse abondante de consommateurs dans le besoin. C'est la question de l'élargissement des marchés intérieur. Il est statistiquement établi que l'essentiel du commerce des pays développés se fait entre eux. 80% de ce commerce se fait entre eux et 20% seulement avec les pays sous-développés. Pendant que pour les pays du Sud, 80% de leur commerce se fait avec le pays du Nord et seulement 20% de ce commerce entre eux.

       Le commerce inter-africain ne représentait en 1967 que 7,5% du commerce total africain. Et 60% de ce commerce se faisait avec l'Europe.

      Alors l'on comprend, la loi de l'échange inégal intervenant, pourquoi les vachers ne tirent plus profit de leurs « produits laitiers » et sont aux abois.

Et aujourd'hui, le ridicule ne tuant pas, certains tirent vanité d'être rentrés à l'Hôpital du FMI (pour recevoir l'onction suprême) à quatre pattes plutôt que d'y être conduits sur brancard. Spectacle désolant, s'il en fût !

     A tout cela, il faut ajouter la perspective sombre de transfert de capitaux vers les nouveaux marchés qui se créent dans les pays de l'Est. Déjà que le flux des capitaux entre pays africains et pays occidentaux étaient en faveur de ces derniers.

Le capitaliste étant à la recherche du profit maximum, trouve dans ces nouveaux marchés de l'Est de l'Europe, des conditions de rentabilité plus avantageuses.

      Plus d'un quart de siècle d'indépendance, n'a pas réussi à élever le pouvoir d'achat des masses africaines, ce qui aurait pu rendre les marchés africains intéressants. Les industries occidentales trouvaient dans les administrations des Etats africains (au train de vie dispendieuse) une clientèle intéressante pour l'écoulement de leurs produits. Mais aujourd'hui ces administrations endettées jusqu'au coup sont obligées de se soumettre à la thérapie du FMI, plus soucieux du recouvrement les emprunts consentis par l'Occident que du sort des populations des pays.

       Aujourd' hui donc, à moins d'être atteint de cécité complète, il nous faut en Afrique, nous unir ou périr.

       La création des ensembles économiques tels la CEAO et la CDEAO, si elle ne s'inscrit pas dans une logique d'indépendance économique vis-à-vis de l'Occident, est un artifice pour organiser l'exploitation collective des divers pays: un marché unique dont le centre continuerait de se situer en Occident. Et si jamais l'Europe devient une réalité, au lieu que de tels ensembles soient dépendants d'un centre unique telle la France, ils seront soumis à un centre plus puissant et par conséquent la pression sera plus grande et plus impitoyable.

 

      Tout est une question de rapport de force dans les relations internationales. Et dans la mesure où ceux qui nous gouvernent restent attachés à la logique chère à Houphoët et à Senghor, c'est à dire celle de l'« Afrique des patries »,  CEAO, CDEAO et autres, demeureront impuissantes à intégrer les diverses économies des pays membres. Chacune restant directement dépendant du centre unique occidental qu'il est pour nom, France, Angleterre ou Europe.

       Les pays africains pris individuellement ont été, sont économiquement intégrés directement à un centre occidental, n'entretenant presque pas, ou très peu des relations avec les autres pays africains. Et l'OUA depuis sa naissance n'a rien fait pour inverser cette tendance. Et tout laisse à croire (si l'on considère l'esprit des actes et non la lettre) que la CEAO et la CDEAO, n'ont pas non plus pour ambition d'inverser le cour des choses, si ce n'est une tentative des pays « vachers », à faire payer la charge de « leur non développement »  aux autres, plus défavorisés.

       Et en ce sens, la déclaration d'un haut responsable sénégalais et qui exprime aussi et surtout le point de vue du gouvernement ivoirien, est plus que significatif :

 

« Le Sénégal n'est pas décidé à participer au projet actuel de Communauté Ouest-Africaine à quinze, dans lequel un seul Etat (le Nigeria) dominerait d'une façon très nette les quatorze autres » (déclaration du 2 janvier 1974 de M. Daouda Sow, Ministre sénégalais de l'Information à l'époque).

 

        Et parallèlement on œuvre pour une Communauté Ouest-Africaine à six, au sein de laquelle, deux pays (La Côte d'Ivoire et le Sénégal) domineraient les quatre autres.

Les autorités politiques de la Côte d'Ivoire et du Sénégal n'ont jamais rompu avec la logique déterminée par les « pères de l'indépendance » de ces deux pays.

       On se souvient, alors que De Gaulle s'apprêtait à « donner » l'indépendance à tous les territoires africains et cela contre le vœu de Houphouët (qui attendait « sur le parvis de la Fédération avec " ses " fleurs fanées » ), celui-ci déclare:

 

« ... La côte d'Ivoire a fait son choix en ce qui concerne. Quoi qu'il advienne, elle adhérera directement à la communauté Franco-Africaine. Exécutif fédéral, Oui, mais à Paris et non à Dakar » (voir Afrique Nouvelle, n° du 18 avril 1958).

 

       Ces « père de l'indépendance » forcés en réalité à l'indépendance (On se souvient aussi que Maurice Yaméogo justifiait son refus de l'indépendance de notre pays, par le fait que nous ne savons même fabriquer une allumette), sont toujours prompt pour une communauté dont le centre de décision serait à Paris que partout ailleurs en Afrique.

 

       Mais il ne s'agit pas pour nous d'accabler nos « pères de l'indépendance ». Ils ont fait leur temps, même s'ils se refusent à passer la main.

Notre temps à nous, c'est la bataille pour la seconde indépendance, celle-ci plus  réelle et pour les peuples. Pour mener à bien cette bataille, nous devons aussi situer notre responsabilité dans le fait que la lutte pour l'Unité africaine ait été repoussée aux calendes grecques.

 

       On sait dans quelles conditions les indépendances furent acquises. On sait aussi, même si les vétérans pensent que les jeunes que nous sommes ne savent pas leurs hésitations d'hier, comment ils ont été contraints par la force des choses à l'indépendance qui était inscrit dans l'histoire comme étant un phénomène irréversible et qu'ils s'acharnaient à repousser.

      Parmi les grands partis anticolonialistes de l'époque, il faut rendre justice au Parti du Regroupement Africain (PRA) qui aux côtés d'autres patriotes et révolutionnaires africains sut conserver une position conséquente sur la revendication de l'indépendance des pays africains. A son Congrès constitutif à Conakry du 25 au 28 juillet 1958, le PRA adopta à l'unanimité deux mots d'ordre: « Indépendance immédiate » et « Etats-Unis d' Afrique ».

      Lorsqu'on chargea Senghor de le signifier à De Gaulle, devant l'imposante stature du général, il se disculpa de vouloir l'indépendance, rendant ses co-partisans responsables de cette idée saugrenue. Plus tard, en bon intellectuel, initié à la tournure de la  phrase et des nuances qu'ont les mots dont il est passé maître, il déclarera: Nous voulons l'indépendance immédiate mais pas immédiatement.

       Il est vrai que les patriotes africains militants au sein du RDA, étaient sincèrement acquis à l'idée de l'indépendance. Mais il fallait compter avec l'influence négative de Houphoët Boigny qui usa sur eux de l'arme du chantage. Voilà en quels termes lui-même explique ce chantage qu'il exerça sur tout le RDA lors de son Congrès de 1946 à Bamako:

 

  « Au Congrès de Bamako en 1946, la thèse de l'autonomie, c'est-à-dire en fait de l'indépendance, avait prévalu contre la mienne. Mais on voulait que je sois le président du mouvement. Comme je me refusais à accepter des fonctions qui m'auraient obligé à faire appliquer des décisions que je n' approuvais pas, on rouvrit le débat, ma motion l'emporta de justesse et je pus prendre la présidence...

Et c'est ainsi qu'au lieu du combat pour l'indépendance, nous choisîmes l'adhésion à la Communauté Française. Ma satisfaction, aujourd'hui, c'est que cette thèse, non seulement reste celle de tout le RDA, mais soit aussi devenue celle de tous les autres partis africains » (Interview de Houphoët Boigny, parue dans Le Monde, n° du 4 octobre 1957).

 

      Aujourd'hui les différents colloques qui se tiennent à Yamoussokro, pour rendre hommage « au père des indépendances »,  passent sous silence tout cela.

       Mais la jeunesse africaine doit savoir qui est qui, qui a fait quoi et pourquoi.

       Parmi les véritables acteurs de l'indépendance, ceux qui ont vraiment voulu et oeuvrer pour voir l'unité africaine se faire, on ne cessera jamais de louer le Dr Nkuamé Nkrumah. Il fut le seul chef d'Etat africain à avoir élaboré une  véritable conception de l'Unité africaine. Qu'il ait échoué pour certaines raisons qui ne relèvent pas du présent sujet, n'amoindrit  aucunement la portée de son œuvre. Il concevait l'Unité Africaine comme une unité politique à l'échelle continentale dotée d'un gouvernement continental, qui prenne en main les affaires dans les domaines essentiels, notamment l'économie, la défense, les affaires étrangères, et dotée d'un système de défense commune avec un haut commandement africain.

       A la Conférence constitutive de l'OUA à  Addis Abeba (mai 1963), c'est en ces termes qu'il interpella ses pairs:

 

« Que cherchons-nous à réaliser ? Cherchons-nous à réaliser des Chartes conçues dans le style de la Charte des Nations Unies, dont les décisions sont prises sur la base de résolutions dont, par expérience, nous savons qu'elles sont parfois ignorées par certains Etats membres?...

Ou a-t-on l'intention de faire de l'Afrique une sorte d'Organisation des Etats Américains...? Est-ce là le genre d'association que nous voulons pour l'Afrique Unie dont nous parlons tous avec tant de sentiment et d'émotion ?

...L'Unité africaine est avant tout un royaume politique qu'on ne peut gagner que par des moyens politiques. Le développement économique et social de l'Afrique procédera de cette réalisation politique; l'inverse n'est pas vrai.......

A moins que nous ne réalisons l'Unité africaine maintenant, nous qui siégeons ici aujourd'hui, seront les victimes et les martyrs du néocolonialisme » (voir Addis-Abeba, Mai 1963: Conférence au sommet des pays indépendants Africains, éd. présence Africaine, Paris).

 

       Il n'y a pas de doute, Nkrumah avait une vision claire de l'Unité africaine et des dangers qui menaçaient et qui menacent les divers Etats africains dans leur isolement.

      Mais comment un homme comme lui, avec un esprit aussi pénétrant a pu croire un seul instant que l'Unité africaine pourrait se réaliser par en haut, entre chef d'Etats, parmi lesquels certains comme Houphouët se sont jurés de faire prévaloir leur égoïsme national?

      L'Unité de l'Afrique par en haut, l'OUA, est devenue un syndicat des chefs d'Etats en lutte contre les peuples, ceux-là même qui avaient et qui ont le plus intérêt à cette unité africaine.

      La charte  et les résolutions de l'OUA à l'instar de la Charte  et des résolutions des Nations Unies sont continuellement bafouées (Cf., les diverses résolutions sur l'Afrique Australe,  la question de la session du Biafra, celle du Sahara Occidentale, le principe de l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation, etc., etc.).

 

       Il faut aussi rendre hommage à ce grand savant africain qu'a été Cheik Anta Diop, qui a aussi jeter les fondements économiques et culturels d'une Afrique une et indivisible.

       Nombre de ces ouvrages sont édifiants, tant ils établissent de façon irréfutable que l'Unité africaine est nécessaire et possible:

       - Nations nègres et cultures (1954, 1979, éd. Présence Africaine)

    - L'Afrique noire précoloniale: Etude comparée des systèmes politiques et sociaux de l'Europe et de l'Afrique, de l'antiquité à la formation des états modernes (1960, 1980, éd. Présence     Africaine)

      - L'Unité culturelle de l'Afrique noire (1960, éd. Présence Africaine)

     - Les Fondements économiques et culturels d'un Etat fédéral d'Afrique noire (1960, éd.        Présence Africaine)

    - Antériorité des civilisations nègres: Mythes ou vérité historique (1967, éd. Présence Africaine)

     - Parenté génétique de l'Egyptien pharaonique et des langues négro-africaines (1977, Dakar —IFAN-NEA)

    - Civilisation ou Barbarie: Anthropologie sans complaisance (1981, éd. Présence Africaine).

 

      Un extrait de son livre Les Fondements économiques et culturels d'un Etat fédéral d'Afrique Noire, nous instruits sur les prétentions que se donnent aujourd'hui, certains « père vénérés des indépendances »:

 

« C'est en février 1952, alors que j'étais Secrétaire Général des étudiants du RDA, que nous avons posé le problème de l'indépendance politique du Continent Noir et celui de la création d'un futur Etat fédéral (« Vers une idéologie politique en Afrique Noire », paru dans la « Voix de l'Afrique Noire », organe des étudiants du RDA, Paris, février 1952).

(...). Il est certain qu'à l'époque, les députés malgaches et le leader camerounais Ruben Um Nyobé mis à part, aucun homme politique africain francophone n'osait parler d'indépendance, de culture, oui de culture et de Nations africaines. Les déclarations qui ont cours aujourd'hui à ce sujet, frisent l'imposture et sont, pour le moins, des contrevérités flagrantes » (Op.cité, P.6, éditions de 1974).

    

       C'est sur cette note qu'il faut passer à la responsabilité des patriotes et révolutionnaires africains qui tout en étant attachés à l'idée de l'unité africaine, l'ont conditionné au choix du socialisme comme fondement de l'Afrique unie.

      Les Africains, patriotes et révolutionnaires conséquents, regroupés au sein d'organisations politiques continentales (PAI, UGTAN, FEANF, etc.), ont lutté pour l'indépendance de l'Afrique unie. Ils ont contribué activement à la mobilisation des masses africaines pour faire échec à ceux qui se refusaient à l'idée de l'indépendance (le RDA notamment depuis son fameux « repli tactique »).

      Le mouvement anticolonialiste a favorisé l'acquisition des indépendances politiques, parce qu'il s'est enraciné dans la masse africaine. Celles-ci ont été éveillées à la conscience par les exactions du colonialisme, et les mouvements anticolonialistes ont trouvé un terrain réceptif à l'idée de l'indépendance. Les masses mobilisées, ont partout bravé la répression colonialiste en exigeant l'indépendance. Le mot d'ordre d'indépendance a été clamé dans toutes les profondeurs du continent. Et c'est la poussée des peuples africains ainsi mobilisés, qui a contraint la France, pour ce qui concerne les colonies française, a « donner » l'indépendance.

Mais pouvait-elle faire autrement, en s'inscrivant à contre-courant de l'histoire? Le foyer de résistance algérien dans laquelle la France se débattait, faisait craindre de voir la rébellion se généraliser sur tout le continent.

       Un autre facteur non négligeable qui a été favorable à l'indépendance des pays africains, c'est la position des Etats-Unis d'Amériques et celle de l'Union des républiques socialistes soviétiques. Ces deux puissances développèrent pour des raisons différentes des principes attachées à l'émancipation des colonies.

       C'est pourquoi, contre le vœu de certains hommes politiques africains, le général De Gaulle décida le 13 décembre 1959 d'« offrir l'indépendance à qui la voulait ».

      Mais avec la constitution de ces micro-Etats devenus indépendants, que devint la stratégie pour parvenir à l'unité africaine.

        Pour les nouveaux dirigeants de ces jeunes républiques, l'OUA fut la réponse donnée.

       Quelle fut la réponse des patriotes et révolutionnaires africains, eux qui ont véritablement souhaité et œuvré pour l'indépendance véritable d'une Afrique unie ?

       L'influence de la doctrine marxiste-léniniste, ou l'option de cette doctrine, conduisit à l'adoption de la stratégie qui consiste à ce que chaque prolétariat en finisse d'abord avec sa propre bourgeoisie, pour permettre les retrouvailles fraternelles et universelles de tous les ouvriers du monde.

        Concrètement,  l'Unité africaine pour les marxistes africains, c'est l'édification de l'Union des Républiques Socialiste d'Afrique. A l'intérieur de chaque micro-Etat, les patriotes organisés devraient s'investir à ériger la classe (ouvrière) dont il représente les intérêts, en une classe au pouvoir. Chaque Etat ainsi libérée de la domination des classes bourgeoises dont les intérêts se confondent à ceux des puissances colonisatrices, pourrait marcher à la réalisation de l'Union des Républiques Socialistes. Telle est la démarche dans ses grands traits.

         L'Unité africaine, est conçue à la suite de Nkrumah, comme une unité politique. Ce qui est incontestable.

      Mais aussi, comme une unité idéologique qui pose le dilemme entre capitalisme et socialisme. Tout développement des Etats africains est impossible dans le cadre du système capitaliste mondial. Le salut est dans la rupture, la déconnexion d'avec ce système et l'intégration dans le système socialiste (mondial !).

       C'est ce qui nous conduit à affirmer que la question de l'unité africaine fut rejetée aux oubliettes. Il suffit de constater à travers les programmes politiques des partis qui ont adhéré à une telle stratégie, la place que tient la question de l'Unité Africaine: deux à trois lignes tout au plus, si ce n'est une simple omission.

       Ce qui devrait être posé comme une condition nécessaire à l'indépendance économique, à l'indépendance complète des peuples africains, est devenu une conséquence, un aboutissement.

      Et c'est là que se situe le fourvoiement de toute une génération qui aurait pu prendre à charge et le mener jusqu'au bout la bataille pour la seconde indépendance, pour l'indépendance tout court.

      Combien d'énergie, de  vies humaines ont été dépensées pour une perspective lointaine tellement lointaine qu'elle devient utopique.

      La critique de notre engagement communiste a été faite dans le Rapport de Synthèse issu du congrès extraordinaire de notre Parti.

      Il découle des analyses contenues dans ce rapport, que le socialisme ne peut être envisagé comme système d'organisation économique et sociale, dans l'état actuel de nos sociétés.

      L'avènement du socialisme, si tant est qu'un jour cela est rendu possible, ne peut être envisagé qu'au sein des sociétés hautement  industrialisées.

     Le rapport  de Synthèse issu du Congrès Extraordinaires, a situé les causes de la mésaventure qu'a connues le socialisme dans les pays de l'Europe de l'Est et ailleurs, dans le fait que ce sont les pays les moins préparés à une telle expérience qui l'ont tenté. Les congressistes, sont partis des textes fondamentaux des fondateurs (Marx, Engels et Lénine) de la doctrine socialiste, pour établir ces conclusions.


  « On a espéré que le socialisme naisse des entrailles des sociétés industrialisées les plus développées, là où sa gestation était arrivée à maturité, mais il est venu au monde pourrait-on dire, prématurément, là où les conditions de l'enfantement n'étaient pas des plus favorables » (P.25, Rapport de Synthèse du Congrès extraordinaire du P.D.S., 2è édition)

  « Le socialisme, affirment ces fondateurs, ne peut trouver son terrain de prédilection dans les pays à économie arriérée. Leur but n'était pas de restaurer le communisme primitif. Dans un pays où les forces productives sont insuffisamment développées, un développement de ces forces entraîne nécessairement une différenciation au sein de la société en classes. Il faut un très haut niveau de développement des forces productives — et seul le capitalisme l'a rendu possible — pour que le socialisme soit un véritable progrès à même d'éviter la dégénérescence bureaucratique »(Ibid, P.26)

 

« Il nous faut par conséquent, réviser nos stratégies conçues dans une perspective socialiste, dont les conditions matérielles et spirituelles de réalisations ne sont réunie qu'au sein des seuls pays hautement industrialisés. En effet, plus un pays a acquis un niveau de développement appréciable de ces forces productives, plus ses richesses sont grandes, plus il est proche du socialisme. Et aujourd'hui, les Etats occidentaux élargis à ceux des Etats-Unis d'Amérique et au Japon, sont ceux qui réunissent les conditions matérielles et spirituelles de réalisation du socialisme. Lorsque ces pays développeront une économie dans le sens d'une plus grande socialisation des moyens de production et des moyens de distribution des revenus, les pays retardataires comme le nôtre, ne sauraient résister à l'attrait du socialisme.

Le socialisme c'est l'abondance de la richesse et non la socialisation de la misère »(Ibid., P.13)

 

      La déconfiture des régimes socialistes est venue confirmée le bien fondé des analyses  faites lors de la tenue du Congrès Extraordinaires de notre Parti.

Conscients de toutes ces difficultés à envisager l'avenir en terme de socialisme, faut-il se résoudre à subir impassible la domination du système capitalisme avec ses méfaits ?

      Ne faut-il, pas comme le préconisent certains, que les africains puisent dans leur patrimoine socioculturel, pour construire un système politique, économique et social qui rompt avec le matérialisme occidental dans ses deux avatars que sont le capitalisme et le socialisme. Si c'était si simple !

     Ce n'est pas le lieu pour débattre de toute l'étendue de ce dilemme. Afin de bien définir le champ de la discussion sur la nécessaire question de l'unité africaine, il nous faut cependant marquer des jalons, pour éviter que l'arbre n'arrive à cacher la forêt.

      Analysant l'évolution de la société burkinabè dans sa composante paysanne et ouvrière, le Rapport de synthèse du Congrès Extraordinaire de notre Parti, le Parti de la démocratie Sociale (PDS), note:

  « Ce que tout cela prouve, c'est que le mode de production capitaliste est un progrès par rapport au système d' exploitation des propriétés parcellaires issues de la décomposition progressive de la commune rurale. Et qu'il est illusoire de vouloir le dépasser lorsque toute une parte importante de la population voit en lui son salut.

    Dans un tel  contexte, l'évidence du progrès que constitue le capitalisme, ne doit pas être entendu du point de vue seulement de la perspective du développement historique, mais aussi et surtout en tant que générant une amélioration matérielle et culturelle (C'est-à-dire, ouverture d'esprit et élargissement des connaissances liées à la technologie moderne).

    Et nous voilà confrontés à trouver l'équilibre entre un présent dépassé au regard des perspectives d'avenir que l'évolution des autres peuples nous permet d'envisager, et un passé encore vivace, qui aspire au statut du présent que nous ne supportons plus.

    C'est ce qui arrive lorsque les dimensions du temps s'estompent dans un monde qui s'organise au sein d'un espace unique, unifié par l'universalité dominatrice d'un système qui a pour nom, capitalisme » (Ibid., P.11).

 

       Loin d'être une apologie du capitalisme, il s'agit pour nous de ne pas nous comporter comme une autruche qui s'enfonce la tête dans le sable pour se refuser de voir.

       C'est pourquoi, aussi louable que soit la volonté de soustraire nos sociétés de l'ère de domination du capitalisme, il n'en demeure pas moins que c'est un effort vain. Et cela depuis que le capitalisme s'est érigé en système universel de production, le premier du genre, battant en brèche les murailles de Chine et autres valeurs communautaires même chez les pygmées de la forêt équatoriale, les boschiman ou saan de l'Afrique australe. Qu'un peuple ose résister à sa conquête et il est rayé de la surface de la terre et ce ne sont pas les arguments qui manquent aux chercheurs de profits et d'or. Aujourd'hui encore plus qu'il y a un siècle. Parce qu'aujourd'hui, ce n'est pas le marchand du commerce triangulaire, ni l'explorateur au casque colonial, ni le prêtre blanc qui amène la bonne parole après que la lame et la poudre aient accompli leur œuvre de soumission. Tous ses agents de la pénétration du capital sur le continent ont aujourd'hui leurs équivalents qui se recrutent au sein de notre société et que des liens invisibles lient à la métropole. Il faudrait par conséquent passer sur leur corps, pour opérer un retour à un système qui tire essentiellement ses valeurs dans nos traditions ancestrales.

      Il est certainement  désolant de voir qu'au fur et à mesure que l'homme s'individualise dans ce processus que l'on appelle la civilisation, il se dépouille des valeurs qui lui garantissaient de vivre en harmonie non seulement avec ses semblables au sein de la société  mais aussi avec la nature. Sa volonté d'être le conduit dans sa quête de domination de la nature à se soumettre ses semblables. Ce premier pas accompli, la nature est constamment violée, jusqu'au point où l'équilibre écologique est remis en cause. Il devient louable de souhaiter au rétablissement de cette harmonie primitive. Mais comment y parvenir? C'est là que se situe le noeud du problème. Les uns proposent la négation dialectique, les autres se complaise dans la nostalgie d'un passé à jamais révolu.

       Sans réfuter la négation dialectique de la réalité présente, nous voulons nous donner une ambition plus modeste d'oeuvrer à la création des conditions matérielles et spirituelles sans lesquelles cette négation se réduirait une négation subjective.

       Quelqu'un disait, qu'on ne pouvait libérer les hommes tant qu'ils ne sont pas en état de se procurer complètement nourriture, logement et vêtement en qualité et en quantité parfaites. La libération disait-il, est un fait historique et non un fait intellectuel, et elle est provoquée par des conditions historiques, par l'état de l'industrie, du commerce, de l'agriculture, des relations....

      Ce qu'il faut remettre en cause, et cela nous est possible, ce sont les conditions dans lesquelles le capitalisme opère chez nous. Nous sommes enchaînés à son système de fonctionnement, comme une excroissance, accompagnant son progrès sans y participer.

Il nous faut nous approprier son mécanisme de fonctionnement pour nous en rendre maître. Cesser d'être la périphérie et nous ériger en un centre autonome.

      Et c'est là, comme nous n'avons cessé de le répéter à la suite de Frantz Fanon, où la bourgeoisie africaine a failli. Elle n'a pas voulu et ne pouvait pas nationaliser le capitalisme, malgré son égoïsme national exacerbé quant il s'agit de conserver ses privilèges au prix de compromettre le devenir de tout un peuple. Les bourgeoisies africaines ne se trouvent que l'ambition de se faire intermédiaire.

 

« Comme on le voit, écrit F. Fanon, il ne s'agit pas d'une vocation à transformer la nation, mais prosaïquement à servir de courroie de transmission à un capitalisme acculé au camouflage et qui se pare aujourd'hui du masque de néocolonialisme. La bourgeoisie nationale va se complaire, sans complexe et en toute dignité, dans le rôle d'agent d'affaires de la bourgeoisie. Ce rôle lucratif, cette fonction de gagne-petit, cette étroitesse de vue, cette absence d'ambition symbolisent l'incapacité de la bourgeoisie nationale à remplir son rôle historique de bourgeoisie. L'aspect dynamique et pionnier, l'aspect inventeur et découvreur de mondes que l'on trouve chez toute bourgeoisie nationale est ici lamentablement absent. Au sein de la bourgeoisie nationale des pays coloniaux, l'esprit jouisseur domine »

 

         Tous les pays qui ont éprouvé le système de production capitaliste, ont commencé par ce défendre de l'emprise du voisin chez qui le système avait atteint la maturité: C'est le cas  au XIXe siècle de la France vis-à-vis de l'Angleterre, c'est le cas de l'Amérique du Nord vis-à-vis de l'ancienne métropole colonisatrice, l'Angleterre, c'est le cas du Japon vis-à-vis de l' Europe et des Etats-Unis.

     Le mode de production capitaliste est contradictoire en lui-même et opère contradictoirement. Pour être universel, il commence par se forger des barrières nationales afin de s'affermir le pied pour ses projets d'expansions.

        L'expérience du capitalisme  en Afrique ressemble à une prostituée qui va et vient, et que tout le monde reçoit sur sa couche, la gratifiant d'une nuit de caresse, sans lui faire d'enfant. Et qui après avoir flâné, se retrouve vieillie, mal famée incapable de susciter le moindre désir, et abandonnée à son triste sort et ne pouvant qu'espérer la charité de ses amants d'hier, n'ayant plus rien à offrir en échange, elle ne peut que s'adonner à la mendicité, à la bienveillance des autres.

        Fille d'occident il nous faut la marié, l'aimé, la mettre en confiance, avant de la laisser au contact d'autres hommes, assurés alors de sa fidélité, nous n'aurons pas à craindre qu'elle nous abandonne au profit du premier venu après nous avoir dépouillé de tous nos bien.

 

        Il est par conséquent possible aujourd'hui de trouver une idéologie commune pour le projet d'unification des Etats africains. Fini, le temps où il fallait nous entre-déchirer entre partisans du libéralisme, et partisans du socialisme. Chacune des options a fait sar preuve. Le premier à défaut d'être mis en œuvre  avec une volonté d'indépendance économique a conduit à la banqueroute des Etats. Le second, ou n'a jamais pu triompher, ou ses parodies ont lamentablement échoué.

       De part et d'autre il existe des hommes qui aime leur pays et qui sont dévoués à leur peuple, nourrissant  pour lui de grandes ambitions.

       Faisant le point en toute sincérité de leurs engagements respectifs, il serait surprenant qu'ils n'aboutissent à la même conclusion qui est la notre: l'idéologie de la seconde indépendance.

        Cette idéologie, si on devait la définir positivement, se caractériserait par les traits suivant:

      - Volonté d'indépendance totale;

      - Développement de l'économie libérale sur une toile de fond de l'africanité (les japonais ont  bien su se développer sans pour autant perdre leur identité culturelle. Bien au contraire, leur patrimoine culturelle a joué un rôle majeur dans la suprématie qu'ils ont acquise.)

 

  « Les peuples africains tout en étant conscients qu'ils sont contemporains aux peuples de l'occident, sauront, à ne pas en douter, procéder à la synthèse de leur passé et de leur présent pour concevoir un avenir dont la physionomie saura conserver les traits de leur civilisation, enrichie des apports des autres civilisations » (P.28, Rapport de Synthèse du Congrès Extraordinaire du P.D.S., 2è édition)

 

    Donc, mus par la stratégie de rupture d'avec le système capitalisme,  les révolutionnaires ont subi la logique du nationalisme bourgeois. Ainsi des organisations à dimension continentale tel le PAI, se sont nationalisées, et ont fini par rompre toute relations de collaboration entre elles, les spécificités nationales l'ont emporté sur l'universalité africaine.

       La FEANF a été la seule Organisation à se maintenir deux décennies durant par dessus les divisions nationales. Ceci, le temps où les conditions « subjectives » (la victoire sur le « révisionnisme ») furent réunies pour l'apparition d'Organisations et de Partis politiques dits d'avant-garde (PCD, ULC, PCRV, etc.).

       A son 33e Congrès, le cadre panafricain de la FEANF, fut déclaré historiquement dépassé. Et ce fut là une erreur fondamentale, même si cela correspondait à la réalité objective, et de l'état d'esprit qui prévalait au sein des étudiants de chaque pays africains qui se réfugiaient derrière leurs spécificités nationales respectives. Il eût fallu oeuvrer à nier subjectivement ces « réalités spécifiques »  pour continuer de faire prévaloir l'universalité des peuples africains.

       Il arriva qu'à l'intérieur de chaque Etat africain, les révolutionnaires organisés au sein de partis politiques, reléguèrent au second plan la question de l'unité africaine, aveuglés par la stratégie d'en finir avec les classes réactionnaires nationales respectives. Telle est la source de leur faiblesse respective et la source de la pérennité au pouvoir de ces classes réactionnaires.

         La « fin des idéologies », en cette fin de siècle, est un coup de boutoir contre ces forces qui sont condamnées à végéter, s'ils ne régénèrent une idéologie (celle de la seconde indépendance) à même de raviver la conscience à la liberté de la jeunesse africaine.

       Que ce soit du point de vue des masses africaines, que du côté des classes gouvernantes, le mouvement de démocratie qui a pris son essor sur le continent, se trouve hypothéqué sans la perspective d'union des peuples africains.

        Voulons nous, diriger ce mouvement démocratique et conduire à terme l'aspiration des peuples africains à la liberté, ou devenons nous être à la traîne des événements dans une attitude d'opposition stérile ?

       Tels sont les termes dans lesquels se pose la perspective d'avenir des peuples africains. Perspective à la quelle il faut donner une solution de résolution.

       C'est cette préoccupation qui ressort nettement dans le Rapport de Synthèse du Congrès Extraordinaire de notre Parti, lorsqu' il est écrit :

 

« Il nous faut par conséquent, réviser nos stratégies conçues dans une perspective socialiste, dont les conditions matérielles et spirituelles de réalisation ne sont réunies qu'au sein des  seuls pays hautement industrialisés ».

 

 

III

 

Pour l' Organisation des Peuples d' Afrique

 

  •   Notre parti, le Parti de la démocratie sociale (PDS), conscient de ce devenir historique, doit se faire le pionnier en plaçant cette préoccupation au premier plan.

Quelque soit la pertinence du programme politique que nous élaborerons pour la résolution des maux de la société burkinabè, il ne serait efficace que s'il s'inscrit dans la perspective d'un Etat unitaire de l'Afrique.

Notre programme aujourd'hui, doit mettre l'accent sur les points suivants:

             

- La formation de nos militants afin qu'ils deviennent des défenseurs conscients de la nécessité de la Fédération des Etats africains pour pouvoir le traduire au sein des masses.

C'est la raison pour laquelle, je me suis étendu sur les repères historiques. La direction de notre Parti, doit sans perdre de temps, animer l'éveil d'une vie intellectuelle autour de cette question.

Il ne faut jamais oublier, que notre force a toujours été notre capacité à percevoir clairement et lucidement les événements et à élever la conscience et l'approche intellectuelle de nos militants à la dimension de ces événements. Cette unité et cette force théorique qui a été le nôtre doit se consolider surtout dans une période de désarrois morale et intellectuelle comme celle que nous connaissons.

Il nous faut faire l'unité autour de cette question, pour agir ensemble comme un seul homme.

 

  •  Fort de cette unité,  notre parti doit oeuvrer à asseoir toutes les forces de progrès de notre pays, qu'elles soient partie prenante du pouvoir actuel ou non, afin de les amener à partager ces vues, et à œuvrer ensemble à la création d'une seule Organisation qui se voudra section burkinabè de l'Organisation des Peuples d'Afrique (On pourrait trouver une autre dénomination. c'est le fond qui importe).

La portée de l'unité africaine dépasse les dissensions internes. Et personne ne peut douter que c'est une cause plus grande que la cause de faire revivre le « Sankarisme ». Ou pour être plus précis, le « Sankarisme », ne mérite d'être défendu que s'il s'inscrit dans une perspective plus grande qui l'englobe.

Si à l'intérieur de chaque pays africains, les partisans de l'unité africaine n'arrivent pas à transcender leurs propres dissensions, comment parviendront-ils à éviter que des dissensions plus grandes, parce qu’à dimension inter-africain, n'entrave leur action.

Sur le plan du Burkina Faso, il faut se rendre à l'évidence, que si notre parti  a une « politique » dont il n'a pas les moyens, il existe d'autres forces (l'ODP/MT notamment) qui n'ont pas la politique de leurs moyens. Que ceux qui ont la « Politique » et ceux qui les moyens unissent leurs avoirs, afin que la politique ait les moyens sans lesquels, elle reste lettre morte et afin que les moyens aient une politique sans laquelle ils ne conduisent qu'à une concupiscence, une dégénérescence, sans grande ambition pour le peuple.

 Aussi, le PDS, doit avoir l'initiative d'une table ronde autour de laquelle pourraient être réunis les  partis qui adhèrent à cette perspective, la seule vraie, pour l'émancipation de notre peuple et des peuples africains.

Un document exprimant nos vœux pourra à la suite de cette table ronde, distribué à tous les partis pour une discussion en leur sein.

Afin que le peuple ne soit pas tenu à l'écart de ces tractations, une publicité doit se faire à travers la presse.

Ce n'est pas un rêve, ce n'est pas une utopie, que tout cela. Il faut se convaincre, que tous les partis politiques de notre pays se trouvent dans l'impasse. L'unité de « gauche » préconisée par certains, se trouve dans un cul de sac: unité de quelle gauche ? autour de quoi ? De quel idéal ?

Notre proposition est la sortie de l'impasse, le chemin de l'espoir. C'est pourquoi il faut croire, qu'elle se réalisera.

L'Organisation des Peuples d' Afrique / Section du Burkina Faso  se fera, avec les organisations et partis politiques qui en sentent la nécessité.

Même si le PDS, se retrouvait à être le seul parti, qu'elle se considère comme la section burkinabè de la future Organisation des Peuples d'Afrique(OPA).

 

  • La section burkinabè de l'OPA, après avoir élaboré un manifeste à l'adresse de tous les partis et organisations politiques des divers pays africains, doit établir le contact avec les partis favorables au contenu du Manifeste, et convoquer la première conférence  à Ouagadougou pour la création de l'OPA.

       Je sais que de nombreux partis au Mali, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, sont acquis à ces thèses, mais faute de moyen et d'initiative, restent dans l'expectative.

      Nous avons la chance au Burkina Faso, du fait de la révolution du 4 Août, de bénéficier d'un capital de confiance au sein des masses africaines. C'est l'occasion pour le président Blaise Compaoré de se concilier avec tous ces patriotes africains en favorisant le début de réalisation d'un discours qui dépassera celui de Thomas Sankara. C'est l'occasion pour lui, s'il a de grandes ambitions, d'inscrire son nom aux côtés d'homme illustres que les générations actuels et à venir continueront de vénérer, tels Nkrumah, Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Cheik Anta Diop.

       Même sur le plan intérieur, c'est l'opportunité pour lui de réunir autour de lui toutes les forces vives et saines, pour un grand projet. Car il ne peut se tromper sur la force réelle de l'ODP/MT, malgré les résultats obtenus au cours des dernières élections. Ce qui a été obtenu par l'argent et les corruptions diverses, sera déconfit par l'argent et la corruption. Mais ce qui a été obtenu par la force de l'idéal demeure immortel.

 

  • L'OPA, ainsi constitué et oeuvrant pour s'implanter dans les masses de chaque pays, concrétisera l'idée de la Fédération des Etats d'Afrique. Qu'on se souvienne du fait qu'une fois que l'idée de l'indépendance ait gagné toutes les brousses d'Afrique, il fut devenu impossible pour les colonisateurs de maintenir leur empire. La poussée des masses a contraint même ceux qui ne voulaient pas l'indépendance, à la prendre.

 Et lorsque le mot d'ordre de la seconde indépendance (qui passe par l'Etat  Fédéral d'Afrique) aurait gagné les brousses d'Afrique, les gouvernants attachés au micro-nationalisme verront leur fin de règne.

C'est un rêve. Mais il nous faut rêver. Et lorsqu'on nous rêvons ensemble, notre utopie deviendra une réalité.

 

  • Dans ces négociations avec les divers partis au Burkina Faso, pour la création de l'OPA, c'est l'occasion pour le PDS d'exiger la réparation des torts subis:

- l'organisation des funérailles de notre camarade Guillaume Séssouma, et la prise en charge de l'éducation de ses enfants.

- le retour des camarades exilés et leur réinsertion sociale;

- etc.

 

 

 

Valère D. SOME

 


[1] . Parti de la démocratie sociale qui est une évolution que nous avons fait subir à l’ULC-R en 1990.



24/10/2011
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