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Nkrumah : une politique pragmatique sur la question de la chefferie coutumière

Nkrumah : une politique pragmatique sur la question de la chefferie coutumière.

[Extrait de « L’Afrique doit s’unir ». Ed. Présence africaine. 1994, pp.108-109]

 

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[p.108]

« (…) 

    Dans une société qui se prépare à faire le bond entre le  retard pré-industriel et le développement moderne, il y a des forces traditionalistes qui peuvent freiner le progrès. Certaines doivent être impitoyablement coupées à la racine, tandis que d'autres peuvent être conservées et adaptées aux besoins nouveaux. Les chefs tiennent dans la société ghanéenne une place telle que les supprimer par la force créerait dans la texture sociale des lacunes qui risqueraient d'être aussi dangereuses que le maintien d'autres traditions, moins adaptables. La constitution tient le plus grand compte de tout cela, et la Déclaration de principes dit que « la fonction de chef doit être maintenue au Ghana, car elle est traditionnelle dans la loi et dans l'usage ». Je sais parfaitement qu'une partie de l'opinion tient cette fonction pour un anachronisme, mais, puisqu'il est possible à l'Asantéhéné     de conseiller aux chefs du conseil d'État de Kumasi « d'évoluer avec leur temps », je crois que nous avons très bien fait de maintenir cette tradition. Un journal[1] écrit que, s'a­dressant à ce conseil le 24 mai 1960, l'Asantéhéné avait dit :

 

A ce stade du développement du pays, il est impossible d'es­pérer qu'aucun chef ghanéen moderne jouira de ses anciens privilèges, y compris le grand nombre de serviteurs. L'Asan­téhéné a observé qu'avec le nombre croissant d'écoles nouvelles dans tous les hameaux du Ghana, les chefs auraient du mal à trouver des serviteurs comme porte-ombrelles.

 

    Au Ghana, un chef sans son porte-parapluie est un phé­nomène impensable. Pour le chef le plus puissant de ce pays, annoncer que, pour permettre à un plus grand nombre de s'instruire, on va retirer aux chefs l'un des principaux symboles de leur fonction, équivaut à annoncer que, sous [p.109] l'influence du progrès social, cette fonction ira en dispa­raissant. Si, entre temps, elle peut être utilisée pour encou­rager les efforts populaires, il semblerait peu avisé de se rendre impopulaire en prononçant sa dissolution légale.

     Nos chefs se sont remarquablement adaptés à ce qui, pour eux, ne pouvait être que des exigences effrayantes nées du bouleversement social impliqué par la nouvelle politique. Nous eussions aimé que d'autres groupes touchés dans leurs intérêts traditionnels se soient adaptés de la même façon.»

 



[1] . Le Daily Graphic d'Accra, du 25 mai 1960.



16/11/2011
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