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Le Prolétaire N° 8 (Mai 1987)

 

Le prolétaire N° 8. Mai 1987

 

 

 

 [L'intérêt de ce document réside en ce qu'il décrit de façon presque prémonitoire  l'opportunisme ambiant qui règnait sous la Révoultion du 4 août au Burkina Faso et qui a abouti à la restauration après l'assassinat du Président Thomas Sankara le 15 octobre 1987.]

 

 

 

 

 

  

EDITORIAL

 

     La période qui s'annonce est  une période qui, aussi bien sur le plan théorique que prati­que, sera très enrichissante pour le processus révolution­naire en général et les militants révolutionnaires en parti­culier. Du point de vue théorique, il faudra savoir appré­hender correctement les difficultés à venir et formuler des propositions adéquates. Du point de vue pratique, c'est-à-dire de la lutte pour les transformations révolutionnaires, les militants révolutionnaires seront confrontés à la résolution de tâches d'une complexité et d'une difficulté insoup­çonnées jusque-là. C'est dire donc que c'est une période qui s'annonce riche d'épreuves au cours de la laquelle nous aurons à subir des échecs mais aussi à enregistrer de nombreuses victoires.

      Jusqu'à présent la révolution a su déjouer les agres­sions extérieures dirigées contre elle. Toutes les énergies ont été mobilisées dans cette lutte au détriment du danger intérieur qu'est l'opportunisme. L'opportunisme dans la révolution participe du processus de restauration qui est la stratégie principale de la bourgeoisie à l'heure actuelle. Dans la poursuite de cet objectif stratégique, la bourgeoisie met en œuvre  diverses tactiques, les unes à la suite des au­tres. Aujourd'hui, elle trouve dans la petite bourgeoisie des auxiliaires qu'elle utilise comme ses chargés de mission. Cela, la Révolution doit en avoir conscience et s'organiser de manière à réserver une réplique conséquente aux tenta­tives bourgeoises de restauration par l'entremise de ses au­xiliaires. La bourgeoisie attaque la Révolution dans tous ses tenants et aboutissants.

      L'ULC (R) en tant qu'organisation qui participe à la consolidation et au développement de la Révolution, n'est pas épargnée par ses attaques.

       Et notre organisation au­jourd'hui qu'elle s'est séparée des détachements de la bourgeoisie en son sein, est à même de contribuer plus effi­cacement à la lutte révolutionnaire des masses et à la failli­te de la stratégie et de la tactique bourgeoises de restaura­tion.

       La parution du n° 8 du  « Prolétaire » atteste, si besoin en était, que l'ULC (R) se porte bien. Quand ça va mal, c'est que ça va bien. Lorsque les réactionnaires, les oppor­tunistes et tous les ennemis de notre organisation pensent que ça va mal pour elle, l'ensemble de ses militants savent que ça va bien. Nous sommes chaque fois méfiants lorsque les opportunistes et les réactionnaires nous apprécient po­sitivement. Et nous nous demandons, qu'avons-nous pu faire qui puisse tant leur plaire ?

       La parution du n° 8 du « Prolétaire » sous ce format et après un long silence marque une phase décisive dans la vie de notre organisation et dans sa capacité à participer efficacement à la lutte révolutionnaire des masses. Lors­qu'une organisation se sépare de ses opportunistes, de ces traîtres, elle ne s'affaiblit pas, elle se renforce. Elle perd en nombre mais se renforce en qualité. Sa cohésion devient plus solide et sa combattivité beaucoup plus grande.

        Dans ces pages, nous nous proposons de faire une sim­ple introduction quant à la contribution que nous aurons à apporter dans la lutte contre l'opportunisme qui devient de plus en plus un phénomène dangereux. Nous sommes convaincus quant à la faillite certaine de l'opportunisme.

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INTRODUCTION A LA LUTTE POUR LA FAILLITE DE L'OPPORTUNISME DANS LA REVOLUTION

        A l'approche de la commémoration de la fête du Travail, toutes les for­ces sociales de notre pays s'activent. La marque parti­culière de la commémora­tion du 1er mai dans notre pays depuis la date histori­que du 4 août 1983, réside dans le fait que les instan­ces du pouvoir s'associent aux travailleurs organisés dans la manifestation.

       Auparavant, la com­mémoration du 1er mai était une action des organi­sations syndicales dirigée contre le pouvoir en place, pouvoir caractérisé d'anti­-travailleurs.

       Aujourd'hui, du fait du processus de la Révolution démocratique et populaire en cours dans notre pays, le Conseil national de la ré­volution et le gouverne­ment révolutionnaire se sont engagés à œuvrer dans l'intérêt de l'immense Majorité du peuple avec la participation de l'immense majorité.

      Si aujourd’hui du fait de l'incompréhension de certaines couches des tra­vailleurs — incompréhension créée par des agents auxi­liaires de la bourgeoisie au sein du milieu ouvrier — l'on assiste à des initiatives dif­férentes pour commémorer un même évènement dont le sens et la portée sont re­connus de tous, il est ce­pendant permis de croire que le temps n'est plus loin où la barrière que l'on a éri­gée entre les travailleurs et le pouvoir s'estompera dé­finitivement. Alors, les tra­vailleurs s'identifiant au pouvoir, le pouvoir étant exercé par les travailleurs, cela marquera l'unification de toutes les forces socia­les du progrès de notre pays engagées dans une bataille commune.

      Notre révolution comme  toute révolution, est un processus de trans­formations sociales. Il arri­ve que dans un tel proces­sus, certains secteurs de la vie retardent sur l'ensem­ble et que certains autres soient trop en avance.

     Seule notre foi en la Révolution, notre engage­ment constant à œuvrer pour l'émancipation des travailleurs des villes et des campagnes, nous per­mettra d'unir tout le mouve­ment pour la réalisation des objectifs de la Révolu­tion.

      On a beaucoup dit et écrit sur le 1er mai. Il impor­te aujourd'hui en revenant sur le thème, d'insister sur les enseignements que les militants révolutionnaires doivent savoir faire leurs, surtout dans un contexte national où l'opportunisme en général et particulière­ment l'opportunisme arri­viste petit-bourgeois prend du poil de la bête. L'opportunisme arriviste petit-bourgeois, un opportunisme de droite, est deve­nu un grave danger qui menace la Révolution d'août. Il nous faut le conju­rer. Aussi, une étude ap­profondie et ce du point de vue tant de la théorie que de la pratique s'impose. C'est une telle étude que nous nous proposons de faire en guise de contribu­tion à la commémoration du 1er mai.

       Chaque pays, chaque peuple est appelé à fêter  cette date en s'inspirant de ses réalités propres et en partant de ses préoccupa­tions essentielles.

       Quelles sont les réalités qui nous sont propres aujourd'hui au Burkina Faso ?

     Pays agricole arriéré, engagé dans une lutte ré­volutionnaire contre la do­mination impérialiste, le Burkina Faso est en pleine mutation économique, so­ciale et culturelle. La lutte de classes qui s'y déroule est une lutte de classes des masses révolutionnai­res. Et le mouvement n'ira de l'avant, ne s'approfondi­ra, qu'en rejetant de son sein les traîtres et les fé­lons, tous ces arrivistes pe­tits bourgeois gagnés à l'in­fluence de la bourgeoisie et qui continuent de cher­cher à tromper les masses.

      Chaque jour qui passe, le militant révolu­tionnaire engagé dans l'ac­tion des masses, se con­vainc un peu plus davanta­ge que les intérêts du pro­létariat et de la bourgeoisie sont si contraires que leurs aspirations ne peuvent co­habiter que pour un temps, mais ne peuvent jamais être unies.

      Il s'en suit que tôt ou tard, le prolétariat devra se séparer de la bourgeoisie et de ses auxiliaires pour former son parti ouvrier.

      Et quelles sont les préoccupations essentiel­les de notre peuple révolu­tionnaire à la veille de ce 1er mai 1987 ?

      Le 4 août 1983, la bourgeoisie réactionnaire a été renversée du pouvoir. Elle n'a pas été battue. Elle n'a pas non plus renoncé à la reconquête de son pou­voir. Elle œuvre dans le noir à la restauration de l'ancien régime. Pour ce faire, elle ne dort pas, elle se déguise en révolution­naire. Elle utilise l'arme de la corruption pour noyauter et gangrener le processus révolutionnaire. Elle trouve un appui au sein des petits bourgeois veules, couards, poltrons et aux appétits dé­mesurés. Elle suscite et entretient l'arrivisme de la petite bourgeoisie pour en faire un allié, un auxiliaire dans son œuvre de restau­ration. Telle est la signification de l'existence de l'opportunisme arriviste de la petite bourgeoisie comme courant politique. L'arri­visme petit bourgeois est un opportunisme achevé, acheté et soudoyé par les « bonnes petites places » et les bons petits placements. Il se développe de façon in­quiétante. Il faut le conjurer ou c'est lui qui détruira la Révolution. Et c'est cela la préoccupation essentielle du peuple révolutionnaire de notre pays à la veille de ce 1er mai.

       L'étude d'un tel phé­nomène devenu aujour­d'hui courant sous la Révo­lution démocratique et po­pulaire, est une arme de plus aux mains de militants sincères et dévoués dont la foi en la victoire de la Ré­volution est inébranlable, dans leur lutte quotidienne contre les affronts conju­gués des divers opportu­nistes qui foisonnent comme des bactéries en champ de culture.

       Pour ce faire, nous de­vons nous poser les ques­tions suivantes :

       - quels sont les ensei­gnements que les militants révolutionnaires doivent avoir à l'esprit chaque fois qu'à l'occasion du 1er mai, les travailleurs du monde entier se réunissent pour affirmer l'internationalisme de leur lutte contre l'injusti­ce, l'oppression et le capi­tal international.

      - Pourquoi faut-il que le 1er mai cesse d'être fêté de façon forma­liste, routinière pour deve­nir une occasion pour les travailleurs d'affirmer leur détermination à lutter pour l'amélioration de leurs con­ditions de vie ?

I- 1er MAI : SIGNIFICATION ET PORTEE INTERNATIONALE DE SA COMMEMORATION

 1.1. Aperçu historique

      C'est au congrès de l'American Fédération of Labor (AFL) tenu au mois de novembre 1884 à Chi­cago qu'apparaît pour la première fois l'idée de faire du 1er mai une journée re­vendicative ouvrière pour l'obtention des « huit heure­s » de travail. Comment cette date qui correspon­dait à une fête locale mar­quant le commencement de l'année de travail pour le louage de service est-elle devenue la journée de tous les travailleurs du monde ?

      Le congrès de l'AFL de Chicago s'était fixé  le 1er mai 1886 comme date limite pour la constitution dans chaque ville du front unique de toutes les orga­nisations syndicales et la communication aux emplo­yeurs d'un contrat-type qui formule les termes de la ré­duction de la journée de travail à huit heures. Lors de ce 1er mai, partout les travailleurs organisèrent d'importantes manifestations sur le mot d'ordre uni­forme :

     « A partir d'aujour­d'hui, nul ouvrier ne doit travailler plus de huit heu­res par jour !

       Huit heures de travail !

       Huit heures de repos !

       Huit heures d'éducation ! »

 

      A Milwaukee, cette journée fut marquée par une tache de sang. Il y eut un affrontement entre les forces de police envoyées sur les lieux et les travail­leurs mobilisés qui n'a­vaient pour arme que leur poitrine et leur foi en la jus­tesse de la cause qu'ils dé­fendaient. Il y eut une fusil­lade et des morts (au nom­bre de neuf) dans les rangs des travailleurs. Cette jour­née sanglante allait être le prélude d'autres journées encore plus sanglantes.

      Ainsi le 3 et le 4 mai à Chicago se produisirent des événements plus tragi­ques encore qui devaient assurer au 1er mai 1886 et à la date du 1er mai en gé­néral un retentissement mondial.

Le capitalisme dans son exploitation sauvage et cruelle, avait réduit l'ou­vrier à la condition d'une bête de somme. Et face aux revendications socia­les des travailleurs, les ca­pitalistes trouvaient que le plomb était la meilleure ré­ponse que l'on puisse leur réserver.

      « La prison et les travaux forcés sont la seule solution possible de la question sociale. Il faut es­pérer que l'usage en de­viendra général » disaient-ils. C'est ainsi que la préservation des intérêts égoïstes pouvaient aveugler les propriétaires capitalistes jusqu'à les ren­dre inhumains.

       7 000 à 8 000 grévis­tes, ouvriers travaillant dans une grande usine de machines agricoles déci­dèrent de se porter à la sortie de l'usine pour mani­fester contre le licencie­ment abusif de 1 200 d'en­tre eux et leur remplace­ment par des «jaunes» (les briseurs de grèves). Ils se heurtèrent aux forces policières. De la foule, dit-on, partirent quelques coups de revolver et une fusillade dans la mêlée s'en suivit. Bilan : plusieurs morts et blessés graves.

        L'indignation des travailleurs ne se fit pas attendre. Elle se traduisit par l'appel suivant :

« La guerre des classes a commencé.

Hier on a fusillé les travail­leurs en face de l'usine MC Cormick.

Leur sang crie vengeance ! Qui pourrait douter que les tigres qui nous gouvernent sont avides  du sang des travailleurs !

Mais les travailleurs ne sont pas des moutons.

A la Terreur-Blanche, ils répondront par la Terreur-Rouge.

Mieux vaut la mort que la misère !

Si l'on fusille les travailleurs, répondons de telle façon que nos maîtres s'en souviennent longtemps. 

C'est la nécessité qui nous fait crier : « aux armes ».

Hier les femmes, les en­fants de pauvres pleuraient leurs maris et leurs pères fu­sillés. Tandis que dans les palais, les riches remplis­saient leurs verres de vins coûteux et buvaient à la santé des bandits de l'or­dre...

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       Séchez vos pleurs, vous qui souffrez !

       Ayez du cœur, esclaves! insurgez-vous! ».

     

        Le mouvement ouvrier étant noyauté par des groupes anarchistes connu des travers, ce qui permit à l'instruction policière de mettre en cause des militants longtemps recherchés et dont on tenait ... à se débarrasser, espérant  ainsi en finir avec le mouvement.

      Le procès de Chicago qui suivit l'arrestation de di­rigeants de milieu ouvrier prononça des condamnations à mort. Ces militants devant leurs bourreaux affirmèrent leur foi inébran­lable à la cause qu'ils dé­fendent, et dont la mort a permis à la cause ouvrière d'avancer ont pour nom SPIES, FIELDEN, NEEBE, FISHER, SCWAB, LINGG, ENGEL et Albert PARSONS.

        Devant leurs bourreaux, ils ont tenu ferme. Face à la menace de mort, ils  se sont pas reniés. Ils se sont plus que jamais assumés.

      Parsons, qui avait pu échapper aux mailles de la police, fit preuve de coura­ge et d'honnêteté vis-à-vis de ses camarades, en se constituant prisonnier le jour de l’ouverture du procès, afin de partager le sort de ses camarades. Il ne re­cula pas et chercha comme il l'a dit à « monter, si c'était nécessaire, sur l’échafaud pour les droits du travail, la cause de la li­berté et l'amélioration du sort des opprimés ».

      Le procès de Chicago fut l'histoire de la condam­nation de militants révolu­tionnas prolétariens. Le langage des représentants d'une classe. C'est un lan­gage différent des propos avec lesquels les « héros » en temps de de paix dans notre pays nous ont assez familiarisés.

Face aux représentants de la classe des capi­talistes, les condamnés de Chicago s'exprimèrent en ces termes :

« Si la mort est la peine qui doit frapper la procla­mation de la vérité, alors, je serai fier d'en payer le prix ! Pendez-moi » (NEEBE)

« Si ma vie, doit servir à la défense des principes du socialisme et de l'anarchie, tels que je les ai compris et dont je crois honnêtement (souligné par nous), qu'ils sont dans l'intérêt de l'hu­manité, je vous déclare que je suis heureux de la donner ; et c'est un très bas prix pour un si grand résultat » (FIELDEN).

« Du fait de la grande et noble cause pour laquelle je m'apprête à mourir, ma route vers l'échafaud sera facile » (FISHER).

 

         Comme ces héros morts pour l'émancipation de la classe ouvrière sont différents des fanfarons de nos jours qui se réclament dignes représentants du Prolétariat burkinabè, se proclament des Marxistes-Léninistes « intègres » mais qui préfèrent être « des héros vivants que des héros morts » !

       Le 20 août 1886, la sentence rendue, condam­na à la pendaison les huit accusés.

De l'aveu même d'un des jurés une fois hors du tribunal, « la pendaison s'explique par le fait que ce sont des hommes trop dévoués, trop intelligents, trop dangereux pour nos privilèges » ; c'est clair !

      SCHAWB et FIELDEN furent graciés et leur peine commuée en prison per­pétuelle.

      NEEBE s'en tira avec 15 ans de prison. LINGG se suicida pensant par cet acte sauver ses camara­des.

        Le 11 novembre 1887, quatre d’entre les accusés furent suppliciés.

        Ils mou­rurent héroïquement, cou­pables d'avoir parlé de justice et de liberté.

        SPIES avant que l'on ne tire sur la corde eut le temps de prononcer ces mots prophétiques « salut temps où notre silence sera plus puissant que nos voix qu'on étrangle dans la mort ».

         Fisher ajouta « voici le plus heureux moment de ma vie ».

        Aujourd'hui, l'on se rend bien compte que le sang versé par ces martyrs de Chicago ne fut pas vain. Aujourd'hui, en jouissant des huit heures de travail par jour, chaque travailleur doit avoir présent à l'esprit que ce fut le résultat de l'action courageuse d'hom­mes qui l'on payé de leur vie. Et que c'est parce que des hommes ont osé af­fronter la mort, que la date du 1er mai est devenu une fête internationale des tra­vailleurs.

        Si aujourd'hui, nos re­vendications ne sont plus les huit heures de travail, et se posent en termes d'in­dépendance économique, de démocratie et de liberté, il n'en demeure pas moins que dans les rangs des op­primés, les « Jaunes » exis­tent, les briseurs de grèves persistent et œuvrent à saper l'action des combat­tants, l'action de ceux qui osent lutter pour vaincre.

       Par-delà la revendica­tion des huit heures, le 1er mai est devenu une mani­festation de tous les oppri­més. Au Burkina Faso, le 1er mai ne se conçoit que s'il est la manifestation de tout un peuple mobilisé pour lutter contre la domi­nation et l'exploitation im­périaliste, contre les entra­ves de l'ordre social tradi­tionnel.

      Le 1er mai ne peut se concevoir autrement par notre peuple, qu'en termes de lutte pour l'amélioration des conditions de vie de larges masses de travail­leurs des villes et des cam­pagnes, ce qui passe par la lutte résolue contre l'impé­rialisme et ses alliés natio­naux. La revendication au bien-être, à la démocratie et à la liberté se résume en un engagement réel dans le processus de transfor­mations révolutionnaires entrepris depuis le 4 août 1983.

 

 1-2 - Le contenu et la signification du 1er  mai 1987 au Burkina Faso

 

        Les travailleurs de notre peuple ont très tôt, dès les premières années de l'indépendance politi­que de notre pays, toujours été habités par la cons­cience de la lutte contre l'injustice, l'exploitation et l'oppression impérialistes.

      Très tôt, ils ont su se doter d'organisations com­batives à même de lutter pour la défense de leurs in­térêts face à des pouvoirs néocoloniaux qui se sont succédés. La tradition de lutte de nos organisations syndicales a débordé nos frontières par sa renom­mée. Elle a su préserver les libertés démocratiques dans notre pays, favorisant ainsi l'expression des idées anti-impérialistes et l'épanouissement d'une conscience de lutte anti-impérialiste. Il arriva un moment dans l'histoire des luttes sociales de notre pays où les revendications purement économiques ont revêtu une signification anti-impérialiste ; ce qui a attesté de l'élévation du ni­veau de conscience politi­que de nos travailleurs organisés. Dès lors, les questions de revendica­tions économiques, de li­bertés démocratiques ne s'exprimaient qu'en termes de lutte anti-impérialiste.

       Rares sont les syndicats qui n'avaient pas opté pour une orientation politique anti-impérialiste. C'est toute cette situation créée par l'activité politique de militants révolutionnaires qui a favorisé l'avènement de la Révolution démocra­tique et populaire à travers ses diverses péripéties.

         C'est toute cette situa­tion qui a préparé la mani­festation grandiose de la jeunesse de notre pays lors des événements du 17 mai 1983, manifestations qui ont revêtu un caractère anti-impérialiste et anti‑réactionnaire nettement marqué.

        La croissance du mou­vement anti-impérialiste des masses laborieuses dans notre pays ne s'est pas faite sans reflux. Ainsi, lors de la période la dicta­ture « militaro-réformiste » du régime du colonel Saye Zerbo, le mouvement syn­dical fut réprimé et bâillonné. La démobilisation com­mença à gagner les travail­leurs, cependant que le ré­gime dictatorial consolidait son système de dictature en vue d’abattre sur notre peuple une « Terreur‑Blanche ».

       Les militants de notre organisation à tous les ni­veaux du secteur d'activité de notre peuple ont contri­bué à l'essor du mouve­ment révolutionnaire dans notre pays. L'annonce de la période sombre de la dé­mocratie dans notre pays a coïncidé avec la naissance en notre sein des courants opportunistes liquidateurs qui se sont constitués au­tour de chamailleries d'é­migrés vivant dans l'igno­rance de notre peuple. L'a­narchisme et l'action spon­tanéiste (donc opportu­niste) de certains créèrent les conditions favorables à une certaine « majorité » (des « bolcheviks ») pour opérer une scission, portant ainsi un coup mortel à l'or­ganisation. Dans ces con­ditions, peut-on aller en guerre, les rangs dispersés et en comptant en son sein des agents de la cinquième colonne ?

       L'aventurisme est le propre d'éléments anarchistes, non la carac­téristique de révolutionnai­res conséquents. Ce sont les conditions qui prévalu­rent à la dissolution de notre organisation. Il est loisible à ceux-là mêmes, qui, de par leurs actions anarchiques et spontanéis­tes, ont œuvré à liquider l'organisation, et qui à mille lieux de l'action concrète, clament aujourd'hui que ce fut là un acte de traitrise. Il n'y a que des Renégats qui se renient, qui renient leur conviction d'hier, rejetant leurs responsabilités sur les autres.

        Et c'est faire preuve d'attitude responsable que d'assumer l'irresponsabili­té des uns, l'inconséquen­ce et l'opportunisme des autres. C'est pourquoi, les militants conséquents ont toujours assumé avec es­prit de suite leurs insuffi­sances, erreurs et inconsé­quences, conscients que c'est dans la lutte révolu­tionnaire des masses que le militant guérit de ces in­suffisances et corrige ses pratiques erronées.

          S'il y a une chose d'absolument certaine, que même la morale « féodalo­-bourgeoise » ne saurait tolé­rer à fortiori la morale des masses révolutionnaires, c'est d'accepter de militer côte à côte, avec des élé­ments que l'on sait traîtres, accepter de vivre une vie de camarade avec de tels éléments pour se « ressaisir » un jour, après des années de cohabitation en les dénonçant comme traîtres. De tels comportements et attitudes sont tout simplement irres­ponsables et couvrent de honte ceux qui les adop­tent. Mais là n'est pas notre propos.

        La dictature militaire de type fasciste teintée de réformisme ne fit pas long feu, tant le sentiment d'at­tachement aux libertés dé­mocratiques, par consé­quent le sentiment de lutte anti-impérialiste, avait pris d'assaut et de l'intérieur, les casernes militaires. Les contradictions au sein de l'armée aboutirent à l'avè­nement du CSP, débar­rassant ainsi notre peuple de la junte militaire fasciste du CMRPN.

        La période du CSP, malgré ses contradictions internes, ouvrit de larges perspectives pour la lutte révolutionnaire des mas­ses. L'aspiration des mas­ses populaires à la démo­cratie et à la révolution comme solution véritable à leurs maux, jeta dans une peur panique les réaction­naires de notre pays qui mirent tout en œuvre  pour l'endiguer.

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        Le 17 mai 1983 est la réponse de l'alliance des classes réactionnaires aux revendications de liberté, de démocratie des masses révolutionnaires. Mais, la réaction de celles-ci ne se fit pas attendre. Elle fut à la dimension de l'affront.

         La jeunesse de notre peuple, la première, enva­hit les rues pour crier son indignation. La guerre des classes venait de commen­cer et devait voir son dé­nouement dans la nuit du 4 août.

         Qui pourrait douter qu'en cette occasion notre jeunesse a offert sa poi­trine comme cible à la main armée de la réaction ? Qui pourrait douter que dans cette bataille déci­sive, des militants révolu­tionnaires ont été détermi­nés à payer de leur vie, afin d'assurer la victoire des masses ? Certainement, ceux-là seuls peuvent en douter, qui étaient à mille lieux d'ici, ou qui se te­naient distants, en specta­teurs passifs mais tout de même sympathisant avec les masses; le type même d'attitude contemplative propre aux intellectuels oisifs, théorisant pour sa­voir si nous ne nous étions pas engagés dans un pro­cessus de pseudo-­révolution.

           Le peuple est dans la rue, le peuple envahi les casernes pour réclamer des armes afin de pouvoir se battre côte à côte avec ses frères soldats, et il se trouve des "révolutionnai­res" en train de se question­ner sur la nature du mou­vement ! Mais, une fois que le mouvement des masses révolutionnaires est devenu le mouvement au pouvoir, les interroga­tions cesseront pour trou­ver une réponse : « c'est une Révolution Démocra­tique et Populaire, à qui il faut la direction du Parti de la classe ouvrière pour assurer sa transition vers le socialisme». Les specta­teurs d'hier posent alors comme condition l'évic­tion des lutteurs d'hier qui sont « fatigués » et dont il faut se débarrasser par une alliance « sacro­-révolutionnaire » afin d'as­surer la transition au socia­lisme. Pire, des éléments qui se trouvaient de l'autre côté de la barrière, armés jusqu'aux dents pour as­surer la défense des inté­rêts des classes et couches sociales-réactionnaires al­liées à l'impérialisme mus par quels soutiens on ne sait, en imposent aujourd'hui à ceux sur qui ils étaient prêts à tirer parce qu'ils ont osé militer pour l'avènement de la Ré­volution.

          Le mouvement de mai 1983 a formulé l'aspiration du peuple à la révolution. Il l'a posé. Le 4 août 1983 a résolu la question du pou­voir de la Révolution.

Aujourd'hui, mai 1987, la bourgeoisie aidée par ses auxiliaires de la petite bourgeoisie arriviste, for­mule les termes de la res­tauration. Elle les pose.

        C'est pour que cette question posée par la bourgeoisie et ses auxiliai­res restent à l'état d'une question posée, qu'il faut que, en ce jour du 1er mai 1987, les travailleurs révo­lutionnaires, les militants révolutionnaires prennent conscience de l'enjeu de la lutte. Que s'inspirant des enseignements du mouve­ment des masses révolu­tionnaires de mai 1983, ils se mobilisent davantage pour barrer la route à la restauration bourgeoise réactionnaire.

          1er mai, 17 mai, deux dates qui, pour le peuple révolutionnaire du Burkina Faso, doivent re­vêtir le même contenu et la même signification.

         Dans la commémora­tion de ces deux dates, no­tre peuple doit être conscient que la revendication du pain, de l’eau et de la démocratie se pose toujours dans les termes de la lutte anti-impérialiste et anti-réactionnaire.

       Le peuple doit être conscient qu'il a en face un pouvoir qui se veut populaire et qui ré­clame sa participation à tous les niveaux. Un pou­voir qui reconnait expres­sément qu'il n'a pas de so­lution à proposer en de­hors du peuple. Car celui-ci est à même de détermi­ner ses besoins fondamen­taux et les tâches relatives à leur satisfaction.

       Un pouvoir qui édu­que notre peuple afin qu'il cesse de nourrir son appétit en fonction du fond de l'assiette du voisin.

       Un pouvoir qui af­firme sans ambages, que désormais le peuple de no­tre pays ne mangera que ce qu'il est à même de pro­duire. Et puisque le peuple aspire à manger beaucoup plus, il produira alors da­vantage.

       En dehors d'une telle perspective, il n'y a pas de salut; c'est la voie de l'indépendance ; celle de l'auto-gouvernement ; la voie de la démocratie vraie. C'est la Révolution Démocratique et Popu­laire.

       Cette voie n'est la vo­lonté d'aucun individu pris en tant que tel ; c'est la nécessité historique du dé­veloppement social qui nous le commande. Pour l'acquisition de toute chose, il y a un prix à payer. Chaque peuple est appelé à payer son prix du développement. Si ce n'est demain, ce sera après-demain. Plus le temps passe, plus la facture de­vient coûteuse. L'essentiel pour un peuple, c'est de se convaincre que ceux qui le gouvernement le font dans son intérêt et avec lui. Si ceux « d'en haut et ceux d'en bas » aspirent à la même chose, en ayant des intérêts convergents, ils ne sauraient avoir de langage et de pratique différents. Il ne peut que subsister des incompréhensions que les uns et les autres doivent travailler à lever.

       Notre révolution a be­soin de syndicats des tra­vailleurs tout comme des Comités de Défense de la Révolution. Mais un syn­dicat aujourd'hui au Burkina Faso, encore plus qu'hier ne saurait confiner ses activités dans des lut­tes purement corporati­ves, avec pour thème de mobilisation « la lutte contre la baisse du pouvoir d’achat».

       C'est un thème rabâché et devenu usé et qui a perdu de son pouvoir magique. Personne ne doute du fait qu'il faille élever le niveau du pou­voir d'achat de nos travail­leurs des villes qui sont ce­pendant dans une situa­tion plus confortable que nos travailleurs des cam­pagnes.

      Le thème qui doit être mobilisateur, c'est celui de chercher les voies et moyens pour produire plus en vue de consommer plus, car c'est cela que vise la revendication de l'éléva­tion du pouvoir d'achat. Aujourd'hui, en plus de la lutte pour détruire les assi­ses économiques et socia­les des classes exploiteu­ses, du fait même de l'ar­riération de notre pays, nous sommes confrontés à la tâche plus difficile de l'organisation. Et dans cette tâche, nous devons savoir associer toutes les forces démocratiques et de progrès. Cette tâche né­cessite la participation des syndicats des travailleurs, des syndicats de travailleurs qui cessent d'être corporatistes pour devenir des syndicats révolution­naires.

       Ces syndicats révolu­tionnaires dans leurs acti­vités participatives, doi­vent être invités à se pro­noncer sur toutes les ques­tions de la révolution en vue de mieux définir leurs actions. C'est cela la prati­que de la démocratie dans le processus de la révolu­tion populaire. Toute autre attitude aura pour consé­quence de restreindre le champ de mobilisation en faveur des transforma­tions révolutionnaires.

       Commémorons donc cette date du 1er mai 1987 autour du mot d'ordre sui­vant : Pour une union de toutes les forces démocra­tiques et de progrès dans la défense de la démocra­tie politique, économique et sociale à travers le pro­cessus de la Révolution Démocratique et Popu­laire.

        Pour une lutte résolue afin de barrer la route à l'œuvre de restauration entreprise par la bourgeoi­sie réactionnaire aidée en cela par l'opportunisme arriviste petit-bourgeois qui est la forme dominante de l'opportunisme aujour­d'hui dans notre pays.

       Le temps n'est plus loin où les travailleurs de notre pays s’identifieront complètement à ceux qui les gouvernent, si ceux qui les gouvernements consti­tuent le parti des travail­leurs agissant de concert avec eux.

  II. LA FAILLITE DE L'OPPORTUNISME OU LA REVOLUTION EN FAILLITE

        Ce ne sera certaine­ment pas la Révolution qui sera en faillite, du fait de l'action néfaste des oppor­tunistes.  La Révolution dû-t-elle subir des défai­tes, amorcer des reculs, su­bir des déviations, est un mouvement irréversible. Des hommes peuvent fail­lir. Jamais ne peut faillir la marche irréversible vers le progrès de tout un peuple. C'est pourquoi la Révolu­tion en tant que mouve­ment de l'immense majo­rité au profit de l'immense majorité ne peut faillir. L'opportunisme en tant que sécrétion et influence des classes décadentes, re­jetées par la marche histo­rique des événements, est condamné à la faillite. Il est condamné à la faillite.

        Si ce n'est aujourd'hui, ce sera demain. Si ce n'est en cours, cela est en train. Si ce n'est ce mois, ce sera le mois prochain. Mais ce sont les peuples qui font l'histoire. C'est par la ré­sultante des volontés in­dividuelles des hommes que l'histoire prend telle ou telle orientation. C'est pourquoi, il faut œuvrer consciemment à la faillite de l'opportunisme et non attendre passivement que cela survienne tout seul.

        Le peuple dans sa ma­jorité répudie l'opportu­nisme et luttera pour sa faillite dès qu'il cernera tous ses contours dans ses diverses mouvances. Confiant aux ressources inépuisables de notre peu­ple, nous pouvons affir­mer que l'on ne dira pas que la révolution est morte, vaincue par l'op­portunisme. Et c'est pour vaincre l'opportunisme qu'il nous faut l'étudier suffisamment, compren­dre ses racines sociales, expliquer pourquoi il est un phénomène inévitable dans cette grande lutte qui oppose le prolétariat à la bourgeoisie et qui n'aura de cesse qu'avec l'émanci­pation complète de toute l'humanité.

        L'opportunisme n'est pas un trait particulier de notre lutte révolution­naire. Il a ses causes essentielles dans le régime économique et social de notre pays, dans le caractère des transformations des rap­ports économiques et so­ciaux qui y sont entrepri­ses.

         Ce qui rend l'opportu­nisme inévitable dans no­tre société actuelle, c'est l'existence à côté du prolé­tariat de larges couches de la petite bourgeoisie, de petits patrons qui traînent derrière eux leur mentalité de petits propriétaires et toutes sortes d'influences héritées de la bourgeoisie. Ce fait est aggravé d'au­tant plus que notre pays est un pays paysan, un pays essentiellement petit bourgeois.

        Or dans la mesure où la petite production en­gendre constamment le capitalisme, il devient compréhensible que des conceptions petites bour­geoises ne cessent d'appa­raître et d'enfreindre la lutte révolutionnaire des masses.

        Le système de la petite, production engendre à chaque instant et constamment la grande [Page 5] production capitaliste, il s'ensuit que le petit bour­geois génère à chaque ins­tant et constamment la bourgeoisie, et que les conceptions petites bour­geoises ne font que ressus­citer à chaque instant et constamment celles de la bourgeoisie en faillite. Tel­les sont les racines sociales de l'opportunisme qui le rendent inévitable, persis­tant et incisif.

         La dialectique révolu­tionnaire tire sa justifica­tion du caractère dialecti­que de l'évolution qui s'ac­complit dans des contra­dictions et par voie de contradictions. Il s'ensuit que la révolution marche de pair avec l'opportu­nisme. C'est dans la lutte contre l'opportunisme, que la révolution s'appro­fondit en accumulant des succès.

        Il s'en suit qu'en cha­que militant révolution­naire existe des prédispo­sitions à l'opportunisme, des dispositions favora­bles à être le véhicule de l'influence bourgeoise, de l'influence de la réaction au sein du mouvement ré­volutionnaire. Et ce n'est que dans la lutte et par la lutte que le militant révo­lutionnaire s'aguerrit et développe une pratique conséquente. Chacun de nous couve des tendances erronées qui, à des moments donnés, et face à des situa­tions données, se dévelop­pent et s'expriment en des actes erronés. Il y a une lutte perpétuelle entre les deux idéologies en chacun de nous. L'éducation idéo­logique, la pratique révo­lutionnaire ont pour but de nous prémunir de l'idéologie des classes réactionnaires pour faire nôtre la conception proléta­rienne de la vie et du monde. C'est une lutte qui ne cesse qu'avec la mort de l'individu.

        Il s'en suit que malgré ses diverses formes et nuances, l'essence de l'op­portunisme est une et indi­visible et ne peut être ex­pliquée par le fait du ha­sard, ni par les erreurs ou déviations de telle per­sonne ou de tels groupes de personnes.

2-1. L'essence de l'opportunisme est une et indivisible

        Les diverses factions opportunistes constituent au sein du mouvement ou­vrier en particulier et du mouvement révolution­naire en général, un déta­chement politique de la bourgeoisie, un soutien so­cial actif de la bourgeoisie et de l'impérialisme. Tant que durera la lutte des classes au sein de la so­ciété, l'opportunisme se manifestera toujours en tant que courant d'idées, en tant que pratiques sociales contraires aux intérêts des masses fondamentales. Malgré ces mutations, son essence demeure une et re­pose sur les fondements suivants :

 

a) De par ses fonde­ments idéologiques : l'op­portunisme est la subordi­nation à l'idéologie bour­geoise réactionnaire. Il est le reniement de l'idéologie prolétarienne. Les deux idéologies sont incompati­bles. Cette acceptation consciente de l'influence idéologique bourgeoise se traduit concrètement par la renonciation au point de vue de classes et à la lutte de classes. Ceux-là qui se laissent gagner par cette influence, nourrissent en eux une crainte quant à as­sumer une lutte révolu­tionnaire conséquente.  

      Au lieu de s'en tenir consé­quemment sur des points de vue révolutionnaires face à un interlocuteur, ils préfèrent capituler, pen­sant ainsi s'assurer la bien­veillance de ce dernier et éviter de s'attirer sa colère.

     Partagé entre l’idéologie prolétarienne vers laquelle l'action des masses révolutionnaires l'entraîne irrésistiblement et l'idéologie bourgeoise pour laquelle ses intérêts individuels et sa veulerie le prédisposent naturellement, l'opportuniste ne peut adopter un point de vue ferme. Il ne peut avoir une conviction établie. Au gré des impératifs du mo­ment et mû toujours et sur­tout par la préservation de ses intérêts égoïstes, il est prompt aux compromis­sions et aux reniements in­cessants. Dans ses renie­ments, l'opportuniste finit par se ranger armes et ba­gages dans le camp des en­nemis des masses révolu­tionnaires. Il devient ainsi le renégat, l'apostat en prise avec sa conscience de traître et qui, à son corps défendant, clame pour se convaincre qu'il est toujours partie intégrante de la lutte révolutionnaire des masses, comme si quelqu'un cherchait à l'expulser hors des limites d'un processus au-delà du­quel il s'est, déjà placé. L'opportuniste est appelé opportuniste parce que la fidélité à une idéologie, à une conviction, à une cause, à un parti, n'est pas chez lui en honneur. Ce qui chez lui est une donnée constante, c'est son âme bassement servile. Et ce qui fait chez lui force de loi, c'est la défense de ses intérêts individuels au mé­pris de principes et de toute considération. La seule conviction qui est établie en lui, c'est celle de son intérêt personnel. Pour la préserver, il est prêt à trahir ses compa­gnons de lutte, à les sacri­fier sur l'autel du culte des intérêts individuels.

 

b) De par ses fonde­ments politiques, l'opportu­nisme c'est la collabora­tion de classes, le man­que de confiance dans les masses et la confiance dans la bourgeoisie et l'im­périalisme.

     Le caractère relative­ment pacifique de la pé­riode présente de notre Révolution a nourri la croissance prodigieuse de l'opportunisme. Dans cette période, on voit sur­gir diverses catégories de « héros des temps de paix », plus révolutionnaires que jamais, prêts à clamer haut le slogan de lutte « La Pa­trie ou la Mort», avec le secret désir de survivre lâ­chement à la Patrie.

     La Révolution étant un mouvement au pou­voir, les militants sont ap­pelés à assumer des res­ponsabilités politiques et administratives en vue de mieux servir les intérêts des masses fondamenta­les. Dans une telle situa­tion, on assiste au dévelop­pement prodigieux du car­riérisme et du larbinisme. Il apparaît une certaine ca­tégorie de militants, cour­tisans serviles, prêts à lé­cher les bottes pourvu qu'ils soient promus à des postes de responsabilités. Hissés à ces postes, ils uti­lisent leur pouvoir pour se servir au détriment des masses. Ils arborent des airs de grands seigneurs, tout comme si la place qu'ils occupaient étaient le fait d'un héritage familial. Ils sont loin d'imaginer qu'un jour la Révolution pourrait avoir besoin de leurs services sur un autre front de lutte qui demande plus de sacrifices et moins d'honneurs.

      Alors, on voit nos op­portunistes se laisser aller à la démobilisation et à l'abattement général. Ils renient leurs proclama­tions d'hier. Ils deman­dent à se « replier » si l'on estime que leurs missions à tel ou tel poste de combat sont terminées ; Il faut en­tendre par là, si l'on estime les appeler à d’autres tâches qui nécessitent plus de sacrifices et moins d’honneurs et d’avantages matériels. Ce « repli » (tactique, devons-nous ajouter) est le départ d’une série de reniement. Les opportunistes sont devenus des renégats. Ils identifient leurs propres causes à celle des masses et veulent pour cela lever des troupes. Ils en appellent à la patience des hommes dont ils ont réussi à être les chefs. Ils les invitent à ne pas confondre les bourgeons d’aujourd’hui avec les fruits de demain qui les attendent.

      Alors, il ne faut point s'arrêter, il ne faut point se replier (le repli tactique que voilà) au risque de se voir interdire ne serait-ce que l'ombre de l'arbre frui­tier. Il est vrai qu'il faut mobi­liser les gens sur la base de leurs intérêts. Mais tout de même, la petite bour­geoisie arriviste étale trop ostensiblement son inté­ressement égoïste.

     Mais l'opportunisme pratique se camoufle dans un radicalisme théorique. Aujourd'hui, au Burkina Faso, le révolutionnaire qui se veut de bon teint, s'auto-proclame « Rouge ». Il s'autoproclame marxiste-léniniste. Il ne jure que par le marxisme, alors que sa pratique jure d'avec le Marxisme.

       Il y a de cela quelques années (c'était en 1978), nous avons écrit dans un document interne à l'Orga­nisation en vue d'assurer l'éducation idéologique de nos militants que : «être communiste, n'est pas un simple acte de foi. C'est avant tout et par-dessus tout, une transformation réelle et constante du com­portement idéologique et de l'élévation du niveau politique. être commu­niste, c'est mener sa vie avec les intérêts de l'orga­nisation et de la Révolu­tion. C'est subordonner ses intérêts individuels aux intérêts supérieurs de l'organisation. C'est être un fidèle serviteur du peuple, en sachant travailler avec lui vivre avec lui et lutter avec lui.

      Etre communiste c'est se porter aux devants des difficultés, être commu­niste c'est être honnête et sincère vis-à-vis de l'Orga­nisation et vis-à-vis de ses camarades de lutte. C'est tenir le mensonge en honte ; c'est haïr l'hypocri­sie.

    Etre communiste, ce n'est pas une proclama­tion solennelle: ce n'est pas l'attitude d'un moment ; c'est l'être à tous les moments, pour la vie en­tière. C'est un choix quotidien ».

    Mais, l'opportunisme aussi évolue avec le temps. Il a aujourd'hui re­cours aux techniques du « marketing » politique :

     Vider le marxisme-léninisme de son âme et de sa pratique révolutionnai­res tout en battant pavillon­ « marxiste » ; c'est le der­nier mot de l'opportu­nisme aujourd'hui au Burkina Faso.

     De même que l'on dit couramment, « à chaque jour sa peine », on pourrait affirmer que dans notre pays, sous le ciel de la Ré­volution Démocratique et Populaire, à chaque jour, son organisation « marxiste-léniniste » qui surgit en se proclamant « partie intégrante du processus révolutionnaire ». La porte étant largement ouverte depuis le 17 mai 1986, c'est la course à qui mieux mieux pour siéger autour de la table avec ceux qui « décident » du de­venir de notre peuple. Aujourd’hui, les opportunistes ont compris qu'ils ne peuvent s'accrocher au train de la Révolution qu'en reconnaissant en pa­role les objectifs et la tacti­que de la Révolution. Mais, si l'on ne peut inter­dire à une firme commer­ciale de faire usage de n'importe quelle étiquette, de n'importe quelle ensei­gne ou publicité pour écouler sa marchandise, l'on peut tout au moins éduquer le peuple à faire le bon choix.

      Dans la lutte révolu­tionnaire, il est un fait éta­bli constamment confirmé et qui veut que quiconque insiste dans la conciliation avec l'opportunisme finit par sombrer dans l'oppor­tunisme. Tous ceux qui ont jusque-là insisté dans l'entente avec l'opportu­nisme ont fini par en pren­dre ses qualités au détri­ment des qualités révolu­tionnaires et sont devenus des gens peureux, corrom­pus, prompts à lier leur destin à celui des classes décadentes alliées à l'im­périalisme.

      C'est ainsi que nom­bre de Camarades ont sombré petit à petit dans l'opportunisme et ne peuvent plus en sortir. Les al‑[Page 6] liances opportunistes se tissent autour de points subjectifs que l'on tient en commun et sont pour ce faire précaires. Elles se dé­font aussitôt que le motif subjectif cesse d'être le thème mobilisateur. Les opportunistes forment une seule famille. Ils s'adressent des louanges, se congratulent mutuelle­ment. Ils se formulent des encouragements et s'ins­truisent les uns des autres, s'informent mutuelle­ment. Ils créent une soli­darité opportuniste et se portent secours, et mènent une campagne en com­mun en recourant à des manœuvres identiques. Les uns dans leur isole­ment et leur impuissance avouée lancent un appel aux autres « afin qu'en­semble, écrivent-ils, nous liquidons ce courant dan­gereux pour notre proces­sus » opportuniste de res­tauration (ajouté par nous).

     De même que nous considérons l'opportunisme comme un phéno­mène dangereux pour la Révolution, de même l'op­portunisme nous tient pour dangereux pour sa survie. Quoi de plus nor­mal ! Une seule conclusion s'impose. Face au Parti de la Révolution se dresse le Parti de l'Opportunisme. Cela a pour enjeu la conti­nuation de la lutte révolu­tionnaire des masses ou le reniement de celle-ci. A cela rien de surprenant : « L'on ne peut atteler à la même charrette un cheval et un cabri frémissant ». Que les chevaux soient at­telés ensemble et que les cabris frémissants le soient ensemble. Ainsi, chaque attelage pourra im­primer à la marche l'allure qui répond à sa nature et à son tempérament. Là, ré­side toute la signification de la lutte contre l'oppor­tunisme et tout le contenu politique de cette lutte.

 

C) De par ses fondements socio-économiques

      La majorité de la po­pulation de notre pays est constituée de paysans. La révolution qui s'y déroule à l'étape actuelle de la lutte de notre peuple est par conséquent une révolu­tion paysanne. C'est de cette appréciation qu'elle tire son caractère bour­geois... Comme il a été pré­cédemment écrit, tant que nous marchons avec toute la paysannerie, et nous marchons avec elle, notre révolution demeurera une révolution bourgeoise.

     Le paysan c'est le petit propriétaire qui dans une économie de production marchande, incarne les rapports bourgeois de production. C'est le petit bourgeois par excellence chez qui la force de l'habi­tude constitue une vérita­ble entrave qui l'empêche d'être révolutionnaire jusqu'au bout, c'est-à-dire conséquemment. il est plus facile, nous ensei­gnait Lénine, de renverser les classes exploiteuses, de les supprimer que de lutter contre les petits pro­ducteurs de marchandises et leurs représentants.

      « Ceux-ci, disait-il, on ne peut les chasser, on est obligé de faire bon mé­nage avec eux » pour les éduquer, les transformer au prix d'un long et patient travail d'organisation. Parlant de ces paysans, Lé­nine dit :

« Ils entourent de tous les côtés le prolétariat d'une ambiance petite bourgeoise, ils l'en pénè­trent, ils l'en corrompent, ils suscitent constamment au sein du prolétariat des récidives de défauts pro­pres à la petite bourgeoi­sie : manque de caractère, dispersion, individualisme, passage de l'enthousiasme à l'abattement ».

De cette juste appréciation de la petite bourgeoisie, il dé­coule pour ses représen­tants intellectuels des pré­dispositions identiques :

  •  Le manque de caractère et le passage de l'enthousiasme à l'abattement:

« L'opportuniste est ainsi appelé parce que la fidélité aux principes n'est pas chez lui en honneur ».

 

       L'ardent désir de militer aux côtés des masses révo­lutionnaires fait vite place (pour un oui ou pour un non) à l'attitude d'abatte­ment et de basse trahison. Le petit bourgeois ballotte continuellement entre l'idéologie bourgeoise et l'idéologie prolétarienne. L'idéologie bourgeoise la plus répandue est celle qui s'impose à lui spontané­ment et qu'il travaille à res­susciter sous les formes les plus variées. Il est le véhi­cule de l'influence de la bourgeoisie au sein des masses révolutionnaires.

 

  • La dispersion

      La petite bourgeoisie intellectuelle dans son en­gouement pour les luttes intestines, les lutte de clocher pour l'émiettement, n'a peut-être pas conscience qu'il ne fait qu'attester cette vérité se­lon laquelle : « le théoricien de telle ou telle classe ar­rive théoriquement à une conclusion à laquelle la classe elle-même est déjà pratiquement arrivée ». Leurs conclusions théori­ques sur la groupusculari­sation est le résultat au­quel leurs intérêts maté­riels et leur situation so­ciale les poussent prati­quement. Leurs ambitions de devenir chef les aveu­glent au point qu'ils préfè­rent se tailler un petit fief sur lequel ils peuvent ré­gner. Et pourquoi pas, se disent-ils, n'est-ce pas là une position qui permet d'être invité à la table des « grands ? » Tête de rat vaut mieux que queue de lion.

  •  L’individualisme:

       La petite bourgeoisie intellectuelle mue par ses intérêts individuels en ar­rive à vouloir faire passer sa propre cause pour la cause des masses révolu­tionnaires. Et le radica­lisme théorique est la forme d'expression de opportunisme démasqué sur te terrain de la pratique révolutionnaire. Tels sont les rapports qui existent entre les représentants po­litiques et littéraires et la classe (et dans le cas d'es­pèce, la petite bourgeoisie) qu'ils représentent.

      Aujourd'hui que nous sommes engagés dans la tâche d'organisation, tâ­che d'une portée nouvelle pour nombre d'entre nous et d'une difficulté sans précédent, chacun peut se convaincre de l'affirma­tion de Lénine selon la­quelle « Ils est mille fois plus facile de vaincre la grande bourgeoisie cen­tralisée que de "vaincre" les millions et les millions de petits patrons; or ceux-ci, par leur activité quoti­dienne, coutumière, invi­sible, insaisissable, dissol­vante, réalisent les résul­tats mêmes qui sont néces­saires à la bourgeoisie, qui restaurent la bourgeoisie ».

       Dans son œuvre  de restau­ration, la bourgeoisie ne trouve pas seulement un point d'appui dans la force du capital international, dans sa liaison avec la bourgeoisie internatio­nale, mais et surtout dans la force de la petite production, la force de l'habitude qui prévaut dans ce milieu. Et cela, nous de­vons en avoir une claire conscience pour nous ar­mer dans la lutte qui s'avère longue et difficile contre l'opportunisme en général et l'opportunisme arriviste petit bourgeois en particulier. Et notre première tâche c'est d'ap­prendre à cerner l'oppor­tunisme dans toutes ses mouvances sous toutes ses facettes en gardant tou­jours présent à l'esprit que quelles que soient les mu­tations que lui fait subir l'évolution sociale et éco­nomique, il demeure un et indivisible dans son es­sence.

 

 

2-3. les caractéristiques prin­cipales de l'opportunisme et ses diverses manifestations dans la Révolution en cours dans notre pays

 

     Si l'opportunisme pouvait se laisser définir en une phrase, l'on pourrait dire qu'est considérée comme tel dans la situa­tion concrète de notre pays, toute influence idéo­logique de la bourgeoisie véhiculée par les représen­tants de la petite produc­tion au sein du mouve­ment révolutionnaire des masses et qui se traduit pratiquement par une confiance en la force de de la bourgeoisie et de l’impérialisme et un manque de confiance en la force inépuisable des mas­ses, par une attitude de collaboration des classes aux intérêts antagonistes et une renonciation à la lutte révolutionnaire des masses. De là découle le fait que les opportunistes constituent le détache­ment de la bourgeoisie et de l'impérialisme au sein du mouvement révolu­tionnaire pour dévoyer la lutte des masses. Ce sont les chargés de mission de la bourgeoisie, mandatés par elle pour œuvrer à la res­tauration bourgeoise.

     A partir d'une telle dé­finition générale, il nous faudra essayer d'examiner les diverses manifesta­tions de l'opportunisme aujourd'hui dans notre pays.

 

a) Les transfuges de la bour­geoisie dans la Révolution

    Ondoyant et mouvant telle une couleuvre, multi­colore tel un caméléon, cette race d'opportunisme est douée de capacité d'adaptation inimaginable.

       Toujours à la recherche des faveurs auprès des puissants du jour, on les surprend hier chantant les louanges des dignitaires de la IIIème République, puis du CMRPN, aujourd'hui plus révolu­tionnaires que jamais, psalmodiant les slogans révolutionnaires à l'ordre du jour. Mais, à y voir de près, on se rendra compte que de tels individus se sont ménagés des issues de secours avec des expli­cations toutes faites pour se « blanchir » au cas où...

       Hier, ils étaient de ceux-là chez qui les mots en « isme » provoquaient des sourires narquois si­non un mépris souverain. Au niveau des Universités, c'est cette catégorie d'étu­diants qui a choisi consciemment de tourner le dos au militantisme révo­lutionnaire pour noyer la conscience d'apparte­nance à un peuple op­primé sous la domination et l'exploitation impéria­liste dans un carriérisme forcené.

      Aujourd'hui, on se de­mande quel discours a pu les mobiliser et les amener à la Révolution ? Tapis dans des lieux que leur seule présence déshonore, ils y sont et au lieu de s'estimer heureux du fait de cette gratitude de la Révo­lution, ils jouent aux petits malins et prennent pour cibles ceux-là qui avaient essayé en vain de les en­traîner sur le chemin du militantisme révolution­naire, et pour cause ! mau­vaise conscience oblige !

       Les masses révolu­tionnaires ont besoin du sa­voir de la bourgeoisie, de sa technicité, le temps qu'elles-mêmes s'en ren­dent maîtres. C'est pour­quoi, la révolution bour­geoise ne peut et ne doit pas se passer des intellec­tuels bourgeois. Dans la mesure du possible, la ré­volution doit faire appel à leurs compétences pour servir les masses. Mais en aucun cas les révolution­naires ne doivent se confondre à eux jusqu'au point d'oublier leurs origi­nes et leur permettre d'in­fluencer la politique révo­lutionnaire. Toute sous-es­timation de l'action perni­cieuse que les représen­tants intellectuels de la bourgeoisie (puisqu'ils ont choisi de l'être) sont à même d'entreprendre aux postes élevés qu'ils occu­pent, participe du processus de la restauration qui est et demeure l'objectif stratégique de la bourgeoi­sie nationale et internatio‑[Page 7] nale dans notre pays.

       Il convient cependant d'établir une distinction entre ces intellectuels qui n'ont pas eu la chance du fait du milieu dans lequel ils ont évolué jusqu'alors de militer pour l'avènement de la Révolution et ceux-là qui en toute conscience s'en sont détournés et en ont combattu même l'idée.

        Il ne convient pas non plus à partir de ces consi­dérations de croire que parce que l'on a été révolu­tionnaire dès les premiers instants, on le demeure et surtout que l'on doit au nom de ce passé exiger tous les égards. Ce genre d'attitude a été déjà flétri sous la révolution et il n'y a pas lieu d'insister outre mesure.

        La forme d'opportunisme décrite ci-dessus est la forme vulgaire de l'opportunisme qui prévaut dans notre pays et qui ne nécessite pas d'efforts par­ticulier pour être démasqué. C'est l'opportunisme du bourgeois d’hier qui se voit contraint à porter aujourd’hui l’habit du révolutionnaire, tout en demeurant égal à lui-même.

     La forme insidieuse de l’opportunisme, c’est celle qui se manifeste au sein même du mouvement révolutionnaire. Et c’est cela qui mérite une considération particulière.

 

b) Le radicalisme petit-bour­geois

      Admirables, ils le sont dans leur persistance à l'orientation politique erro­née qu'ils se sont tracée. Leur théorie n'ayant, au­cune prise sur la réalité, la vie passe toujours à côté de ces révolutionnaires. Ils suppléent cette carence dans un radicalisme ver­bal et creux. Ils attendent de derrière la révolution, alors que celle-ci se dé­roule devant leurs yeux. Incapables qu'ils sont d'apprécier toute situation nouvelle, ils sont là toujours en train de ressasser de vieilles théories éculées. Sincères dans leur convic­tion, ils le sont et c'est ce qui, tout en les rendant louables à nos yeux, les rend plus dangereux. Il n'y a rien de plus dangereux que l'opportunisme sin­cère.

    De tels révolutionnaires, la vie a fini par les confiner dans une situation triste de révolutionnaire de la phrase. La phrase révolutionnaire qui entraîne et enivre par son mordant, mais qui demeure sans prise sur la réalité. Ils critiquent la domination que l’impérialisme continue d’exercer sur certains secteurs d’activité de l’économie de notre pays, et s’élèvent contre toute mesure qui, reposant sur le principe de compter sur nos propres forces, vise à doter notre peuple des moyens de lutte contre cette mainmise. Peu leur importe que le pays s'endette auprès des organismes de la Finance interna­tionale, pourvu qu'on ne leur demande pas un seul sou de leur poche en guise de sacrifice.

        Mais, il y a fort long­temps que la vie les a mar­ginalisés et il n'y pas lieu que nous nous en occupions outre mesure.

 

c) La bureaucratie et le bureaucratisme comme ten­dance et méthode néfastes de direction dans la Révolu­tion

      La bureaucratie et le danger de bureaucratisa­tion d'un état révolution­naire est une question d'une complexité et d'une importance extrêmes qui mériterait d'être traitée à part. Il faudra qu'elle soit l’objet d’une étude particulière. Nous l’aborderons dans ces pages dans le cadre général de notre analyse sur l’opportunisme général et la déviation qu'elle fait subir au pro­cessus révolutionnaire.

     Dès qu'il est question, que ce soit au niveau d’un syndicat, d’une organisation politique ou d’un Etat, d'appareil et de fonctionnaires, l'existence du phénomène de bureaucratisation est posée en puissance. Il apparaît, dès lors que des hommes sont appelés à se spécialiser dans l’accomplissement des tâches générales de la Révo­lution. La tendance à la bu­reaucratisation est une tendance qui est absolument inhérente au déve­loppement même du mou­vement ouvrier, a fortiori inévitable dans un Etat révolutionnaire. L'essor du mouvement ouvrier, l'ap­parition d'organisations de masses politiques ou syndicales est inconceva­ble, sans l'apparition d'un appareil de permanents, de fonctionnaires, de professionnels. Pour assurer l’efficacité de leurs organi­sations, les militants sont aménés à déléguer aux meil­leurs d'entre eux le soin d’orienter et d'encadrer leurs luttes. Ces militants désignés au sein des organisations sont des profes­sionnels, des fonctionnai­res sensés être rompus aux problèmes de la lutte des classes et capables d'enga­ger conséquemment les masses pour l'aboutisse­ment victorieux de leurs revendications. Il arrive fort malheureusement que ces militants choisis parmi tant d'autres, se détachent progressivement des mas­ses et se comportent non plus comme des serviteurs de la cause commune, mais comme une nouvelle catégorie de privilégiés prenant à cœur leur acti­vité non comme un moyen, mais comme un but en soi. De même, les structures dont ils sont is­sus et qu'ils sont sensés servir ne sont plus conçues que comme des buts en soi.

    Les individus finis­sent par s'identifier aux structures. Les bases idéo­logiques et psychologi­ques de la formation de la bureaucratie sont ainsi jetées. Et derrière les problè­mes de la bureaucratie, il y a celui des privilèges et de la défense de ces privilèges. Ces privilèges peu­vent être matériels, d'auto­rité et de pouvoir.

      Marx et Engels ont écrit dans le Manifeste communiste que :« Les prolétaires n'ont rien d'autre à perdre que leurs chaînes ».

        Et c'est là une vérité profonde qui dès qu'elle cesse d'être véri­fiée pour une couche des ouvriers, annonce l'appa­rition d'une bureaucratie ouvrière, d'une aristocra­tie ouvrière.

         Au sein du mouve­ment syndical de notre pays, on a pu assister à la constitution de « féodalité » syndicale. Le syndica­lisme pour certains indivi­dus est devenu l'unique source de revenus sinon d'enrichissement. Une telle « situation de rentes » devenant la cause pro­fonde de certains diri­geants syndicaux, il est alors aisé de comprendre l'existence de tendances conservatrices et de colla­boration de classes qui prévalent dans certains syndicats.

 

« Le prolétariat, écrit Lénine, est opprimé, les masses laborieuses sont asservies par le capi­talisme. En régime capita­liste, la démocratie est ré­trécie, comprimée, tron­quée, mutilée par cette ambiance que créent l'es­clavage salarié, le besoin et la misère des masses. C’est pour cette raison, et seulement pour cette raison, que dans nos organisa­tions politiques et syndi­cales, les fonctionnaires sont corrompus (ou plus exactement ont tendance à l'être) par l'ambiance ca­pitaliste et manifestent une tendance à se transfor­mer en bureaucrates, c'est-à-dire en personnages pri­vilégiés, coupés des mas­ses et placés au-dessus d'elles. Là est l'essence du bureaucratisme » (Lénine in L'Etat et la Révolution).

 

        La bureaucratie inhé­rente à l'essor du mouve­ment ouvrier ne pourra cesser tant que durera la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, lutte qui a pour enjeu l'émancipation de l'humanité entière.

        Le phénomène de la bureaucratisation, lorsque le mouvement révolution­naire des masses devient un mouvement au pouvoir, c'est-à-dire dans la révolu­tion, revêt encore une im­portance extrême, devient un facteur dissolvant du caractère de masse de la révolution, et si on n'y prend garde, participe des objectifs et de la tactique de restauration bour­geoise.

     Sous la révolution, des postes sont confiés à des militants pour qu'ils y travaillent à réaliser les transformations nécessaires à sa consolidation et à son approfondissement. Très vite, ils arrivent au-delà du rôle qui leur est as­signé, à s'attacher aux pri­vilèges (matériels ou d'autorité) liés à ces postes. Ils en arrivent à identifier leur individualité à la fonction, et au poste. Dans une telle iden­tification, quoi de plus normal qu'ils soient ga­gnés par une mentalité conservatrice qui repose sur la défense des privilèges ? Mus par une telle mentalité bourgeoise, cha­que fois qu'il est question d'entreprendre une action nouvelle, il leur faut peser le pour et le contre: « Est-ce que l'action envisagée ne risque pas au lieu d'ac­croître mes privilèges, de me faire perdre ce que je possède déjà ?» Voilà le lan­gage qu’ils se tiennent, animés qu'ils sont par la mentalité du petit bour­geois.

        Il est bon et utile de pe­ser le pour et le contre d'une action nouvelle. Mais, ce n'est pas en fonc­tion de nos intérêts indivi­duels, ni en fonction de l'intérêt immédiat du mouvement, mais tou­jours en fonction de l’intérêt général du mouvement, qu'il nous faut ap­précier les actions nouvelles.

       Un révolutionnaire ne saurait sacrifier l'intérêt général du mouvement à l'intérêt individuel. Il ne saurait sacrifier l'avenir du mouvement à son présent. Ainsi, sur la base de la consolidation de l'idéolo­gie et de la psychologie du bureaucrate, il se déve­loppe une dialectique de la défense des privilèges. Ceux qui occupent les pos­tes d'autorités ou de privi­lèges, veulent continuer à les occuper et les défen­dent au mépris de toute considération et entretien­nent autour d'eux une nuée de courtisans servi­les à souhait dont ils satis­font les ambitions et les utilisent en compensation à des basses besognes. Ainsi, la bureaucratie se nourrit et se régénère  à partir des courtisans servi­les.

     La bureaucratie, lors­qu'elle devient un phéno­mène universel, c'est-à-dire toléré, constitue la base d'appui du processus de dégénérescence d'une révolution. Elle forme une nouvelle couche sociale de privilégiés conscients de leur situation, et qui se pla­cent au-dessus des masses.

     Le bureaucratisme comme méthode de direc­tion se substitue à la ligne de masse. N'ayant aucune considération vis-à-vis des masses, le bureaucrate ne se soucie plus de savoir si ce qu'il fait, est ce que les masses veulent. Pourvu qu'elles suivent. De toute façon, elles suivront se dit-il, même si pour ce faire il faut recourir à la trique.

        La révolution au pou­voir a ceci de fondamenta­lement différent des di­vers pouvoirs néo­coloniaux qu'elle tire son fondement dans le mouve­ment de l'immense majo­rité du peuple. Elle exige la participation de cette immense majorité au pro­fit de laquelle sont entre­prises les transformations révolutionnaires. La révo­lution repose sur l'idée fondamentale selon la­quelle l'émancipation des travailleurs ne peut être que l'œuvre des travail­leurs eux-mêmes.

        Cette idée ne doit être remplacée, ni en pratique, ni en théorie par l'idée qu'il revient au dirigeant (individu ou organe) d'émanciper les travail­leurs et à faire la révolution à la place des travail­leurs et en leur nom. Au [Page 8] quel cas, on se surprendra en train de faire la révolu­tion contre les travailleurs dans certaines circonstan­ces.

      Depuis le déclenche­ment du processus de la révolution démocratique et populaire dans notre pays, on a beaucoup mis un accent particulier sur la participation active des masses dans les transfor­mations révolutionnaires en cours. Des efforts ont été accomplis et des ef­forts sont encore à faire. C'est pourquoi, les attitu­des propres aux bureau­crates qui visent à étouffer l'initiative créatrice des masses doivent être pros­crites. Les bureaucrates au sein des organisations de masses, dans les services, découragent les masses dans leur mobilisation pour la défense de la révo­lution. Le soutien des mas­ses, leur participation ac­tive et consciente, impor­tent peu aux bureaucrates, mais ne laissent pas indiffé­rent le militant révolutionnaire. Le bureaucrate ne peut diriger que des mili­tants larbinisés et servili­sés. Le révolutionnaire n'accepte de diriger que des militants consciem­ment mobilisés qui accep­tent délibérément de s'engager dans la lutte révolutionnaire. Le militant ré­volutionnaire se distingue du bureaucrate par ce que celui-ci use de l'arme de la persuasion et celui-là, de l'arme de l'intimidation et de la menace. Le premier se distingue du second par ce qu'à l'arme du chantage et de la corruption, il pré­fère le travail de mobilisa­tion patient, sur la base d'une adhésion librement consentie et qui repose sur la foi en l'idéal révolution­naire. Il s'ensuit que la ré­volution et le bureaucra­tisme sont incompatibles, tout comme le sont le mili­tant révolutionnaire et le bureaucrate. L'un est la négation de l'autre et c'est pourquoi, ils s'affrontent. L'enjeu de cet affronte­ment c'est la continuation de la révolution ou sa res­tauration.

 

d) Le larbinisme politique comme pendant de la bureaucratie au sein de l'appa­reil d'état

      Ce qui flatte les bas instincts du bureaucrate, et qui l'encourage dans ses attitudes d'arrogance et de mépris vis-à-vis des mas­ses révolutionnaires, c'est l'existence des opportu­nistes aux âmes serviles qui poursuivent la satis­faction de leurs intérêts dans un aplatissement honteux.

       Le bureaucrate et le larbin à l'âme servile sont les revers d'une même mé­daille. Le bureaucrate au­toritaire, impunément ar­rogant avec les masses est celui-là même qui se trans­forme en larbin servile de­vant l'autorité supérieure. Autant il aime à écraser tout ce qui existe en des­sous de lui, autant il faut le voir s'aplatir devant tout ce qui est au-dessus de lui. La constante de ces deux attitudes contradictoires, c'est l'attachement au pri­vilège d'autorité et de pou­voir. De même, le larbin qui au risque de se rompre l'échine dans des courbet­tes incessantes, n'attend que son tour d'être investi d'un quelconque pouvoir pour laisser apparaître le bureaucrate qui couve en lui.

       Le larbinisme politique c'est le développement de l'incompétence, de l'incapacité théorique et pratique à s'élever à la hauteur des tâches révolutionnaires. Le larbin pense suppléer à ses carences, par ses actes d'allégeance.

        Sur les fronts de lutte contre les ennemis de la révolution, le larbin est incapable de développer des initiatives et des répliques conséquentes. S'il ne capi­tule pas, la queue entre les pattes, il s'enflamme dans des invectives vaines et dans une profusion de me­naces et d'intimidation. Pour si peu qu'on le contredise, il fait interve­nir l'appareil de répression de l'Etat. C'est dans une telle attitude de facilité que l'on voit grandir une flopée de militants que l'on serait en droit d'appe­ler des « Révolutionnaires à papa ». Des « révolution­naires » qui ne sont « révo­lutionnaires » qu'après que la révolution ait conquis le pouvoir et qui ne consen­tent à s'engager dans les batailles révolutionnaires que s'ils sont assurés du soutien de l'Etat révolu­tionnaire. C'est dire qu'avec de tels militants, la relève des révolution­naires n'est pas encore as­surée, mais celle des bu­reaucrates certainement.

 

e) Le réformisme et l'aventu­risme

      Lorsque le militant sous l'emprise de l'idéolo­gie bourgeoise, en arrive à perdre la foi aux capacités prodigieuses des masses, et à s'effrayer devant la force de la bourgeoisie et de l'impérialisme, il se transforme en partisan de la collaboration de clas­ses. Il devient timoré, et re­commande la prudence et la conciliation avec l'en­nemi. La révolution évo­lue trop rapidement à son goût déjà accoutumé à la transformation lente et sans heurts des choses. Une telle attitude n'est rien d'autre que du réfor­misme.

   Le même militant, lorsque les choses com­mencent à aller, et qu'il a du regain de confiance en la révolution à cause des victoires remportées, est celui-là même qui trouve que la révolution piétine, qu'elle n'entreprend pas des transformations osées. Si on devait le suivre, dans ses propositions avant-gardistes, la révolution ris­querait d'en souffrir. Son attitude relève de l'aventu­risme. Le réformisme et l'aventurisme dans la lutte révolutionnaire des mas­ses compromettent tous deux la marche victo­rieuse de la révolution. Ils sont les revers d'une même médaille et qui a pour nom l'opportunisme.

        La racine du mal réside dans le fait qu'ils ne savent pas tenir un compte rigoureux des rapports de force au sein de la société et sur le plan international, afin de déterminer le rythme à imprimer au cours des transformations révolutionnaires.

       Il y a une catégorie d'opportunistes difficile­ment classables et qui se singularisent dans la « su­renchère ». Ils sont là tou­jours en train de surenchérir sur tout ce que dit le chef. Ce qui les anime plus que tout, c'est de plaire à tout prix au chef. Outre le fait qu'ils ne rendent pas un bon service au chef, de tels éléments ont pour seule motivation la recher­che de leur maintien aux postes qu'ils occupent pour toujours jouir des privilèges qui y sont liés.

 

f) Le spontanéisme et l'anar­chisme

        Ces derniers temps sous le couvert de la lutte contre la « phrase révolu­tionnaire », on assiste à une véritable remise en cause du rôle de la théorie de la connaissance dans le pro­cessus révolutionnaire.

     Cette volonté farou­che d'amoindrir le rôle de la théorie au profit d'un praticisme étriqué, cache mal l'étroitesse d'esprit des uns et l'incapacité des autres à pouvoir s'élever à la compréhension pro­fonde des choses. Si au­jourd'hui, avec le vent de l'opportunisme qui souffle sous la révolution, chacun peut se réclamer révolu­tionnaire, il est une chose qui distinguera toujours les révolutionnaires conscients, des opportu­nistes de toute nuance. En effet, il n'est pas donné à tout le monde de compren­dre et de posséder à fond la science de la révolution, la théorie de la lutte des clas­ses. Ceux-là seuls peuvent accéder à la maîtrise de la connaissance théorique, qui adoptent le point de vue des masses révolu­tionnaires, ressentent au plus profond d'eux-mêmes leur situation d'op­pression et d'exploitation et s'engagent avec elles pour vaincre ou mourir avec elles. On peut trom­per les autres, on ne peut se tromper soi-même. L'opportunisme qui s'ha­bille du manteau de la ré­volution peut tromper les autres, mais ne peut se tromper lui-même. Dans leur action de tromperie des masses, les opportu­nistes font preuve de beaucoup d’intelligence.

     Mais il n'est possible à personne de comprendre et de pos­séder parfaitement la science de la lutte révolu­tionnaire des masses, par le seul moyen de son intelligence et de son étude as­sidue: c'est la raison pour laquelle, la bourgeoisie ne peut jamais s'assimilier le Capital de Marx. Elle ne le peut parce qu'à chaque li­gne, à chaque page, sa conscience de classe pos­sédante, de classe exploi­teuse est heurtée, et son in­telligence sombre dans la confusion, lui rendant ainsi la compréhension im­possible.

     Sans théorie ré­volutionnaire, il n'y a pas de mouvement révolution­naire. Mais, il nous faut ajouter pour nous démar­quer des exégètes de la théorie, que la théorie ré­volutionnaire est nécessai­rement liée à la pratique révolutionnaire.

       De même il n'y a de pratique révolu­tionnaire que si elle est éclairée par une théorie ré­volutionnaire. Le mépris voué à la théorie révolu­tionnaire aboutit à une diminution du rôle de l'élé­ment conscient ou, ce qui revient au même, au culte de la spontanéité. Or le spontanéisme est un opportunisme. La politique n'est pas une affaire de bon sens, encore moins la politique révolutionnaire qui est toute une science, la science de la lutte de classe des masses révolu­tionnaires.

        La petite bourgeoisie en proie aux sentiments d'indignation vis-à-vis de l'exploitation et de l'op­pression que la bourgeoi­sie exerce sur les masses populaires, si elle n'est pas guidée par une théorie ré­volutionnaire, verse dans l'anarchisme. L'anar­chisme est l'idéologie de la petite bourgeoisie en proie avec le sentiment de lutte contre l'injustice, l'exploi­tation de l'homme par l'homme, mais incapable de formuler la voie révolu­tionnaire à même de dé­barrasser l'humanité de ces maux. Aussi, se lance-t-elle dans des actions iso­lées, désordonnées, qui ne peuvent faire subir que des défaites au mouve­ment révolutionnaire et re­culer l'échéance de la vic­toire des masses. L'anar­chisme est nuisible au mouvement révolution­naire.

    L'anarchisme, c'est l'absence d'une théorie ré­volutionnaire consé­quente. Quant au fascisme, Georges Dimitrov, théoricien marxiste qui a profondément étudié le phénomène du fascisme, le caractérise comme la dictature violente et aveugle de l'aile la plus réactionnaire du capital financier.

     Aujourd'hui sous la RDP, des opportunistes larbinisés et servilisés ont cru voir en l'expression composée de l’«anarcho-­fascisme » une trouvaille pour masquer leur propre opportunisme. C'est dire qu'il y a des gens qui ai­ment s'auto-flageller. Si­non comment compren­dre que ceux-là qui vouent un mépris à la théorie ré­volutionnaire, osent s'éle­ver contre l'anarchisme ? Comment comprendre que ceux-là qui à défaut d'arguments théoriques ont recours aux « appareils d'Etat » pour en imposer à leurs interlocuteurs, osent s'écrier contre le « fascis­me » ?

         S'il y avait encore en eux quelque sentiment de pudeur, ils se seraient sim­plement tus en assumant leur opportunisme. Car l'expression composée d' « anarcho-fascisme » leur sied adéquatement. Il ne sied pas de parler [Page 9] lorsqu'on a la bouche pleine : On indispose. Le mieux serait de manger et en la fermant.

     

    Ce sont là les caracté­ristiques principales de l'opportunisme et ses di­verses manifestations tel­les que nous le vivons dans le présent processus révolutionnaire. Il se manifeste d'abord au sein du mouve­ment par des idées erronées, des actes larvés qui finissent par se dévelop­per et par se systématiser pour devenir un courant politique distinct. Dès lors, il s'érige en tant que mouvement ayant ses partisans, face au mouve­ment révolutionnaire. Dans la lutte acharnée que se livrent les révolution­naires et les opportunistes, les premiers ont la sym­pathie de l'immense majo­rité des masses fondamen­tales et des révolutionnai­res conscients. Les se­conds sont appuyés et sou­tenus par leurs sembla­bles. Et tout cela a pour en­jeu le devenir de la Révolu­tion. La position de la bourgeoisie réactionnaire alliée à l'impérialisme face à la révolution est claire. Il n'est pas moins clair la po­sition des opportunistes. Il est du devoir des militants révolutionnaires d’en être conscients et de se mobili­ser pour faire échouer les tentatives de la bourgeoi­sie. Les militants de notre organisation plus que qui­conque ont une part im­portante à assumer dans cette lutte. Notre organisa­tion a été plusieurs fois se­couée depuis sa constitu­tion par les menées liqui­datrices des opportunistes de diverses nuances. Et dans la lutte contre ces di­verses tentatives opportu­nistes, nous avons accu­mulé beaucoup d'expé­riences qu'il convient de faire connaître.

3. L'OPPORTUNISTE AU SEIN DE L'ORGANISATION

3- 1.  Qu'est-ce qui se passe à l'ULC-R ?

 

       Pourquoi des organi­sations politiques comme la nôtre, malgré leur orien­tation politique, malgré leur expérience de l'op­portunisme, pourquoi donc, l'opportunisme y est si persistant et pourquoi la lutte que les militants conséquents doivent en­treprendre contre ce phé­nomène est une lutte perpétuelle ? Quelles sont les  sources de contradictions à l'intérieur de l'organisa­tion et qui favorisent la naissance et le développe­ment de l'opportunisme ?

       Notre organisation est née et s'est renforcée dans une société concrète. Ces militants sont issus de tou­tes les couches de la so­ciété et vivent dans cette société où l'influence de l'idéologie des classes exploiteuses est prédomi­nante. Ils sont dans leur majorité des petits bour­geois et traînent par consé­quent avec eux toutes les tares contractées dans la société bourgeoise. Les sources de contradiction à l'intérieur de l'organisa­tion sont donc liées d'une part à la composition es­sentiellement petite bour­geoise, et à la pression qu'exercent sur eux la bourgeoisie et l'idéologie bourgeoise. Dans ces conditions, il n'est donc pas étonnant qu'il existe au sein de l'organisation des conceptions erronées à partir desquelles se déve­loppent des pratiques er­ronées. La difficulté ne ré­side donc pas dans l'exis­tence de divergences d'idéologie, d'opinion et de pratique au sein de l'or­ganisation, mais de savoir comment triompher de ces divergences en élimi­nant les idéologies et les points de vue erronées. Et le moyen pour y parve­nir c'est la lutte qui s'y mène et qui repose sur le principe de la critique et de l'autocritique. Dans cette lutte à l'intérieur de l'organisation, il peut arri­ver et il arrive souvent que les insuffisances et conceptions erronées se cristallisent pour donner naissance à une tendance qui se consolide sur la base de divergences profondes portant sur des points de principe, affectant ainsi l'unité de l'organisation dans son action.

         L'arme de la critique et de l'autocritique a pour but d'éduquer les camara­des qui sont dans l'erreur en vue de renforcer l'unité de l'Organisation.

         Lorsqu'elle devient im­puissante à ramener les éléments opportunistes aux points de vue justes et à une pratique consé­quente, alors mieux vaut une scission qu'une unité frelatée. Il faut chasser de l'organisation les éléments opportunistes incapables de s'amender et qui nui­sent à l'organisation. La tâ­che des militants conséquents, lorsqu'ils en arri­vent à une telle conviction, c'est de travailler de sorte que cette séparation s'ac­complisse dans les meil­leurs délais et cela consciemment. Une telle séparation nous l'appe­lons scission, les éléments opportunistes aussi.

         Il reste à savoir à qui revient l'initiative de la sé­paration.

       Aucune organi­sation politique révolu­tionnaire au monde ne s'est constituée, ne s'est édifiée sans être passée par là. Sans avoir scis­sionné avec les compa­gnons de route petits bour­geois, il est pratiquement impossible à une organisa­tion de s'édifier de façon révolutionnaire.

       Ces tous derniers temps, on a pu assister à une agitation fébrile, dé­bordant ayant pour but de jeter un discrédit sur notre organisation. Qu'est-ce qui se passe donc à l'ULC (R) ? Il se passe que l'ULC (R) se porte bien.

        Il se passe que des re­négats qui ont longtemps paralysé notre organisa­tion, par des actes anar­chistes de désorganisation ont fini par se révéler comme de vils traîtres et ont été chassés de nos rangs comme tels. Il se passe qu'une paire d’éléments traîtres, corrompus par l'esprit petit-bourgeois, par l'arrivisme ont été chassés de nos rangs, afin d'assurer à notre organisa­tion une véritable unité. De même que les opportunistes de tout temps et de tout lieu, lorsqu'ils sont démasqués et chassés des rangs, nos deux renégats, pour pouvoir s'accrocher désespérément au proces­sus révolutionnaire, sont allés chercher et trouver des motifs qu'ils veulent objectifs, leur ont donné un certain contenu théori­que en partant en guerre contre de prétendus « che­faillons » qui seraient à la base de leur expulsion. Fi­dèles à la logique de tous les opportunistes et de tous les réactionnaires, ils adoptent le plan de ba­taille suivant :

« Dénigrons tel ou tel camarade, nous ferons pencher l'organisa­tion de notre côté. Déni­grons! Dénigrons ! Il en restera toujours quelque chose ».

        Il se passe que deux renégats traîtres, chassés de nos rangs, veulent faire prendre leur propre cause pour la cause de « la majo­rité » ( « les bolcheviks » que voilà !), pour la cause du prolétariat et des mases ré­volutionnaires dont ils ont d'ailleurs une peur bleue.

        Voilà ce qui se passe à l'ULC (R). Voilà ce qu'il nous faut expliquer aux masses. Il nous faut expli­quer aux masses que la scission  avec l'opportu­nisme est inévitable et né­cessaire et que c'est la rai­son pour laquelle nous avons chassé de nos rangs une bande d'arrivistes suf­fisamment intelligents pour comprendre qu'en dehors de la révolution, il n'y a point de salut pour eux. D'où leurs excita­tions. Il nous faut expli­quer aux masses que la lutte au sein de notre orga­nisation est le reflet de la lutte de classes qui s'opè­rent au sein de la société et que ces deux luttes ne peu­vent et ne doivent être dis­sociées. De même que les masses s'aguerrissent dans leurs luttes révolu­tionnaires contre leurs en­nemis, de même l'organi­sation consolide son unité s'endurcit, se renforce et se développe au cours de la lutte qui se mène en son sein.

     Nos opportunistes se sont beaucoup enflam­més, et nous les avons laissé faire en gardant le si­lence. Mais convaincus que la sentence  de leurs prétentions viendrait des masses. Si l'ignominie de­vait tuer son homme, il y a belle lurette que nos op­portunistes en seraient morts. Aux yeux des mas­ses révolutionnaires, nos opportunistes se sont cou­verts de honte, ils se sont déshonorés. Les masses révolutionnaires ont en horreur les hommes qui se prostituent après avoir prostitué tout ce qu'ils avaient de plus cher. Nos opportunistes ont prosti­tué leur idéal révolution­naire pour lequel ils s'étaient engagés.

        Les masses révolu­tionnaires ne prêtent pas d'attention à des lamenta­tions d'hommes déçus et déchus, d'hommes déses­pérés se refusant de som­brer dans les ténèbres de l'oubli.

       La « flamme » aux lueurs bien pâles, ne pourra rien changer à la destinée déjà bien sombre de ceux qui ont choisi d'embrasser la voie de la trahison.

     Nous avons gardé le silence pour que de par leurs ac­tions mêmes ils dévoilent leur véritable nature. C'est aujourd'hui chose faite.

 

« Tirez les premiers, Messieurs les opportunistes. Nous, nous tirerons en se­cond. »

        Lorsqu'un corps est gangréné, la question qui se pose est de savoir s'il faut tenter de refouler le pus dans l'organisme au nom de l' « unité » (avec le pus) ou bien s'il faut aider sa guérison complète, en le débarrassant de ce pus aussi vite et aussi soigneu­sement que possible, mal­gré les douleurs aigues mais passagères. Nous, nous avons opté pour la voie de l'opération chirur­gicale en sectionnant la gangrène. Sans avoir li­quidé ce pus qui empestait l'atmosphère de vie mili­tante au sein de l'organisa­tion, celle-ci ne serait en mesure de pratiquer effi­cacement et courageuse­ment à la lutte des masses révolutionnaires. On ne peut aller en guerre en comptant dans ses rangs des éléments traîtres, des « agents de la 5ème colon­ne ».

        Les crises ont toujours ceci d'utile, qu'elles met­tent à nu la pourriture et rejette tout ce qui est conventionnel.

 

 

3-2.  Notre expérience dans la lutte contre l'opportunisme en notre sein

         

       Notre expérience dans la lutte contre l'opportu­nisme au sein de l'organi­sation nous a instruits sur le fait que la lutte des nuan­ces dans l'organisation, la lutte d'influence en son sein sont inévitables et même nécessaire « tant qu'elle, comme l'indique Lénine, ne conduit pas à l'anarchie et à la scission, tant qu'elle se poursuit dans les limites approu­vés, d'un commun accord par tous les camarades et membres » de l'organisa­tion.

        Or les opportunistes au sein de l'organisation ont toujours évité soigneu­sement d'engager la lutte sur le terrain des princi­pes.

       A la lutte idéologique, ils préfèrent la lutte « extra-idéologique » pour laquelle leur nature les prédispose.

         Nous avons connus et chassé de nos rangs une telle catégorie d'opportu­nistes.

         Nous avons aussi connu une catégorie d'op­portunistes qui se sont re­fusé à faire une publicité des divergences qui les op‑[Page 10]posent à d'autres camarades, et ont à la faveur d'une majorité circonstancielle voulu exclure ces derniers à tour de bras, au mépris des principes organisa­tionnels. Et face au refus opposé par toute l'organi­sation, ils se hâteront de provoquer une scission et s'autoproclamèrent « Bol­cheviks », accusant les au­tres membres de l'organi­sation de « Centristes », « mencheviks » (minorité), disposés à la conciliation.

       Voilà où l'erreur de précipitation dans la réso­lution des contradictions les a conduit. Du fameux courant « Bolchevik » il ne reste que quelques élé­ments en villégiature et qui ferait mieux de rentrer au pays pour s'éduquer en luttant aux côtés des masses révo­lutionnaires.

       Mais tout ce qu'ils ont dit et écrit sur un des élé­ments parmi ceux qu'ils se proposaient d'exclure et qui, poussé par ses ambi­tions démesurées de deve­nir coûte que coûte « un chef » a développé des acti­vités anarchiques, liquida­trices en dernière analyse, s'est révélé vrai.

         Et aujourd'hui c'est sans peine que la majorité des camarades instruits à la pratique approuvent son expulsion de nos rangs. Il nous aura fallu du temps, mais nous y som­mes quand même arrivés.

        Notre expérience de lutte contre l'opportu­nisme au sein de l'organi­sation nous a édifié du fait que les opportunistes re­jettent la lutte idéologique dans les structures et s'adonnent en dehors des structures, à la fausseté, à la falsification des sources et des causes réelles des di­vergences.

         Ils œuvrent générale­ment à la réalisation de leurs objectifs, à coup de calomnies, de rumeurs et de racontars sur les quali­tés et les actes des person­nes.

        Ils sont de ceux-là qui ont toujours à la bouche, le respect des principes éle­vés et sont les premiers à les enfreindre.

          Ils sont très prolixes lorsqu'il s’agit d'exposer les beaux principes géné­raux sur l'attitude correcte à observer entre camara­des et on les surprend tou­jours dans les médisances sur des camarades, qu'ils préfèrent critiquer dans le dos.

         Ils sont très aptes à for­muler des propositions dans le contenu desquels la pureté révolution­naire rivalise avec l'intran­sigeance propre aux radicalistes petit-bourgeois.

       De telles propositions sont dans leur formulation théorique aisée à faire, mais dans la phase pratique de leur application, on se rend compte qu'elles ont été formulées pour que d'autres les appliquent et les défendent conséquem­ment tandis que ceux-là même qui les ont formulés s'y dérobent.

     Ils sont prompts à reje­ter leurs susceptibilités petites-bourgeoises sur autrui et se piquent de morgue, chaque fois qu'une petite critique leur est faite.

           D'une petite critique, ils en font tout un pro­blème, attrapent des ulcè­res et attendent l'occasion de déverser leur bile à pro­pos d'un prétendu subjec­tivisme que l'on déve­loppe à leur encontre.

     Mais avant que l'on ar­rive à ce stade, le mal qui a été longtemps couvé a eu le temps de briser la co­quille idéologique, de s'éclore et de faire du che­min.

      Ainsi de cette petite-divergence et de l'insis­tance qu'on y fait, surgis­sent de nouvelles divergences que l'on tente de hisser au premier plan en recherchant toutes les ra­cines et les ramifications possibles pour sa justifica­tion.

        On en arrive après que l'on se soit accoutumé soi-même à une telle situation, à oublier les origines du mal, à oublier son point de départ. La petite diver­gence a ainsi pris une im­portance énorme, et comme nous l'enseigne Lénine : « elle sert de point de départ à un volteface vers certaines divergences complémentaires se com­binent avec des actes anar­chiques conduisant le Parti à la scission ».

         En somme l'expé­rience de lutte contre l'opportunisme au sein de l'organisation nous a ins­truit sur le fait, que l'indi­vidualisme est le fait mar­quant des éléments oppor­tunistes en notre sein. Ce sont des gens qui aiment à placer leur intérêt person­nel au-dessus de l'intérêt l’organisation. Dans leur subjectivisme petit bourgeois, ils sont aptes à ériger les griefs personnels en lutte de principe. Fai­néants et incapables dans l'accomplissement des tâches théoriques comme pratiques, ils aiment à se tirer toute la couverture pour se glorifier des succès de l'organisation et ne se gênent pas pour rejeter tout ce qui peut être consi­déré comme des insuffi­sances de l'organisation sur autrui.

       A l'intérieur de l'orga­nisation, l'absence d'inté­grité idéologique qui les caractérise, leur refus de se soumettre à la disci­pline, les conduits à des luttes sans principes et sont portés vers les luttes de clans, et le fractio­nnisme. Ils travaillent conti­nuellement et consciem­ment à saper l'unité de l'or­ganisation, en se faisant les rassembleurs de tous ceux qui pour une raison ou une autre (mais souvent pour des raisons d'ambi­tion personnelle) sont des aigris.

 

 

 

3-3. La forme nouvelle de l'opportuniste en notre sein depis que nous sommes une organisation qui participe à la gestion du pouvoir d'Etat.

 

        Déjà dans le rapport central présente et adopte lors de la 3ème Conférence nationale de l'ULC (R) tenue en août 1985,  il est écrit :

« Une autre manifes­tation caractéristique de l'opportunisme, dont no­tre expérience de lutte jus­que dans les années récen­tes, ne nous a pas encore instruits, dans une cer­taine mesure, c'est l'arri­visme petit bourgeois qui se manifeste au sein des organisations révolution­naires qui participent à la gestion du pouvoir d'Etat. Dans une certaine mesure, avons-nous dit, parce que même au sein d'un mouvement révolutionnaire dans l'opposition où les condi­tions de lutte sont plus dif­ficiles et où le militant ris­que de faire la prison, de perdre la vie, le carrié­risme est un phénomène nocif. C'est cette même prédisposition à l'arri­visme et qui ne distingue en rien le militant révolu­tionnaire des militants des partis réactionnaires. (RDA, PRA, MILN, et au­tres GAP) qui se manifeste aujourd'hui avec force en notre sein, maintenant que nous sommes une organisation qui participe au pouvoir d’Etat. Tout comme les réactionnaires, nous n'arrivons pas à nous départir de l’idée que participer à l’exercice du pouvoir d’Etat, c’est prendre part au « partage du gâ­teau », Et ce « partage du gâteau » se traduit par la re­cherche frénétique  de pos­tes de direction, postes ministériels, etc…

Aussi, mu par de telles ambitions petites bour­geoises on en arrive à sacrifier l’« esprit de parti » au profit de la réussite individuelle. Alors la porte est ouverte aux courtisans de toute sorte, aux flagor­neurs de tout acabit, prêt à se déculotter pour accé­der ou se maintenir à un poste.

Comme dans la pratique, l'organisation est incapa­ble d'obtenir des postes pour ses membres, ou de maintenir un de ses membres à son poste les mili­tants retirent leur confiance à l'organisation et la place aux instances et aux individus à même de répondre à leurs ambi­tions. Dans ces conditions, il n'existe plus d’ « esprit de parti ».  L'organisation n’existe plus que pour la forme. Libre cours est donné à l’habileté individuelle auprès des personnalités, des « autorités »  à même d'épauler pour l'acquisition d’un poste. Certain camarades qui doi­vent leur ascension à l'or­ganisation, qui doivent à l’organisation de les avoirs sorti de l’anonymat et propulsé sur la scène politique en arrivent à oublier leurs origines (sorti du trou) et à attribuer leur « réussite » à leur intelligence, à leur mérite personnel.

Ils affirment ne rien devoir  à l'organisation qui appa­raît aujourd'hui à leurs yeux comme un fardeau dont il faut se défaire. Dans de telles conditions, il n'est pas étonnant que des camarades en arrivent à vouloir sacrifier d'autres pour sauvegarder leurs propres intérêts. Dans ces conditions se pose la ques­tion de la survie de l'organisation qui subit le feu conjugué des opportunis­tes de l'extérieur comme de l'intérieur.

 A l’extérieur, nos adversaires se sont jurés de désagréger l’organisation qu’ils caractérisent  de « secte de templiers ». Ils ne ménagent aucun effort pour la scissionner. En ce sens, l’exemple de la LIPAD-PAI est sous nos yeux. Car le meilleur moyen de désagréger une organisation c’est d’encourager et de soutenir une scission en son sein et d’amener les différentes parties issues de la scission à se livrer une lutte sans merci, étalant ainsi aux yeux de l’opinion publique leur linge sale.

C’est pourquoi, « aujourd’hui dans le contexte présent toute action visant à affaiblir notre organisation, qu’on le veuille ou non, que cela soit conscient ou non, participe objectivement du plan de liquidation de notre organisation par ses ennemis extérieurs et intérieurs ».

 

      C’est ce qui  ressort du rapport central de la Conférence nationale d'août 1985. Bientôt deux ans que nous avons démasqué les opportunistes, comme de petits bourgeois arrivistes devenus des traîtres à la solde des ennemis de notre organi­sation et avec pour mission de la scissionner. Cette 3ème Conférence na­tionale a eu pour objectif de circonscrire au maxi­mum leurs activités liquidatrices, d'armer nos mili­tants en vue de faire échec à leurs manœuvres de sape.

      La Conférence a été une victoire sur les oppor­tunistes et une victoire pour les militants conséquents car l'unité de l'organisa­tion s'est vue renforcée. Cela a permis de repousser l’échéance de la scission que les opportunistes voulaient opérer dans une situation de confusion totale favorable à la dissimulation de leurs véritables intentions liquidatrices sous le couvert de luttes de personnes.

     Aujourd'hui, que le terrain de lutte s'est éclairci, et que l'ensemble des militants a pu les per­cevoir comme des traîtres, et qu'ils ne sont plus à même d'abuser quicon­que, la rupture avec eux devient une nécessité. La scission intervient avec eux au moment même où leur traîtrise ne fait plus de doute aux yeux de l'en­semble des militants. Nous avons conservé et nous conservons toujours l'initiative. C'est ce qui fait rager les opportunistes traîtres et leurs commanditaires. Ils n’ont réussi à entraîner avec eux que quelques éléments du même acabit qu’eux.

        Aujourd’hui, par conséquent, nous sommes à même d'affirmer que l’ULC(R) se porte bien ou tout au moins que l’ULC(R)  se porte mieux.

        Nos renégats n’ont pas eu le choix de leur départ. Nous le leur avons imposé, à un moment où ils se sont [Page 11] totalement démasqués aux yeux de l'ensemble de nos militants. Ils sont sor­tis de l'ULC (R) par la pe­tite porte, sous la risée de l'ensemble de nos mili­tants. Et c'est cela qui les fait rager. Et le silence, si­non l'indifférence que nous avons affichée face à leurs agitations fébriles, s'explique par la confiance que nous avons en la capa­cité de nos militants de rester fermes et de ne pas se laisser ébranler. Notre silence est la manifesta­tion de cette confiance. Il y a longtemps que toute l'ULC (R) a été préparée à cette issue. Les débats qu'ils tentent de jeter sur l'arène publique ont été depuis longtemps menés en notre sein et ont été sanc­tionnés par des conclu­sions à la défaveur de nos opportunistes.

      Aujourd'hui, nous rompons le silence pour simplement fournir quel­ques éléments d'explica­tions sur les agissements de ces opportunistes, convaincus d'ailleurs que les masses révolutionnai­res s'en sont fait un point de vue sans avoir eu be­soin de notre intervention. Toujours en août 1985, nous avons soutenu dans le rapport présenté et adopté par la Conférence nationale ce qui suit :

« Fidèles à la pratique saine développée au sein de l'organisation, nous sommes d'avis que s'il y a des divergences entre ca­marades à quelque niveau que ce soit au sein de l'or­ganisation, ces divergen­ces doivent être exposées de façon circonstanciée. Le caractère et la profon­deur de ces divergences doivent être élucidés au plus vite devant toute l'or­ganisation. En dehors de l'organisation, en dehors des structures, les accusa­tions contre tel ou tel ca­marade ne peuvent et ne doivent être prises que comme des racontars, des calomnies. Et ceux qui se livrent à une telle pratique, quelle que soit l'opinion qu'ils ont d'eux-mêmes, ils ne sont rien d'autre que des petits bourgeois inca­pables de subir une trans­formation qualitative. Nous sommes d'avis qu'il ne faut rien cacher aux membres de l’organisation. Tous les faits, les circonstances et les évènements pouvant constituer le thème d’agitation d’une scission éventuelle.

Il ne faut pas les sceller à l’Organisation et dans la mesure du possible, ne pas les sceller au grand public. Ces choses que l'on tient ca­chées, en cas de scission seront étalées au su du grand public. Et l'expé­rience des luttes que nous avons menées contre les éléments populistes du P"CR"V, les luttes menées en notre sein nous confir­ment dans cette position ».

 

       Nous avons vu juste. Nos opportunistes chassés de nos rangs du fait de l’ab­sence d'intégrité morale qui les caractérise, n'ont aucune retenue pour éta­ler au su du grand public, tous ces faits, mais en pre­nant soin de les accommoder à leurs convenances. C'est mieux ainsi. Mieux vaut une traîtrise ouverte, qu'une traîtrise camou­flée. Ainsi, en parlant des assises de la Conférence nationale réunies les 30 et 31 août, les opportunistes en véritables apostats écri­vent, traitant de la ques­tion sur « l'unification des forces de gauche » :

« Les militants ne surent jamais clairement quel est le point de vue de l'Organisa­tion sur cette question. Une fois de plus l'ULC (R) a manqué de courage poli­tique pour dire ce qu'elle pense ».

    Que les opportu­nistes de l'ULC (R) ne su­rent jamais clairement le point de vue de l'Organisa­tion, cela ils le doivent à leur incurie politique. Mais nos militants sincè­res, eux le savent. Cela fut l'objet d'une résolution adoptée à la Conférence et libellée en ces termes :

 

« SUR LA NECESSITE D'UNE ORGANISATION UNIQUE VERITABLE ORGANI-SATION D'AVANT-GARDE SEULE A MEME DE CONDUIRE CONSÉQUEM-MENT ET CONFORMEMENT AUX INTERETS DES MASSES OUVRIERES ET PAYSANNES LA REVOLUTION DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE AU BURKINA FASO

- Considérant que le processus présent conduit sous la direction du CNR souffre de la dispersion et de l'émiettement des for­ces révolutionnaires ;

- Considérant que mal­gré les diverses approches, les organisations politi­ques qui participent au présent processus demeu­rent repliée chacune dans sa tranchée.

- Considérant ainsi l'esprit de chapelle et de clan, toute chose nuisi­ble à l'unification de toutes les forces révolution­naires au sein d'une orga­nisation unique.

 

L'Union de lutte com­muniste (ULC-R), en ses assi­ses de la 3ème Conférence nationale tenues à Ouaga­dougou du 30 au 31 août 1985 approuve :

- Le principe de sa dis­solution progressive au profit d'un cadre unique marxiste-léniniste où ses militants aux côtés des mi­litants des autres organisa­tions politiques qui parti­cipent au présent proces­sus, contribueront à la consolidation et à l'appro­fondissement du Proces­sus Révolutionnaire dé­clenché depuis le 4 Août 1983 sous la direction du CNR.

- Invite toutes les orga­nisations politiques qui participent au présent pro­cessus à faire de même dans l'intérêt supérieur de la Révolution. »

 

      C'est clair !

       L'opportu­nisme se voit ainsi démas­qué dans ses tentatives grossières de falsification.

       Il en est de même quant à l'accusation rela­tive au fait que sur toutes les grandes questions de la Révolution, l'ULC (R) re­fuse de prendre position ou louvoie.

     L'ULC (R) est une organisation membre du CNR, et à ce titre est invitée à se prononcer sur toutes les questions liées à la Révolution. Au sein de cette instance, notre orga­nisation participe aux dis­cussions en défendant fer­mement ses points de vue. Une fois qu'une décision est prise à l'issue de ces discussions, notre organi­sation qu'elle soit d'accord ou pas avec la décision, est tenue de l'appliquer et de la défendre. Et c'est ce que nous avons fait jusque-là. Il n'y a nul besoin, de pu­blier à l'intention du grand public, que dans la prise de telle ou telle décision, la position de l'ULC (R) était celle-ci ou celle-là.

 

    Toujours est-il que la conscience aiguë des mili­tants de l'ULC(R) vis-à-vis de l'opportunisme s'est matérialisée à l'issue de la Conférence nationale d'août 1985 par l'adoption de la motion suivante :

 

« HALTE A L'ARRI­VISME PETIT BOUR­GEOIS ET POUR LE DE­VELOPPEMENT D'UNE PRATIQUE SAINE ET REVOLUTIONNAIRE QUI S'INSPIRE DE L'IDELOGIE DU PROLETARIAT REVOLUTIONNAIRE.

- Considérant que notre organisation depuis sa naissance en juin 1978 avec le "Groupe le PRO­LETAIRE" est composée essentiellement d'intellec­tuels de la petite bourgeoi­sie dont certains conti­nuent de traîner avec eux, au sein de l'organisation du prolétariat les tares et les penchants des classes possédantes, notamment la tendance à la concilia­tion,

- Considérant que notre organisation consciente de cette réalité s'est fixée comme tâche, la transfor­mation qualitative de ses membres dans le sens de la bolchévisation.

- Considérant que les pratiques opportunistes ont souvent dévié notre or­ganisation de ses nobles objectifs, la plongeant ainsi dans une situation d'affaiblissement à travers notamment la crise, la scis­sion et la dissolution mo­mentanée,

- Considérant que notre organisation participe au pouvoir d'Etat dans le ca­dre du processus révolu­tionnaire en cours dans notre pays, ce qui crée ob­jectivement des condi­tions favorables au déve­loppement de l'opportu­nisme petit bourgeois en particulier l’arrivisme à travers la course effrénée dans les postes de responsabilité dans les plus hautes instances dans l’appareil d’Etat en se servant de l’organisation comme tremplin,

- Considérant que cette tendance opportuniste est un danger actuel qui menace l'unité et la cohésion de notre organisation,

La 3ème Conférence nationale de l'ULC (R) réu­nie le 30, 31 août 1985 à Ouagadougou, stigmatise avec véhémence l'opportu­nisme, notamment l'arri­visme dans toutes ses ma­nifestations ».

 

     De même que les op­portunistes le reconnais­sent et comme chacun peut s'en convaincre, la lutte que nous avons assu­mée au sein de l'organisa­tion contre leurs menées liquidatrices ne fut pas de courte durée. Leur expul­sion de nos rangs fut le ré­sultat d'une lutte intense et opiniâtre déclenchée depuis plus de deux ans et qui nous a demandé beau­coup de tolérance. Cette lutte a eu pour but de les  démasquer totalement aux yeux de l'ensemble de nos militants à défaut de pouvoir les amener à s'amender par la critique et l'auto­critique. Cette patience dans la lutte a porté ses fruits, puisque les renégats sont obligés de recon­naître leur forfaiture quand bien même ils s'autoproclament « majo­rité ». Où a-t-on vu une ma­jorité être obligé de pren­dre la petite porte et sur la pointe des pieds avec la queue entre les pattes ? Drôle de « minorité » que celle qui contraint la « majo­rité » à aller s'organiser de façon parallèle dans un ca­dre nouveau !

 

Vive l'unité révolutionnaire des organisations révolution­naires, affranchies de l'oppor­tunisme !

 

   La lutte à l'intérieur de notre organisation est une composante indispensa­ble et essentielle de la lutte révolutionnaire des mas­ses. Toute victoire qui y est enregistrée est une vic­toire du mouvement révo­lutionnaire dans son en­semble. Tout point mar­qué par l'opportunisme dans cette lutte vient en renforcement du courant opportuniste dans le mou­vement révolutionnaire. La lutte que nous avons engagée contre nos opportunistes traîtres est une lutte dans laquelle nous n’avons pas sollicité de l’aide pour en venir à bout.

    Il nous appartient de ré­duire à néant le pus que nous avons nous même se­crété. Partout et à tous les niveaux une lutte résolue doit être livrée à l'opportu­nisme car la consolidation et le développement de la Révolution en dépend.

     L'unité entre les révo­lutionnaires et les oppor­tunistes constitués en cou­rant est impossible. Quant à l'unité des organisations révolutionnaires, c'est d'abord leur rapproche­ment sur une base qui est d'abord politique et idéo­logique, vient ensuite le mo­ment où le rapprochement se fera sur le terrain de l'or­ganisation.

 

 

VIVE

LE MARXISME-LENI­NISME !



25/10/2011
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