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On ne rentre pas pour rentrer dans un gouvernement, fût-il d’union nationale

On ne rentre pas pour rentrer dans un gouvernement,

 fût-il d’union nationale

(Article paru dans « L’Indépendant » n° 309 du 10 août 1999)


Voilà depuis une semaine que le « Collège de Sages » a rendu public son rapport. En attendant que les divers protagonistes ( le Président Blaise Compaoré d’une part, le Groupe du 14 février et le Collectif des Organisations de masse et des partis politiques, d’autre part) se prononcent sur son contenu et se déterminent quant à leur engagement vis-à-vis du contenu de ce rapport, les rumeurs les plus folles sont entretenues dans la ville.

De tout le riche contenu de ce rapport, l’idée d’un Gouvernement d’Union Nationale semble avoir été celle qui a le plus fixé l’attention de nos compatriotes.

A partir de cette idée les projections de toutes sortes sont formulées : telle ou telle personnalité aurait été contactée pour faire partie du gouvernement ; l’opposition revendiquerait tel nombre de postes, etc. ; il y a des dissensions au sein du Groupe du 14 février entre ceux qui sont disposés à prendre part à un tel gouvernement et ceux qui s’y refusent.

C’est au regard d’une telle psychose quant à l’éventuelle participation de l’opposition au gouvernement, que nous nous proposons de faire partager ces quelques réflexions :

Comme nous l’avons affirmé, le rapport du « Collège de Sages » a été un véritable pavé dans la mare, tant par l’audace de ses auteurs que par la richesse de son contenu.

Les « Sages » ont véritablement osé. Cela est indéniable, même si, sur certains points, il est possible de leur faire quelques griefs.

Ainsi, entend-on dire, qu’ils auraient dû exiger la démission de Blaise Compaoré.

Je pense que c’est trop demandé à nos « Sages ». Les « Sages » ne pouvaient pas tout faire pour ne rien laisser à faire, au Groupe du 14 février et aux autre composantes de l’opposition.

Je leur reproche, quant à moi, dans l’examen qu’ils ont fait des divers régimes qu’a connu notre pays, de s’être laissé abuser par quelques esprits revanchards en leur sein (vous suivez mon regard !) sur la période particulière du CNR. Mais j’aurai certainement l’occasion d’y revenir un jour.

Quoi qu’il en soit Bravo au « Collège de Sage ». Ils ont surpris agréablement.

 Quant à l’idée de constitution d’un Gouvernement d’Union Nationale qui semble cristalliser les esprits, j’ose affirmer qu’il constitue, et de loin, l’idée la moins importante de tout ce que le « Collège de Sages » à eu à proposer. Car, avant qu’on n’y arrive (si on y arrive jamais !) il y a la mer à boire.

Nul ne saurait oublier que la crise actuelle, que le rapport des « Sages » se proposent de solutionner, est apparue au grand jour, suite à l’assassinat de Norbert Zongo. Et je crois que ce n’est pas par hasard que les premières propositions des « Sages » ont porté sur la refonte de notre système judiciaire.

Il va donc falloir que les différents acteurs, appelés à se réconcilier, s’accordent d’abord sur le jugement à donner à cette affaire : quelle instance, quels hommes seront crédités de « vertus d’intégrité et de droiture morale » nécessaire pour juger de l’affaire  et selon quelles modalités ?

A ce sujet je proposerai volontiers qu’il soit institué un TPR, un Tribunal Populaire non de la Révolution (on m’y attendait !) mais de la République avec la possibilité pour les accusés d’assurer leur défense par l’assistance d’avocats assermentés.

Sous la IVe République nous ne sommes pas en matière d’institution exceptionnelle, à une exception près.

Les juges doivent être pris du consentement des parties, après que les récusations aient été rendues possibles.

C’est dire donc, pour être bref, qu’il y a d’abord un certain nombre de préalables ( par exemple l’arrestation de tous les suspects sérieux) à solutionner d’un commun accord entre les diverses parties, avant même que d’envisager l’idée d’un Gouvernement d’Union Nationale.

Qu’on cesse donc de nous divertir avec cette idée.

Tout parti politique qui lutte vise à accéder au pouvoir afin de pouvoir mettre en application son programme. On n’est mieux servi que par soi-même. On ne saurait donc, a priori, rejeter l’idée d’une participation à un Gouvernement d’Union Nationale. Ce serait tout simple infantile. Mais afin de ne pas se laisser piégé, on doit d’abord s’accorder sur le programme qu’un tel Gouvernement sera amené à conduire. On (en tout cas, pour toute personne sérieuse ou pour tout parti sérieux ) ne rentre pas pour rentrer dans un gouvernement.

La vigilance s’impose donc, pour que la diversion ne conduise à des dissension dans les rangs de l’opposition.

En attendant d’analyser plus profondément le rapport du « Collège de Sages », il est en effet opportun de méditer avec le Président Blaise Compaoré sur les propos du sage Qohélet, fils de David, dans l’Ecclésiaste. Il y a en effet écrit :

« Tout ce qui se produit sur la terre arrive en son temps. (...) ; Il y a un temps pour mourir... ; un temps pour tuer, un temps pour soigner les blessures... ;Il y a un temps pour se taire et un temps pour parler... ; un temps pour la guerre et un temps pour la paix. » (Alliance Biblique universelle :1989, 3, 1-8, p.1078)

Mais le sage de l’Ecclésiaste, s’il vivait aujourd’hui au Burkina Faso parmi nous, aurait certainement ajouté,  à l’intention de ceux qui nous dirigent

« Il y a un temps pour tout faire impunément , mais il y a un temps pour rendre compte ; Il y a un temps pour régner, et un temps pour démissionner »

 

Dr Valère D. Somé

Attaché de Recherche

INSS- CNRST

Ouagadougou.



24/10/2011
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